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  • : Jour après jour, se découvrir...nous sommes tout petits petits petits...mais nous SOMMES...et ça, c'est grand!!!

L'essentiel....

Créer c'est vivre deux fois - Albert Camus

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Dimanche 22 juin 2008

Découvrez Bersuit Vergarabat!

      
     Je crois qu'au sujet des Argentins, il devrait exister une encyclopédie qui, en vingt-six tomes, tenterait d'aborder ce sujet complexe et infini. Mais cela serait insuffisant, j'en suis certaine!
Une solution pour l'Argentine? Je n'en ai pas.....Même les Dieux ont renoncé et sont partis bien loin quand ils ont vu cela!
Je vous dirai qu'on les aime et on les déteste à la fois. Impossible d'éviter les contradictions. Je répète bien: entre les Argentins et moi, c'est une histoire de haine et d'amour pour la vie. Il n'y a pas de haine dans mes mots, mais je crois avoir le droit de m'exprimer à ce sujet avec la plus grande honnêteté intellectuelle possible, n'en déplaise à certains lecteurs. D'autres se retrouveront dans ces lignes, je le sais.
Je comparerai d'abord les Argentins et les Argentines à ces personnes qui ne s'aiment pas. Ils souffrent d'un complexe d'infériorité avec l'Europe et d'un complexe de supériorité avec le reste de l'Amérique du Sud. Ne cherchez pas d'indiens en Argentine ou de descendants d'esclaves noirs : ils les ont tous tués. En gros, il ne reste que les descendants d'européens.
Combien de fois ai-je expérimenté ce genre de situation:
- Ah! Tu es française! Mais c'est merveilleux...mon grand-père était italien, ma grand-mère espagnole de Galicie, mon arrière grand-père de Paris, mon arrière grand-mère du Danemark, le cousin de ma grande tante Emilia d'Allemagne, la seconde femme de mon oncle Guillermo avait un....Je suis en train de faire mes papiers pour partir en Italie. Parce qu'ici, tu comprends, ce n'est plus possible.
- .... !
Puis, après quelques temps :
- Tu es française, tu ne peux pas comprendre! Vous autres les européens vous ne savez pas...Vous êtes riches et vous avez des aides. C'est de votre faute. Toutes vos entreprises se sont installées ici. Tu ne pourrais pas me dépanner là? J'ai un gros problème!
Bien sûr, car tout le monde est coupable de leur misère : en premier lieu les États-Unis, puis l'Europe, le FMI, l'Angleterre avec les Iles Malouines, Dieu, les Juifs, Napoléon, les Dieux grecs, moi, vous, votre voisin,....Baptisée en 1940, le grenier du monde, l'Argentine s'est tout simplement vendue au plus offrant. Elle s'est auto-détruite, en quelque sorte, en se prostituant de la sorte
.
Un peuple qui ne s'aime pas, qui ne s'assume pas, qui a honte d'être né en Amérique du Sud, nommée par les Argentins eux-même Tiers-Monde, qui appelle l'Europe «Premier monde», qui pleure sans cesse sur son sort. Qui applique avec fierté ce qu'ils déteste le plus.
Les Argentins ont toujours de gros problèmes, en tous les cas toujours plus énormes que les vôtres.
Bien sûr, lorsque le sport national est la picardia
(sournoiserie), les problèmes arrivent tous seuls. Est-ce parce que le manque de confiance est tellement important que l'on trompe son prochain avant qu'il ne vous trompe? Peut-être....
Allons...pour être plus juste je parlerai plus précisément du Porteño, ce phénomène humain qui peuple la capitale, Buenos Aires. Un individu incroyablement égocentrique, méprisant, et sans une once d'humilité! Malheureusement, la majorité de la population semble être devenue porteña.
Si l'on ne se connait pas, si l'on se ment à soi-même, si l'on se fuit...comment oser espérer que les choses changent? Je diagnostiquerai un grave problème d'identité, une tendance paranoïaque aigüe, une trop faible dose de remise en cause et une trop forte dose de victimisation.

