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Jeudi 5 novembre 2009
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(…)

 

Flora s’affaissa en silence sur une chaise.

Une demi-seconde plus tard, son téléphone la fit sursauter. Jean-Sébastien.

- Salut ma chérie ! Tu es où ?

Frissonnante, la jeune femme se força néanmoins à répondre agréablement :

- Je viens de rejoindre Sophie pour déjeuner, à la brasserie Topinambour.

Le ton de voix de son mari s’assécha.

- Ah c’est bien…mais n’oublie pas notre conversation ! Fais attention à toi, je t’aime.

- Je t’aime aussi, répondit faiblement Flora, gênée et sombre, en ce retournant vers Sophie.

Cette dernière s’assit à son tour, pétillante.

- Et bien non, finalement je pense que tu as l’air d’aller très bien : regard joyeux, voix légère, peau amoureuse, aura du bonheur. Je t’envie ! Plus : j’ai honte d’apparaître ainsi dans ta vie, si vulgairement, comme une merde d’oiseau sur l’œuvre parfaite du peintre, ton bien-être me renvoie à mon propre malheur, à ma vie ennuyeuse, fausse, macabre, tissée de sentiments idéaux mais irréels. Tandis que chez toi, les sentiments tant idéalisés sont devenus tellement réels…Et moi ! Avec mes pinceaux, mes projets saugrenus, ma démarche utopique ! C’est vrai, tu vas bien ! Ton bonheur me donne envie de fuir….Bon, bien je m’en vais alors !

Sophie fit mine de se relever, l’air grave.

- C’est bon, reste. Reste, reste, reste ! Surtout ne me laisse pas.

- Ca tombe bien, une bouteille de rouge arrive, s’exclama Sophie. Puis elle alluma une cigarette.

- Tu en as une ? , lui demanda une Flora, avide.

- Tu fumes ? , demanda Sophie soulagée,  en tendant une cigarette à son amie.

- Non. Mais oui, là, tout de suite !

 

(…)

 

Lorsqu’elle se sentit prête, Sophie s’emporta à son tour :

- Peut-être que si tu arrêtes de penser à Dieu, tu finiras comme Jean-Sébastien, tu perdras la dernière goutte d’inspiration qui demeure encore toi et oui…tu deviendras vraiment  ce que la vision totalitaire de ton mari veut que tu sois.  Flora, il y a trop d’années que nous n’avons pas vraiment discuté toutes les deux ! Nous avons échangé quelques phrases, des plus superficielles d’ailleurs, oui. Des « Comment ça va ma belle ? Ca va ! Tu es où là ? C’est bien ! Louis a eu sa première dent. J’ai un tableau en commande. Ma mère me rend malade, il faut que j’y aille. On se rappelle ? » Mais parlé, non ! Tout ce temps-là, j’ai grandi moi aussi et…disons que par exemple, entre autres choses, ma vision de Dieu a aussi évolué. J’espère juste qu’elle évoluera encore, jour après jour, jusqu’à mon dernier souffle. Mais toi, est-ce que tu as grandi ?

Flora haussa légèrement le sourcil gauche, elle ne se retourna pas complètement vers Sophie, préférant baisser la tête vers son assiette vide.

- Je te parle du Dieu de la création, celui qui tu jugeras seulement si tu n’es pas profondément toi-même, si tu ne vas pas jusqu’au bout de ce que tu es, si, par peur, tu te recroquevilles pour lécher la poussière de sol plutôt que de te redresser et te tordre le cou afin d’aspirer l’ai pur. Ce Dieu là, tu peux le craindre. L’autre n’existe pas. Enfin, oui, il existe ! Il est dans ton Jean-Sébastien, et toutes les bestioles de son espèce.

- Les bestioles ? , murmura Flora sans bouger les yeux.

