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  • Le blog de Delphine Alpin-Ricaud
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Vendredi 9 octobre 2009 5 09 /10 /Oct /2009 15:06

Comme promis, voici un premier extrait de la nouvelle Femme Pot de Fleur, écrite depuis quelques mois déjà mais pas encore publiée.
Souvenez-vous, vous y avez participé en m'indiquant ce qu'évoquait pour vous l'expression
femme pot de fleur.
Encore un gros merci à vous!

Découvrez la playlist mujer florero avec Ella baila sola


Le printemps caressait de son doux souffle la prairie, fleurie depuis peu.

Il les embrassait une par une, en prenant bien soin de murmurer à chaque baiser combien elles étaient belles, brillantes, lumineuses, en même temps qu’il les berçait d’une mélodie envoûtante, sensuelle et joyeuse.  Il se régalait alors de leur merveilleux parfum, l’inhalait sans mesure comme le plus précieux des mets. Et les petites princesses jubilaient, elles dansaient, riaient, se tortillaient dans tous les sens, explosaient de leurs mille couleurs ; insouciantes et libres, elles fêtaient avec leur maître leur toute nouvelle naissance, sans penser aux lendemains ni songer qu’il puisse exister pour elles une autre vie.

 

Malheureusement, même si une fleur reste une fleur, n’est pas le printemps qui veut.

 

- Tu es si belle, ma jolie petite fleur. Depuis que je t’ai rencontrée, tu me donnes tout, tu m’éblouis, tu me rassures, je suis si fier de toi ! Tu es belle, ce que tu es belle ! Je vais t’offrir le plus beau des pots, celui qui sera fait dans la plus belle et la plus noble des terres, de manière à ce que tu sois bien. Tu y seras bien, n’est-ce pas? Tu ne voudras pas partir d’ici ? Tu me tuerais si tu faisais cela, une si belle fleur n’a pas le droit de me faire du mal, je t’aime, ce que je t’aime.

Conquise, possédée, foudroyée,  Flora décida de ne plus jamais quitter Jean-Sébastien.

 

 

 

*

 

 

 

Flora arrangea le bouquet de roses rouges en déplaçant les tiges d’un côté à l’autre du vase. Six tiges, vertes et épineuses, parfaitement assemblées autour d’un point central qui trempait dans l’eau, tandis que leurs hauteurs s’envolaient dans tous les sens, toutes séparées par des centimètres de tailles égales. Ces roses rouges, son Jean-Sébastien chéri venait de les lui offrir. Il apprécierait de les voir ainsi superbement disposées.

Tout, jusqu’aux douces odeurs de la cuisine à vapeur longuement préparée, tout, tout était dressé pour lui faire plaisir. Il y avait les bougies aussi, le champagne, l’encens importé d’Inde, les délicieux nouveaux sous-vêtements au prix audacieux et à la texture sauvage, la robe osée fraîchement achetée le jour même,  et surtout il y avait la bonne nouvelle. La bonne, la grande nouvelle !

Flora finissait de se maquiller et, tandis qu’elle laissait le crayon noir dessiner allégrement le contour de ses yeux, elle aperçut le reflet de son bonheur dans le miroir. Jean-Sébastien rentrait souvent fatigué et irrité du travail. Le pauvre malheureux ! Mais ce soir, lui qui se réjouissait tant de la voir bien et resplendissante, il sourirait, même si c’était mercredi et que le mercredi n’était jamais bon. A peine fut-elle prête, que le claquement porte d’entrée annonça l’arrivée de Jean-Sébastien. Lorsque Flora sortit de la salle de bain et se précipita dans le salon, elle y trouva son mari, affalé sur le divan, la cravate dénouée et le regard fixé sur son téléphone portable, coincé entre ses deux mains.

- Bonsoir mon cœur ! , s’écria Flora en se précipitant sur le cou de son homme, une pointe d’accent étranger au bout des lèvres.

Mais celui-ci la repoussa d’un geste brusque, en maugréant :

- Non, Flora, je suis fatigué là ! Pourquoi est-ce que tu as toujours besoin de me sauter dessus comme une gamine de cinq ans ?

Légèrement abasourdie, la jeune femme se retira sur un coin du canapé en maintenant un sourire qu’elle voulait naturel mais qui se révéla crispé. Elle décida de ne pas plier sous cette tempête de mauvaise humeur. Quelques longues minutes plus tard, et même s’il n’avait cessé ni de râler ni de hurler, elle avait réussi à traîner Jean-Sébastien jusqu’à la table en le suppliant jusqu’aux larmes d’écouter sa bonne nouvelle à elle.

Tandis que son mari chéri se jetait sur le vin, les légumes à la vapeur sans lever ni seule fois le regard vers le formidable décolleté de sa nouvelle robe, Flora prit la parole en rassemblant tout son courage :

- Mon amour, j’ai quelque chose à t’annoncer, quelque chose de bien. Chéri, tu as un bout de brocoli coincé, là, sur le coin des lèvres, non sur ta droite. Oui, voilà. C’est bon, il n’y a plus rien. Donc tu te souviens, quand on s’est connus, que je me battais pour réussir comme dessinatrice. Cela t’avait tellement plu d’ailleurs ! Et bien, une des amies de Sophie est prête à m’engager comme créatrice de modèles, après tout ce temps sans rien faire, c’est une chance, une chance énorme ! Tu te souviens de Sophie ? Sophie, mon amie de Lyon, celle qui est peintre…Attends, je nous ressers du vin. Donc, tu te rends compte ? Je vais enfin pouvoir travailler de ce que j’aime, la vie est comme ça mon amour, elle finit par te donner ce que tu désires le plus !