          Pour appuyer mes dires et éviter au lecteur de penser que ces lignes sont un délire personnel, je citerai à la suite un philosophe espagnol. Je le nommerai Manolo, car il est actuellement en fuite, traqué par la mafia Tanguera  (du tango).                                         

                                                    
                                                     


«Les Argentins sont parmi vous, mais ils ne sont pas comme vous. N'essayez pas de les connaître, parce que leur monde habite le monde impénétrable de la DUALITE.»
Rappelez-vous donc ce que je disais à propos de la haine et de l'amour. D'être européen ou d'Amérique du Sud. De la confiance et de la sournoiserie.
«Les Argentins boivent dans une même coupe la joie et l'amertume. De leurs pleurs, ils ont fait une musique – le tango – et ils sont capables de se moquer de la musique d'un étranger.»
Surtout, ne leur dites pas que Carlos Gardel est né à Toulouse.
«Ils prennent au sérieux les blagues et ils font des blagues de tout ce qui est sérieux.(...)
Ils croient en l'interprétation des rêves, en Freud et en l'horoscope chinois, ils prennent rendez-vous chez le docteur et chez la guérisseuse. Tout en même temps! (...) Ne discutez jamais avec eux! Les Argentins naissent avec une sagesse innée. Ils savent tout et opinent sur tout! Autour d'une table dans un café ou en regardant un programme de journalisme politique, ils solutionnent tout.
Quand les Argentins voyagent, ils comparent tout avec Buenos Aires. Ils sont le peuple choisi...par eux-mêmes!»
Ne vous étonnez pas d'entendre que Paris ressemble à Buenos Aires, que les Espagnols sont des débiles mentaux, que les Européens sont des innocents un peu simplets lorsqu'ils traversent au passage clouté, paient leurs impôts, jettent les papiers à poubelle, ou encore que rien ne vaut le climat de Buenos Aires et la bière Quilmes (d'ailleurs à présent rachetée par une entreprise brésilienne, mais soyez discret, s'il vous plaît, c'est une sujet délicat). Lors d'un concert à Toulouse, je me souviens d'un stand qui vendait des produits argentins. Quelle ne fut pas surprise d'y trouver de la moutarde Savora et des pâtes importées du pays de Maradonna! Le vendeur me répondit simplement que ces produits sont meilleurs lorsqu'ils sont fabriqués là-bas. Soit. Cela fait sept ans déjà et je ne m'en remets toujours pas...
«Individuellement, ils se caractérisent par leur sympathie et leur intelligence ; en groupe, ils deviennent insupportables avec leur cris passionnés pour leurs propres personnes. Chacun d'entre eux est un génie, les génies ne s'entendent pas entre eux. C'est ainsi qu'il est facile de réunir des Argentins, mais impossible de les unir. Un argentin est capable de tout réussir dans le monde, sauf d'obtenir les applaudissements des autres Argentins. Ne leur parlez pas de logique, car la logique implique raisonnement et mesure. Eux sont extrêmement démesurés et passent d'un extrême à l'autre dans leurs opinions et leurs actions.»
Par exemple lors de la Coupe du Monde 1998, j'ai du me contenter de parler avec les taxis chiliens de Rio Grande, car le reste de la population refusait de me parler.
«C'est le seul peuple au monde qui commence ses phrases par NON. Quand quelqu'un les remercie, ils répondent Non, de rien. Les Argentins ont deux problèmes pour chaque solution. Mais ils ont l'intuition des solutions à chaque problème. Chaque Argentin sait comment payer la dette extérieure, corriger les militaires de la dictature, conseiller le reste de l'Amérique Latine, diminuer la faim en Afrique, enseigner l'économie aux États-Unis.
(...)Ils vivent, comme le disait Ortega Gasset, dans une constante dissociation entre l'image qu'ils ont d'eux-mêmes et la réalité. Ils ont un nombre incalculable de psychologues (au premier rang avec la France et les États-Unis) et sont toujours au courant de la dernière thérapie à la mode.
(...)Ils ont une peur terrible du ridicule, mais se décrivent comme des personnes libérées. Ils sont pleins de préjugés , mais ils se croient larges d'esprit, généreux et tolérants. Ils sont racistes au point de parler de nègres de merde (negros de mierda, les Brésiliens par exemple et surtout au football) et de petites têtes noires (cabezitas negras, pour les habitants des villas, les favelas argentines.)»
J'ajouterai, cher Manolo, que les noirs en Argentine sont d'abord les habitants du Nord du pays, ceux qui ont la peau mâte et les yeux bridés comme les indiens.