- Oui ! Les bestioles ! Celles qui papillonnent dans la vie en suivant le courant principal, qui se miment entre elles, calquant les unes sur les autres le moindre vol, la moindre voltige, le moindre mouvement. Sorties du courant, elles sont perdues. Ta liberté les dérange. Elles paniquent à te voir voler, belle, seule et sans l’aide personne, alors….Alors, elles font tout pour te faire peur et que tu les rejoignes. Elles te parlent de leur Dieu…bzzzzzzzz…elles ne l’appellent plus Dieu, bien sûr…bzzzzzzzz…mais elles te poursuivent tellement qu’elles finissent pas te fatiguer…bzzzzzzzz…elles te font croire que leur Chose, leur courant est le seul viable… bzzzzzzzz…que tu ne peux voler seule, insouciante… bzzzzzzzz…il faut que tu sois comme elles, que tu reviennes à la seule vérité possible : elles, dans leur courant…Mais leur Dieu n’est pas celui auquel je crois, ni la Flora que j’ai connue il y a bien longtemps ! Tout n’est pas perdu : tu as vu ce tableau, tu t’es effondrée à ses pieds alors l’espoir est encore là. Enfin, je ne sais pas trop quel espoir. C’est vrai d’ailleurs ma petite Flora ! Quel espoir ? Tout dépend si tu te places avec tes amies les bestioles ou si tu t’enfuies de leur nuage infernal, pour retrouver tes origines. Malheureusement, cela implique aussi écraser ton Jean-Sébastien chéri d’un délicieux et subtil battement d’ailes. S’il te plaît, reviens-moi du pays de ces affreuses bestioles ! Retrouve ton Dieu ! Ta magie, ton Toi, ta sacrée graine du bonheur inné…Ton bonheur à toi, bien à toi…

Les salades Topinambour tombèrent sur la table, accompagnées d’une nouvelle carafe de vin rouge.

 

(…)

 

Tombées dans les bras l’une de l’autres, les deux jeunes femmes se séparèrent. Telles deux fleurs d’une même plante,  taillées par la main du jardinier et destinées à deux nouvelles existences.

Flora fut incapable de retrouver le tableau dans sa vitrine.

Alors qu’elle marchait, un flot de souvenirs lui brûlait l’âme : tous ces souvenirs sentaient l’Italie, son enfance, le passé heureux des rêves les plus tendres, la folie des projets les plus impossibles. Elle songeait à ses parents, Giuseppe et Tiziana, qu’elle n’avait pas revus depuis un peu plus d’un an à présent, depuis la première et dernière fois qu’ils étaient venus voir le petit Louis.  Elle se rappelait le petit l’hôtel de son père, un peu perdu près de Locri. Les étés crépitants sous le feu du soleil, avides de touristes. Les hivers, silencieux et ennuyeux, passés à rêver du futur en habillant de ses croquis les corps des plus jolies femmes.

 

(…)

 

Qu’il serait bon de montrer qui elle était vraiment au petit Louis.

Sophie avait raison.

Elle avait bien raison.

Tellement raison que pour une fois, Flora se réjouit de l’absence de Jean-Sébastien  jusqu’à vendredi soir. Elle aimait cet homme, tous les deux avaient tout abandonné l’un pour l’autre,  elle ne douterait jamais de cet amour, pourtant…pourtant elle se demanda soudain qui des deux avait le plus sacrifié ? Inévitablement, elle surprit son propre reflet jaillir depuis la vitrine d’un coiffeur. Elle y aperçut alors une fleur à moitié fanée, la tête et le corps tristement penchés vers le bas.

 

Le petit Louis se précipita en hurlant « Maman ! Maman ! », Flora l’accueillit avec dans ses bras avec tout autant d’émotion. Tous deux s’éloignèrent du portail l’école, en même temps que Louis racontait ses aventures du jour,  son minuscule cartable sur le dos, une de ses mains accrochée à celle de Flora, l’autre agrippant un gros caillou tout coloré de peinture.

- C’est quoi ce caillou Louis ? , interrogea Flora.

- C’est avec la maîtresse qu’on l’a fait, elle a ramené de gros cailloux et elle nous a donné de la peinture avec des pinceaux et alors on les a peints. Je le montrerai après, à la maison.