Jean-Sébastien lâcha son bout de patate à la vapeur.

- Comment ça te donner ce que tu désires le plus ? Et moi alors ? Je ne te suffis pas ?

Bien sûr qu’il lui suffisait, qu’elle n’avait besoin de rien de plus, que la vie lui avait déjà sourit assez pour ne pas avoir à en demander plus, qu’elle était une de ces petites filles gâtées par l’existence et ce en grande partie grâce à lui ! Pourquoi ressentait-elle alors à ce point le besoin de gribouiller des robes pour Sophie? Serait-ce l’évocation de Sophie qui avait perturbé Jean-Sébastien ? Sophie, cette folle névrosée – comme il l’avait souvent appelée -, artiste de pacotille qui barbouillait dans son monde virtuel, lequel ne pouvait évidemment exister que dans un crâne vide. Sophie, cette créature immature et irresponsable qui, à trente ans passés, agissait encore telle une adolescente en chaleur en affichant sur une année autant de relations sexuelles qu’il pouvait exister de saints dans un calendrier. Sophie, cette pute déguisée en clown au nez rouge tâché de crachats de peinture.  Au début, au tout début, Flore avait souri aux sarcasmes de son nouvel amour. Puis elle avait cédé peu à peu, semaines après semaines, mois après mois, aux gémissements de son homme et elle avait fini par s’éloigner de sa chère Sophie, pour elle-même et pour le bien de la nouvelle entité qu’elle formait désormais avec son merveilleux Jean-Sébastien. Flora avait fait de même avec ses croquis de robes, ses traits fins et colorés qui devaient habiller le nu des  femmes. Après tout, la vie est ainsi faite qu’il faut parfois faire table rase du passé pour découvrir les promesses qu’offre le présent ; or, son présent à elle était désormais, depuis des années, Jean-Sébastien. Depuis six ans exactement.

En six ans, Flore avait donc oublié Sophie, le crayonnage, la méchanceté, l’égoïsme, les idées éparses ou autres idéaux qui avaient soûlé sa jeunesse, ses caprices d’une innocence mal contrôlée. Elle avait fait table rase d’un passé trop anormal pour être considéré acceptable. Cela parce qu’elle tenait à Jean-Sébastien plus qu’à tout, tout ce qui aurait pu la séparer de lui.

Elle était sa fleur, il était sa graine, son terreau, son pot doré.

- Ecoute, je suis fatigué, s’exclama un Jean-Sébastien las et sévère. C’est dur en ce moment, alors pèse le pour et le contre, pense à notre fils, aux enfants que j’aimerais encore avoir avec toi. Demain je prends l’avion tôt pour le Midi, c’est un reportage important que je ne souhaite pas bousiller en songeant que ma femme est peut-être sur le point de faire une immense bêtise. Ah ! Et à mon retour, vendredi soir, j’ai pensé qu’un week-end à la campagne chez mes parents nous ferait du bien, il devrait faire beau,  ce qui ne gâchera rien ! N’oublie pas - ça t’occupera l’esprit - qu’il faut programmer nos vacances en Corse pour le printemps ; et n’oublie pas non plus, si tu as tant envie de gribouiller, que je t’ai proposé d’illustrer mon livre de quelques dessins.  Mon amour, je dois aller dormir, rejoins moi vite…tu sais bien combien je m’endors mieux entre tes bras…

Puis Jean-Sébastien se leva ; après avoir embrasser tendrement Flora sur le front, il disparut en direction de la chambre à coucher sans même se retourner sur le chantier abandonné, et donc sans pouvoir contempler la pauvre architecte ébranlée, au beau milieu des débris de patates vapeur et de la tour de vin.


(...)



©Delphine Alpin-Ricaud
CopyrightDépôt.com 00043791 



 

Par Del - Publié dans : ECRITS : NOUVELLES - Communauté : Ecrire
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Vendredi 2 octobre 2009 5 02 /10 /Oct /2009 13:59

Petit cadeau pour vous, j'aime beaucoup et la musique et les paroles de ce morceau.






PUT YOUR LIGHTS ON

 

Hey now, all you sinners

Put your lights on, put your lights on

Hey now, all you lovers

Put your lights on, put your lights on

 

Hey now, all you killers

Put you lights on, put your lights on

Hey now, all you children

Leave your lights on,

You better leave you lights on

 

‘Cause there’s a monster livin’ under my bed

Whisperin’ in my ear

There’s an angel with a hand on my head

She say I got nothin’ to fear

 

There’s a darkness livin’ deep in my soul

I still got a purpose to serve

So let your light shine deep into my home

God, don’t let me lose my nerve

Don’t let me lose my nerve

 

Hey now, hey now

Hey now, hey now

Wo-oh hey now

Hey now, hey now

Hey now, hey now

 

Hey now, all you sinners

Put you lights on, put your lights on

Hey now, all you children

Leave your lights on, you better leave your lights on

 

‘Cause there’s a monster, livin’ under my bed

Whisperin’ in my ear

And there’s an angel with a hand on my head

She say I got nothin’ to fear, she say

La illaha illa Allah we all shine like stars

Then we fade away


Par Del - Publié dans : MONDES QUI TOURNENT - Communauté : humour et bonne humeur
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