         C'est vrai, les Argentins sont un grand mystère. Qu'ils ne se fâchent pas, je suis parfois nostalgique de leur pays quand même. Un mystère au goût amer et angoissant. D'autant plus qu'en ce moment, lorsque j'entends parler les Français, je pense un peu aux Argentins.
Laissons Manolo conclure:

«Les Argentins sont des Italiens qui parlent espagnol.
Ils aspirent à des salaires nord-américains et à vivre comme des Anglais.
Ils ont des discours français et ils votent comme des sénégalais.
Ils pensent comme des militants de gauche mais vivent comme des bourgeois.
Ils vantent l'organisation canadienne et ont une organisation bolivienne.
Ils admirent l'ordre suisse et pratiquent le désordre iraquien.»

par Del publié dans : ARGENTINA communauté : BLOGS, en parler ...
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Samedi 21 juin 2008

Mucha felicidad para Izaskun y Jaime....y muchas gracias por haber compartido vuestro amor con nosotros.


Plein de bonheur pour Izaskun et Jaime....et merci à vous deux pour avoir partagé votre amour avec nous tous.









Bajo el sol de Donosti, hoy me siento feliz .....

Sous le soleil de San Sébastien, aujourd'hui je me sens heureuse...










....y espero que ese ramo que me regalaste Izaskun, me traiga suerte por un proximo amor precioso y verdadero.
Gracias wapa............

...et j'espère que ce bouquet que tu m'as offert Izaskun, me porte chance pour un futur amour....
Merci ma belle
!

                                                         

Et une pensée pour tous les amoureux.......

par Del publié dans : DU QUOTIDIEN communauté : BLOGS, en parler ...
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Samedi 14 juin 2008

Je ne suis pas une fanatique des concours ni des chaînes, mais recevoir un prix par surprise est quelque chose de très agréable, qui fait chaud au coeur. David m'a fait cet honneur et je ne le remercierai jamais assez.
Je brandis donc le beau trophée "
Arte y Pico" et je vous le montre avec fierté:
                                                                                                      



Ce prix a été créé par une jeune artiste uruguayenne Eseya (gracias por la idea Eseya, me parece un manera formidable para agradecer todo lo bello que algunos nos dan gracias a sus talentos) afin de récompenser la créativité, la convivialité, l'originalité, etc....de certains blogueurs.  

Voici les règles, il en faut bien:

-1; Choisir 5 blogs que vous estimez mériter ce prix pour leur créativité, leur conception, un contenu intéressant... et qui contribuent également à la communautée des blogeurs, quelle que soit la langue.
-2; Chaque prix doit contenir le lien le blog de son auteur, pour être visité par tous.
-3; Chaque lauréat doit montrer son prix ( l'image doit être inséré dans un article) et remettre le lien vers le blog qui l'a décerné.
-4; Le lauréat doit montrer le lien vers le blog d'Eseya, "Arte y pico".
-5; Le lauréat doit présenter les présentes règles

Je trouve qu'il est plus facile de recevoir ce joli prix que de l'attribuer...Depuis mon apparition dans le monde des blogs j'ai découvert des choses formidables, et derrière elles, des personnes adorables et dont je suis heureuse d'avoir fait la connaissance.  Merci à elles et à leurs talents! Je trouve que 5 choix, c'est peu...mais je vais donc me lancer :

- Des petits riens du quotidien traités avec une grandeur d'esprit et d'écriture remarquables! Et bien que marcovaldo, notre Caliméro à la coquille fêlée soit plus cartésien que moi, je parlerai de grandeur d'âme à son sujet également!

- Elle se nomme désormais
Crève-Lune. Il faut la suivre cette artiste peintre à l'écriture magnifique et à la sensibilité à fleur de peau! Mais ce qu'elle fait est tout simplement beau. 

- La
montagne en photos et en musique, venez vous y perdre et découvrir de vraies merveilles. On oublie tout là-haut. Merci aux auteurs du blog pour le petit bijou qu'ils nous offre là!

-
Jim Dante est un vampire. Ses sagas aux milles personnages sont des intrigues minutieusement tressées par lui depuis des années. Rien que pour ce travail énorme, je lui dis "chapeau, maestro"! 

-
Art et littérature sont de biens grands mots et Frédéric Thomas leur fait honneur avec son talent  : histoires, poésies, dessins, livres....Une âme d'artiste qui se découvre sans pudeur pour mieux vous servir messieurs dames...