- D’accord, on le mettra en décoration dans le salon.

- C’est quoi décoration maman ?

- Des objets qui font joli dans la maison, mon cœur. Dis, avant de rentrer, ça te dirait une bonne glace à l’italienne ?

- C’est quoi à l’italienne maman ?

Flora esquissa un gentil sourire empreint de nostalgie.

- Bien, mon chéri, c’est la meilleure glace au monde et qui vient du pays de maman : l’Italie.

Ils se dirigèrent vers un glacier que Flora avait repéré la semaine dernière. Ils choisirent ensemble les parfums. Le petit Louis s’émerveilla de toutes les couleurs à choisir, de la mangue au chocolat,  il voulut tout essayé mais ressortit finalement avec un simple cône vanille, tandis que sa mère s’essayait à la pistache. Ils s’assirent à l’une des petites tables de la terrasse pour déguster leurs trophées. Le garçonnet délaissa le caillou sur la table. Sa mère le saisit, puis le faisant rouler entre ses doigts, elle se laissa aller à la douce dégustation du cornet tout en songeant, lasse, aux plages de son enfance. C’en était trop pour aujourd’hui ! Le petit Louis était tout barbouillé de vanille, ce qui la fit sourire. Elle se l’imagina ainsi dans les rues du village, avec Giuseppe et Tiziana.

- Maman, tu ne me grondes pas parce que je suis sale de la bouche ? , demanda Louis, inquiet.

- Non mon cœur ! Tu es mignon ainsi. Allez viens, on rentre. On va appeler papa et lui annoncer la bonne surprise.

Tout en récupérant son caillou et ajustant son cartable sur son frêle dos, Louis sauta à terre.

- C’est quoi la surprise maman ?

           

            L’oreille collée au portable, Flora installait Louis dans le taxi. Le chauffeur chargeait le coffre avec les bagages. Tandis que la voiture démarrait en direction de l’aéroport, Flora continuait à parle au  téléphone, le regard jeté vers le paysage et une main posée sur le ventre du petit Louis.

- Tout va bien mon amour…écoute-moi, cesse un peu de crier. Calme-toi ! Non je ne continuerais que si tu es calme. Voilà, c’est ça : calme…Mon père est très malade, je vais juste le voir avec Louis. Rejoins-nous ce week-end ! Il n’y a aucune raison pour que mon fils que ne voit pas son grand-père…Non ! Je ne sais pas quand est-ce qu’on revient. La crèche est avertie bien sûr ! Ecoute mon chéri, je ne vois pas pourquoi tu fais un tel scandale ! Giuseppe est mourant, il est normal que Louis et moi soyons à ses côtés…

 

Le taxi arrivait à l’aéroport, Giuseppe n’était pas le moins du monde mourant, celle qui se mourrait c’était Flora, et il s’agissait à présent d’une question de survie que de rejoindre ses parents, sa chère Calabre.

 

(…)

 

Flora et Sophie s’éclipsèrent en douce sur la petite terrasse qui ouvrait sur la mer. Accoudées à la balustrade, entre deux pieds de rosiers fleuris, elles contemplaient l’eau sagement infinie avec l’humble regard des élèves devant le maître reconnu.

Flora inspira profondément l’air marin en fermant les yeux.

Le silence dura le temps du soupir simultané des deux femmes.

Puis, Flora parla :

- Tu vois là, en contre bas, j’ai aménagé un parterre de fleurs sauvages. Viennent celles qui veulent y naître ! C’est important la liberté. Tu vois, Jean–Sébastien me laisse  Louis pour les vacances et c’est bien. J’ai un contrat avec une maison de Milan, pour dessiner des vêtements, et c’est bien. Je m’occupe de l’hôtel, c’est bien aussi. Bref, ma Sophie, tout cela n’aurait pas de sens si je n’avais pas tout perdu un jour, si je ne m’étais pas entêtée à poursuivre le mauvais chemin, si tu ne m’avais pas annoncé ton départ et expliqué l’authenticité comme moteur du bonheur, si je n’avais pas du participer à ce fichu concours, si tes fichues bestioles ne m’avait pas piquée….Et puis j’ai un jour entendu cette phrase qui disait…qui disait que les oiseaux les plus beaux ne sont pas en cage et qu’il faut tout un art pour les attraper. Viens, il faut que je te montre quelque chose ! J’ai réussi à faire mien un oiseau rare.

