Je vous l’avais promis, voici donc un
troisième extrait des écrits d’Henry Miller, cette fois-ci les dernières lignes de Plexus, deuxième tome de son autobiographie La Crucifixion en
rose.
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EXTRAIT 3
« Dans les jours à venir, lorsqu’il semblera que je sois mis au tombeau, lorsque le firmament lui-même menacera de venir s’abattre sur ma tête, je serai forcé de tout abandonner hormis ce que ces esprits ont implanté en moi. Je serai écrasé, avili, humilié. Je serai frustré dans chaque fibre de mon être. Je me prendrai même à hurler comme un chien. Mais je ne serai pas entièrement perdu ! En fin de compte, un jour doit poindre où, jetant un regard sur ma propre vie comme s’il s’agissait d’un roman, ou d’Histoire, je pourrai y déceler une forme, une trame, une signification. Dès lors le mot défaite n’a plus de sens. Toute rechute sera à jamais impossible. Car ce jour-là je deviens et demeure un avec ma création.
(…)
Et si l’on me demandait : « As-tu joui de ton séjour sur la terre ? », je répondrais : « Ma vie n’a été qu’une longue crucifixion en rose. »
Quant au sens de ces mots, s’il n’est pas déjà clair, il sera élucidé. Si j’échoue, alors je ne suis que le chien du jardinier.
Il fut un temps où je croyais avoir été blessé jamais aucun homme ne l’avait été. Parce que tel était mon sentiment, je fis le vœu d’écrire ce livre. Mais longtemps avant que je l’eusse commencé, la blessure avait guéri. Puisque j’avais juré de remplir ma tâche, je rouvris l’horrible blessure.
Laissez-moi le dire d’une autre façon…Peut-être en rouvrant la blessure, ma propre blessure, ai-je refermé d’autres blessures, les blessures d’autrui. Quelque chose meurt, quelque chose fleurit. Souffrir dans l’ignorance est horrible. Tout autre chose est de souffrir délibérément afin de comprendre la nature de la souffrance et l’abolir à jamais. Bouddha n’a eu toute sa vie qu’une idée fixe, comme nous le savons. C’était d’éliminer la souffrance humaine.
La souffrance est inutile. Mais l’on doit souffrir avant de pouvoir comprendre qu’il en est ainsi. C’est alors seulement, de surcroît, que la vraie signification de la souffrance humaine devient claire. Au dernier moment désespéré – lorsqu’on ne peut plus souffrir ! – quelque chose advient qui tient du miracle. La grande plaie ouverte qui drainait le sang de la vie se referme, l’organisme fleurit comme une rose. On est enfin « libre » (…) mais avec la nostalgie de toujours plus de liberté, toujours plus de félicité. L’arbre de la vie est maintenu vivant non par les larmes mais par la certitude que la liberté est réelle et éternelle. »
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