David et ses merveilleuses maquettes, Animaboule et ses merveilleux courts-métrages ont déjà leur prix "Arte et Pico" ! Dommage, je le leur aurais décerné avec plaisir!
Mais je n'oublie pas tous les autres, ceux que j'essaie de venir visiter tous les jours et dont les auteurs me régalent de leur amitié. 
Encore une fois merci pour votre présence, votre courage et votre talent! 

A faire suivre.......


  

par Del publié dans : MONDES QUI TOURNENT communauté : BLOGS, en parler ...
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Vendredi 13 juin 2008
 Suite

          Je n'avais pas dormi, arraché des rêves par son image.
On approchait de midi, et rien ne s'était passé. Michel et Francis se moquaient de moi, ils ne savaient pas faire autre chose depuis l'heure du lever, à part peut-être passer une quantité extraordinaire de coups de fil. Mon avion pour Paris était prévu le soir même et je n'envisageais pas de repartir vers ma triste vie sans la revoir. La cour du ryiad m'étouffait, mais où aller? J'étais prisonnier de mon attente. Jamais je ne m'étais vu ainsi, dans un tel état de dépendance, tout dépendait d'elle et cela me rendait misérable, rien ne comptait à part cette promesse d'un lendemain qu'elle m'avait donnée. Promesse? Espoir plutôt, selon la volonté d'un Dieu que j'ignorais. Michel et Francis avaient fait préparé des paniers de fruits et du thé à la menthe.
- Mon grand, viens te restaurer un instant ! Tu ignores encore ce qu'est le destin, tu es trop jeune, me lança Palantin en s'agrippant à mon bras et en me guidant vers la table.
Le destin?
Karim arriva en courant vers nous et annonça:
- Une voiture attend Monsieur le peintre!
Interdit, je regardais un instant Michel et Francis, qui m'ignorèrent et partirent dans un débat sur la laideur d'une certaine dame, présente à la soirée de la veille. Livré à moi-même, je suivis donc Karim. Effectivement, une berline aux vitres tintées m'attendait. Ma belle était là, assise à l'arrière, vêtue d'une longue robe écrue, des lunettes horriblement noires cachaient ses yeux magnifiques, des bracelets en or habillaient orgueilleusement son poignet droit, les cheveux relevés en chignon, les jambes croisées m'autorisaient à admirer ses chevilles. Elle me sourit. Je m'assis à ses côtés.
Elle murmura quelques mots en arabe au chauffeur, puis la voiture démarra.
Le trajet dura longtemps, nous sortîmes de la ville en silence.
Elle ne me parla pas, se contentait de regarder par la vitre, je faisais donc de même. Nous arrivâmes dans une vallée verte et rouge, aux couleurs du drapeau marocain, fièrement peuplée de lauriers qui embrumaient mon odorat. La berline choisit un chemin de terre. Elle et moi nous agrippâmes à nos portières respectives. Je n'osai pas parler, quelque chose de fort et d'indéfinissable m'avait envahi et m'obligeait à me taire, je me mis à penser au destin et au miracle qui faisait que j'étais là, docile, me laissant guider par une femme inconnue dont j'étais tombé fou amoureux, dans une voiture obscure qui bravait les broussailles et les cailloux. Le voyage dura au moins une heure.
Le véhicule s'arrêta enfin. La belle bavarda à nouveau avec le chauffeur en arabe, puis elle m'invita à sortir.
Nous nous trouvions au fond de la vallée verdoyante, surplombée par les montagnes rouges. A ma gauche, une petite cahute en terre. La voiture repartit dans un nuage de terre.
Nous étions seuls. Enfin! Elle me tendit sa main. Je m'approchai d'elle et saisit cette superbe main, envahi par un frisson qui me fit peur. Nous entrâmes dans la cabane. A ma grande surprise, de merveilleux tapis couvraient le sol, les murs étaient en blancs, une magnifique table en bois recouverte de victuailles occupait un des coins, des coussins tissés et brillants longeaient un mur entier. Je vis aussi un point d'eau, un grand miroir, des bougies, une immense main en or qui naissait du toit et mourrait au sol.
Elle enleva ses lunettes et détacha ses cheveux.
Ce qu'elle était belle!
Ce qu'elle était belle!
Ce qu'elle était belle!