Flora saisit la main de Sophie et l’entraîna vers le petit salon de l’hôtel, celui qui donnait sur le patio intérieur et offrait d’habitude aux clients un espace intime pour lire ou rêvasser un verre à la main. Sur le mur principal, siégeait le tableau de la vitrine parisienne. Le lion, la grosse femme noire, le petit enfant, la demoiselle à l’air serein,….

La mère de Louis, triomphale, le présenta à son amie en s’exclamant :

- Je l’ai retrouvé et je l’ai acheté ! Alors, vas-y maintenant ! Dis-moi ce que tu en penses….

 

 

 FIN



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Samedi 24 octobre 2009
LIRE EXTRAIT 1


Le lendemain matin, Flora posait les pieds dans la cuisine immaculée, un peu moins légèrement que d’habitude. Elle contempla le vide de l’endroit et se remémora l’ardeur avec laquelle elle avait astiqué les restes de la veille, après avoir commencé par terminer la bouteille de vin, puis achevé les patates une par une et enfin liquidé le dessert en un coup de fourchette. Jusqu’à deux heures du matin, elle avait avalé de la poussière et inhalé les vapeurs des produits de nettoyage ; sans produit miracle pour le cœur, il fallait se contenter de purifier l’intérieur de la maison.

Sur un coin du plan de travail, entre deux carreaux de céramique andalouse, à droite de la machine à café en inox, une grande feuille de papier pliée en deux faisait tâche. Inquiète et hésitante, Flora la saisit. Les mots de Jean-Sébastien, tracés au feutre noir, explosèrent entre ses mains.

 

«Bonne journée mon amour ! Prends bien soin de notre petit Louis. N’oublie pas non plus le dossier à remplir pour la meilleure mère de l‘année ! Je t’aime de tout mon cœur…Ton J.S. adoré

 

Flora lâcha la feuille. Louis dormait encore mais plus pour très longtemps, quant au dossier des joyeuses mères il se trouvait quelque part sur le secrétaire de l’entrée, juste au dessus du courrier des impôts, entre le magazine de décoration et le catalogue des promotions de l’hypermarché. Rien n’avait trop d’odeur aujourd’hui. D’habitude, le premier geste de Flora au lever était d’ouvrir la fenêtre de la cuisine pour se délecter du parfum des rosiers et quand ils roupillaient en hiver, elle parsemait son intérieur de gigantesques bouquets de fleurs fraîches. Mais ce matin-là, rien ne sentait…

Le concours de la meilleure mère de l’année du département était une idée de Jean-Sébastien.  Pour participer au concours, il fallait d’abord être membre d’une association : Flora s’était donc inscrite il y a deux mois à l’Union de Mères au Foyer en Lutte pour Défendre l’Environnement par des Petits Gestes Quotidiens, l’U.M.F.L.D.E.P.G.Q.   Autre condition, être mariée au père du, ou des enfants : chose faite depuis quelques années, en grande pompe à la mairie. Dernière condition : n’avoir ni casier judiciaire, ni dettes envers l’administration…Louis venait d’apparaître, tout barbouillé dans son pyjama bleu clair, un bout de pouce dans la bouche ; le petit enfant blond se précipita dans les bras de sa mère qui, agressée dans ses pensées profondes, le reçut en grimaçant.

Aussitôt, un sentiment de culpabilité envahit le cœur de Flora. Elle enlaça tendrement son fils mais le sournois sentiment ne disparut pas. Le bouquet de roses acheté par Jean-Sébastien lui rappela qu’il fallait qu’elle s’active aux tâches du matin, ce qu’elle fit en attrapant un grand bol, un paquet de céréales, un bouteille de lait, une tasse, une grande et une petite cuillère. Le micro onde s’échauffa. Les céréales craquèrent plongés dans le lait. Le thé refroidit tandis que Flora réfléchissait.  Ni casier judiciaire, ni dettes envers l’administration !

