Il faut avoir des rêves dans la vie. Laissez-la faire, elle se chargera de les réaliser, vous n'aurez rien d'autre à faire que d'être vous-même.
Plus qu'une semaine, il ne manquait plus qu'une semaine! Nerveuse, Yoli retouchait légèrement son maquillage. Elle avait rendez-vous chez la
manucure et déjà, pressentait qu'elle arriverait en retard. Cela faisait une année qu'elle vivait dans une permanente anxiété: Ruben l'avait demandée en mariage le soir même de la victoire du
Barcelona sur le Real Madrid. Certes il était ivre ce soir-là, mais il était aussi son petit ami depuis dix ans maintenant, et Yoli n'avait jamais douté un seul instant qu'il serait le père de
ses enfants. Malgré le dur labeur de l'organisation des noces, Yoli savait que son petit nuage la transportait droit vers le bonheur....La liste des invités, la robe, ne pas grossir, les fleurs,
le restaurant,....elle avait tout organisé avec la conscience d'une perfectionniste. A présent, seuls quelques malheureux jours la séparaientt du plus beau jour de sa vie!
Elle prit le taxi qui la conduirait chez la manucure. Son téléphone sonna. Elle décrocha. Une voix inconnue, angoissée et féminine lui répondit.
- Yoli?
- Oui...
- Je suis Itsaso, je sors avec ton fiancé depuis sept mois maintenant. Je voulais juste que tu saches qu'il te trompe et que c'est un vrai salop!
- Impossible! Pauvre hystérique!
- Si tu me crois pas...viens demain soir au Restaurant de la Plage, nous avons rendez-vous pour dîner.....
Yoli laissa tomber l'appareil. Les larmes couvrirent ses yeux, une sombre colère envahit son cœur, une sourde angoisse la fit trembler des pieds à la tête. Elle ne pouvait croire une chose
pareille et préféra détester Itsaso plutôt que de se voir un seul instant cocue à six jours de son mariage, trahie par l'homme qu'elle aimait.
Elle ne dormit pas de la nuit. Ses beaux ongles bien taillés la faisait enrager. Ruben rentra tard, elle sentit sa présence mais fit semblant de dormir.
Itsaso attendait l'heure du dîner, plongée dans un maelström d'impatience et de crainte. Pourvu que cette Yoli vienne! Cette troisième personne
présente depuis des mois, ce fantôme innocent qui faisait qu'elle n'était que la seconde. Elle avait découvert il y a seulement deux mois que Ruben allait se marier, une de ses amies avait
enquêté et le lui avait affirmé. Lorsqu'elle avait demandé des explications au fiancé, celui-ci lui avait juré son amour le plus profond. Il ne se marierait pas! Il était fou amoureux d'elle!
Mais les semaines avaient passé et la date du mariage continuait à exister. Elle mit sa belle robe rouge, celle qui plaisait tant à Ruben. Elle lissa ses cheveux. Se maquilla, pour une fois avec
soin. Elle n'avait pas fermé l'œil de la nuit. Cela avait été difficile d'appeler Yoli, que faire d'autre? Comment allait réagir Ruben?
Yoli poussa la porte du restaurant. Elle se cacha d'abord derrière l'énorme plante verte qui dissimulait le porte-parapluie, puis chercha Ruben du regard dans toute la salle. Ce fut Itsaso
qu'elle aperçut d'abord, l'autre était de dos. Il portait la chemise de soie de de leur neuvième anniversaire, la rouge, celle qui valait cent cinquante euros !
Yoli bondit vers l'homme de sa vie. Sur son passage, elle renversa un serveur, deux plateaux de fruits de mer, un vase en porcelaine, semant la stupeur et le désarroi chez les clients et les
employés du restaurant.
Itsaso la vit et son cœur battit fort. Elle but un peu de vin, juste à temps pour savourer le cri de rage de Yoli:
- Espèce de salop! C'est qui elle?
Tous les regards, même celui du pékinois de la dame assise à la table vingt-sept, se tournèrent vers la chemise rouge.
- Je ne la connais pas celle-là!, affirma Ruben avec beaucoup d'aplomb.
Voilà donc comment Ruben devint eunuque, voyagea longtemps et finit par trouver du travail chez un prince d'Arabie Saoudite, au milieu d'un
merveilleux harem foisonnant de princesses aux chaires généreuses.
Il réalisa ainsi son rêve de toujours.
La vie est juste!
Croyez-moi. Soyez-vous même.
Selon vous...