           A notre premier baiser, mon corps devint chaud, il se consuma lentement au contact de sa peau non moins brûlante, au creux de ses seins, entre milles caresses. A un moment, je me rappelle m'être juré de peindre un jour ce feu.
J'ignore combien de jours et combien de nuits nous restâmes dans cet endroit hors du monde. Personne ne m'attendait, bien sûr j'avais perdu mon avion. Et alors? Toute ma vie explosait ici à présent. Lorsque nos corps se reposaient de nos ébats, nous parlions, ou nous nous promenions. Une petite fille du village, aveugle, venait nous porter chaque matin des victuailles.
Je me rendais compte que j'ignorais tout de la vie de cette femme. Ses questions sur ma peinture et ma vie en France foisonnaient, mais elle ne parlait jamais d'elle, à part pour me dire qu'elle m'aimait. Lorsqu'on goûte ainsi au bonheur, on ne songe pas un instant à ce que cela s'arrête. Nous étions deux enfants qui jouions à nous aimer, avides d'apprendre l'un de l'autre, nous nous laissions aller à la plus folle des libertés. Jusqu'au jour où la berline aux vitres teintées réapparut. Un matin. Je vis le visage de ma princesse défiguré par la tristesse et l'angoisse. Un frisson froid parcourut mon corps, mon cœur sonnait le glas: c'était la fin. Elle me prit dans ses bras, couvrit mon visage, désormais trempé par ses larmes et par les miennes, de baisers. Pour la première fois, elle parla d'elle:
- Je suis une esclave tu sais, je ne peux pas fuir. Mon fiancé est revenu, pour sauver ma famille je dois lui obéir. Viens, nous partons.
Nous montâmes dans la voiture. En quelques minutes, le ciel s'était couvert et il pleuvait. Je lui tenais fort la main. Je la priais d'oublier sa famille, je lui promettais de la sauver et de l'emmener avec moi, je la suppliais de ne pas m'abandonner. Mais rien. Elle me dit juste qu'il en allait de l'honneur de sa famille, que je ne comprendrais jamais car je ne croyais en rien. Je maudissais tous les Dieux du monde, je maudissais les familles, les lois, les consulats, les mariages et les fiançailles. La berline s'arrêta devant la porte du ryiad.
Mon amour m'embrassa une dernière fois. Nous pleurions tous les deux. Puis, soudain, son visage se durcit. Elle me jeta dehors en murmurant une phrase en arabe. Après que la voiture ait disparu au coin de la rue, je demeurai un bon moment seul, penaud, couvert de poussière ocre, regardant dans le vide. Ce fut Michel et Francis Palantin qui me récupérèrent à la tombée de la nuit, alertés par Karim. Je m'étais écroulé contre la porte du ryiad et je n'avais plus bougé.

           Vous savez quoi? Je suis reparti deux jours à Paris pour régler quelques affaires. Puis, je suis revenu. Voilà des années maintenant que je vis ici, dans cette grande ville rouge, entre les murs du ryiad de Michel. Je peins, tous les jours, toutes les nuits. Je la peins, elle.
Mes peintures se vendent à prix d'or. Je ne les trouve pas assez chères!
Si vous passez un jour par Marrakech, demandez Le Peintre! C'est ainsi que l'on m'appelle ici. Pour la première fois de ma vie, j'ai un nom, un vrai nom.
Finalement, je continue à l'attendre. Je crois un peu en la magie des choses, après tout j'y ai goûté pour de vrai! Mon histoire d'amour n'est peut-être pas si ratée que ça, après tout....J'y songe en finissant ces lignes. Car je l'attends. Et comme je suis devenu un peu magicien, je sais qu'elle reviendra. Une petite voix me dit que c'est inscrit quelque part, dans un beau livre doré, sous la forme de lignes aux milles couleurs de feu.

  Ce qu'elle est belle!

                                             

  Delphine Alpin-Ricaud

par Del publié dans : ECRITS : NOUVELLES
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Jeudi 12 juin 2008