Le petit Louis jouait avec ces céréales ; surpris de ne pas voir sa mère réagir, il se mit à couiner et à s’agiter pour attirer son attention, puis, il finit d’un coup de coude impitoyable par envoyer le reste de son petit déjeuner voler sur la table. Calmement, comme immunisée contre les cris de son fils, comme absente de ce lieu, Flora se leva et le prit dans se bras en murmurant :

- A la douche ! 

 

(…)

 

Les rues de la grande ville défilaient lentement sous les pas de Flora. Depuis sa sortie du café, la jeune femme errait, poursuivie par les fantômes assassins de sa virginité et les spectres de son futur désormais assassiné. Elle marchait tranquillement au hasard pour mieux les fuir. Mais chaque regard étranger, chaque mouvement d’autrui, chaque affiche, vitrine, lumière, murmure de moteur, sirène de klaxon, cri, brin de conversation volé la renvoyait à nouveau à ce vieux cauchemar, bien ancré au fond d’elle et qu’elle laissait s’évaporer, à présent, par les pores de la peau.

Un vent aussi violent ne l’avait pas bousculée depuis le jour de son enracinement par les mains aimantes de Jean-Sébastien dans le doux terreau. 

Abrutie par son angoisse, Flora laissa tomber le téléphone qui venait juste de sonner. Elle l’avait sorti trop vite et trop tard de son gigantesque sac à main. Sophie. Alors qu’elle se relevait, son cœur en peine se heurta à une gentille merveille : une peinture, une immense scène colorée au milieu d’une minuscule vitrine, posée sur un chevalet gigantesque, illuminée par deux spots blancs presque invisibles. Elle s’approcha de l’œuvre, presque sur la pointe des pieds. Pour ne pas déranger les personnages cousus sur la toile ? Une femme noire, aux formes redondantes, drapée d’une longue toge rouge, tendait la main vers Flora ; à sa droite un petit enfant blanc et blond, à peine vêtu, tirait un bout de la robe et regardait inquiet vers le sol en même temps qu’il le pointait du doigt.  En baissant le regard, Flora aperçut ce que montrait l’enfant : une main difforme, sombre et effrayante sortait de terre. Huit doigts se crispaient pour vouloir attraper le ciel. Des fleurs mortes jonchaient les côtés, transformant de leurs pleurs la poussière en boue. Flora releva les yeux…elle s’apprêtait à donner sa main à la femme noire lorsque, soudain, celle-ci cessa de sourire et inclina la tête vers la gauche, vers le rebord du tableau où, à ce moment précis, se dressa le profil d’un lion, édifié en statue dorée. De sa gueule il crachait le ciel orageux, noir, à peine illuminé par quelques nuées bleu clair. A ses pieds, adossée à lui, une jeune et belle femme placée de profil, à la peau mâte, à la longue chevelure obscure, vêtue d’un linge blanc transparent qui dévoilait sa superbe nudité. Sereine, elle respirait une fleur étrange dont la tige rejoignait, puis emmêlait en mille nœuds la jambe de la femme noire. Autour de la femme adossée au lion, toutes les fleurs étaient vivantes et colorées.  L’air y semblait plus lumineux qu’ailleurs. Seule l’ombre d’un puissant oiseau noir laissait planait une ombre. Une ombre de peur ? De souffrance ? L’oiseau complice de la main terrifiante ?

Sans qu’elle ne sache vraiment ce que tout cela signifiait, Flora se sentit troublée, captivée, abasourdie, ébahie, subjuguée, ébranlée, envoûtée, conquise au point de prendre en photo l’œuvre avec son téléphone. Lequel sonna de nouveau. Sophie.

- J’arrive, j’arrive ! répondit une Flora frémissante, toujours immobile, toujours face à la vitrine.                  

 

 
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