Suite
   
         Il y a des femmes que l'on n'approche pas, ce sont celles que l'on aime dès le premier regard.
Je n'avais jamais connu cela. Je n'y croyais pas. Comment pourrais-je peindre un jour cet amour? Quelles couleurs? Quelles formes? Quels traits? Quelle toile? Celle de mon cœur évidemment.
Je ne pus l'approcher de toute la soirée, son imbécile de fiancé s'en servait de faire valoir consulaire et lui refusait toute liberté. Mon seul recours, comme toujours dans ma vie depuis ma rencontre avec lui, était Francis Palantin. Je lui racontai en quelques mots mon désarroi, mon urgence, mon désespoir pour pouvoir aimer cette femme. Et comme toujours, il me sauva
- Pauvre toi! Donne-moi donc une cigarette mon chéri et tais-toi un peu. Je ne sais vraiment pas ce que tu trouves aux femmes, beau gosse comme tu es, moi je te rendrais heureux. Celle-là te perdra, c'est inscrit dans ses yeux!
Je lui donnai la cigarette et il s'en alla. De loin, coincé entre deux palmiers, ma coupe de Champagne à la main, je le regardai faire. Il s'approcha de ma belle, parla au fiancé et à son gros ventre, fit rire toute l'assemblée, appela Karim pour lui demander je ne sais quoi, brassa l'air chaud par de grands gestes théâtraux, manqua de renverser un vase et de frapper une grosse dame. Francis Palantin en pleine gloire! Je n'en pouvais plus. Pas une seule fois mon amour ne regarda vers moi. J'enfilais les coupes de Champagne pour calmer mon anxiété, je renvoyais sans aucun bon sens tous ceux et celles qui s'approchaient de moi, je n'autorisais la présence que des deux palmiers.

          J'étais amoureux! Ne comprenaient-ils donc rien tous ces imbéciles ?
Même les deux palmiers semblaient me narguer à présent. Mon impatience me rendait hargneux. J'aurais pu mordre je crois...Tout souriant, Karim s'approcha de moi avec ses toasts au foie gras. Étrangement, il m'en désigna un du regard. Ma main obéit et saisit le toast en question. Puis Karim repartit. Enfin je mordais! Quelque chose d'autre que la filtre d'une cigarette ou que le cristal de ma coupe! Une matière étrange au goût de papier vint troubler l'onctuosité du foie gras. Je balançai le reste du toast au pied d'un des palmiers et dépliai le bout de papier:
«Demain. Inchallah...»
La soirée n'eut plus aucun sens. Pour la première fois de ma vie, j'attendais demain avec espoir et insouciance. 
Non, je mens, ce n'était pas la première fois : ces moments-là,  je les avais connus enfant, lorsque je ne craignais pas encore la vie!

  A suivre

par Del publié dans : ECRITS : NOUVELLES
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Mercredi 11 juin 2008
          Ce qu'elle était belle!

         Je suis las aujourd'hui. A peine un peu de force pour écrire encore quelques mots à la mémoire de notre bonheur. Mes amis m'avaient bien dit de me méfier d'une telle femme. Sa beauté, son intelligence, sa finesse d'esprit, son caractère de tigresse et sa solitude de déesse cachaient selon eux un danger pour ma personne. Je ne les ai pas cru tous ces jaloux! Lorsqu'un bijou semblable tombe entre vos mains, vous n'avez pas le droit d'avoir peur.
Nous nous sommes rencontrés un jeudi soir d'été, sous les étoiles de Marrakech et celles du champagne. Mon ami Francis Palantin inaugurait ce soir-là sa énième galerie d'art. Après l'Amérique, l'Europe, il avait décidé de s'attaquer à l'Afrique du Nord. Francis avait lancé ma carrière de peintre, il s'était entiché de moi et m'avait introduit dans le tourbillon mondain parisien. Mon accent toulousain et mon caractère bourru avait effrayé l'élite artistique de ce milieu guindé, mais mon parrain, grand baron du négoce d'art, imposa ma présence comme un événement évident et incontournable. Il était amoureux de moi, mais malheureusement ma passion pour les femmes ne lui laissait aucune chance! Palantin ne m'en voulut jamais et je me transformais pour lui en une sorte d'amour impossible.
Ce soir-là, il était accompagné de Michel, son compagnon depuis un an maintenant. Michel nous logeait dans son ryiad. Je n'avais jamais trop compris le sens de ses affaires, mais je ne doutais pas de sa grande fortune, ce qui me semblait d'ailleurs une bonne raison pour que mon cher Palantin lui offrît son amour. Ces deux-là me faisaient sourire et égayaient ma solitude. Cela faisait quelques mois que je ne peignais plus, je m'ennuyais, j'avais la nostalgie de ma non célébrité et de l'authenticité de ma Ville Rose. Encore une fois, ce soir, je me retrouvais face au gratin coincé et sans âme. Francis et Michel les détestaient aussi, mais ils étaient plus fins et plus malins que moi : ils les soignaient comme on doit soigner les meilleurs clients. Moi, on me demandait juste de peindre, non pas de vendre. Mais mes tableaux m'ennuyaient, la trentaine bien entamée je frisais la crise, je méprisais ma vie et mon succès, je cherchais en permanence une consolation à ce non sens: les femmes, le champagne, les honneurs. Cependant ma toile blanche, ce miroir sans pitié, ne mentait pas : je ne peignais plus. Je me fuyais.
Au milieu des froufrous des robes de soirée et des décolletés, elle apparut. Irréelle. Brune, majestueuse, généreuse. Immédiatement, j'eus envie de toucher sa peau et d'y réchauffer mes mains glacées par l'indifférence, je voulus baiser son cou et ses lèvres, plonger dans sa longue chevelure noire. Je cherchais son regard comme un fou. Mon cœur s'emballait. J'aurais pu peindre dix tableaux d'un coup à ce moment précis! Je me précipitai sur Francis Palantin afin de savoir qui elle était. Distrait, préoccupé par le ralentissement de la distribution des toasts, il me répondit vaguement
- Ah! Celle-là! C'est la fiancée du consul de je ne sais plus d'où. Mais elle, elle est d'une grande famille d'ici, des espèces de nobles déchus moitié italiens moitiés français moitiés marocains. Je n'ai jamais rien compris à leur saga! Bon ! Karim! Mon grand! Ils sont où les toasts au foie gras?

La fiancée du consul me regarda enfin et notre histoire commença là.
Palantin courait après Karim et ses toasts au foie gras.
Michel courait après Palantin.
Les autres couraient après les honneurs diplomatiques.
Elle me vit. Elle me sourit. Avec élégance.                                                        




          
         
Milles couleurs pures et parfaites envahirent mon cœur de peintre.        









A suivre                                                                                                                  


Delphine Alpin-Ricaud

                                                                                                                                               

par Del publié dans : ECRITS : NOUVELLES
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Samedi 7 juin 2008
 

          L' Argentine me semble un territoire lointain de ma mémoire, un long voyage dont je n'ai jamais fait le deuil et qui a duré près de quatre ans. Peut-être est-il temps que j'en parle un peu, dans les grandes lignes, bien sûr. J'ai aujourd'hui l'impression que ce voyage dure encore, qu'il est toujours ancré en moi et que son souffle me poursuivra jusqu'à ce que je trouve ma véritable nouvelle destination.
J'ai commencé à parler du maté, aujourd'hui je parlerai du purgatoire sur terre. Le mot est fort, mais j'en assume le choix.

           A vingt et un ans, me voilà parachutée en Terre de Feu. Tombée du ciel. Larguée d'en haut sur un île oubliée de tous. Non, je mens, presque oubliée de tous, car elle abrite la ville la plus australe au monde: Ushuaia. J'avais connu Ushuaia lors de mon voyage, l'année précédente, au Chili: nous avions passé la frontière pour rejoindre la fameuse cité. Je précise que mon débarquement en Terre de Feu argentine ne fut jamais l'objet de précieux calculs ou réflexions. Disons que j'ai fait le choix - on fait toujours un choix – de ne pas choisir et de me laisser porter par les événements, les circonstances, les caprices délirants de mon inconscient. Je ne suis pas tombée à Ushuaia mais à Rio Grande, la seconde ville de l'île. Ne cherchez pas, il n' y en a pas d'autre, à part peut-être cette troisième bourgade nommée Tolhuin, située entre les deux, et qui sert d'arrêt aux voyageurs sur la route principale qui traverse l'île. Quelques peuplades aussi et de grandes propriétés (les estancias)
Je parle de purgatoire, mais c'est sans haine. Je n'en veux pas à la Terre de Feu, bien au contraire, je lui montre du respect et je lui reconnais une certaine magie, un envoûtement infernal. C'est un enfer envoûtant. Voilà. Les nouveaux habitants de l'île ont voulu pourrir son esprit, mais la terre est plus forte qu'eux et fait payer leur arrogance aux plus pauvres d'esprits. Depuis ma rencontre avec cette île du malheur, je crois au magnétisme de certaines terres. Je n'avais aucune raison d'y rester si longtemps, mais j'y suis restée plus d'un an, sans parler ma langue ni une seule journée, sauf lorsque j'officiais de professeur de français. J'ai prolongé ce séjour pour moi, pour affronter les démons qui m'avaient conduite jusque là. Pas des démons trop méchants, des banalités, des petits tracas existentiels comme on en a tous à vingt ans et plus tard d'ailleurs. Le purgatoire n'existe pas. Mais la Terre de Feu existe, elle, et vous ensorcelle, vous kidnappe, vous ficelle les poignets, puis vous place sans pitié devant un miroir. Vous vous voyez alors. Impossible de fuir. C'est elle qui décidera de vous rendre la liberté ou pas. C'est une terre qui ne s'embarrasse pas de votre superficialité, c'est une magicienne qui parle directement à votre âme. Voilà pourquoi je la respecte.

             Là-bas, il y a la nada. Le rien. Les plaines patagones à n'en plus finir. Magnifique! Des broussailles, des torrents, des arbres tordus, des arbustes piquants. Et l'odeur de la viande grillée qui me revient...je revois les feux allumés et le vin rouge débouché. Les longues plages désertes et froides, parfois parsemées de carcasses de bateaux ou de barques. Plus à l'intérieur, un peu de relief avec des sapins, quelques plans d'eaux aussi qui font la joie des cabanes de bois. des lacs superbes aussi. Toujours l'odeur de bois.  Terrible enchantement!
Le froid, le vent violent et glacial, les paysages rudes et sauvages : ici la nature appelle à la sagesse de l'Homme, elle lui impose silence et solitude. La Terre de Feu est une petit morceau de la Patagonie échappée sur les flots, mais elle en garde toute la noblesse et la magie. Terre de Feu : pour les feux gigantesques qui semaient les côtes patagones et narguaient les navires des conquistadores, tels des esprits malicieux, au milieu de la nuit et de la houle assassine. Ces feux étaient allumés par les Indiens qui vivaient nus et se réchauffaient de cette manière. Ne cherchez pas les Indiens, il n'en reste plus aujourd'hui.
Par contre, il y a les autres, les hommes venus défier l'hostilité de ces terres grâce aux politiques économiques de leur gouvernement: ils ont fui la faim et le chômage de la Capitale, ou du Nord du Pays, et d'autres grandes villes argentines encore, pour débarquer ici il y a un bonne vingtaine d'années. Chercher l'argent et la prospérité. Beaucoup y sont parvenus, en général tous. Mais grand nombre d'entre eux au prix de leur âme.
Allez vivre sur une île, australe, hostile, où tout est à faire et retrouvez-vous face à vous même! Car d'ici on ne fuit pas et les distractions sont rares. Le froid vous cloisonne à l'intérieur de vous-même. Beaucoup de ces familles qui cherchaient l'El Dorado ont connu l'enfer de leur intimité, malgré l'argent. Dans ces cas-là, où c'est le pire qui sort de l'être humain, ou le meilleur. Pas d'autre choix possible. Dans cette petite ville de Rio Grande, on pouvait laisser la clé sur le contact de la voiture, les policiers servaient de taxis à la quinzaine de voyous pour les emmener à la messe, visiter leurs familles, participer à un match de football. A quoi bon jouer au chat et à souris? Tout le monde se connaissait et nous étions dans une île.

          Un ami m'a dit un jour:
- On souffre en Terre de Feu, mais on ne la quitte pas. Si tu parviens à partir, c'est que ton âme est sauvée et tu survivras partout ailleurs dans le monde. Cela voudra dire que tu auras gagné la plus grande des batailles.
Je l'ai gagnée cette bataille, je suis partie de Tierra del Fuego. J'ai pris la panaméricaine, qui remonte jusqu'à Buenos Aires sur plus de 3000 km, et j'ai retrouvé une certaine civilisation. J'ai quitté cet humble microcosme de l'Argentine pour rejoindre la prétention de la Capitale.

Quoique, une partie de la nada me poursuit encore. Il avait raison cet ami: on ne quitte pas la Terre de feu. 
Elle vous brûle à jamais .



 Note: La Terre de Feu est un archipel d'Iles. L'Ile principale, celle dont je parle se nomme la Isla Grande. 

par Del publié dans : ARGENTINA communauté : BLOGS, en parler ...
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Vendredi 6 juin 2008
Chez Monique est un bar-café qui existe vraiment, tout comme Monique d'ailleurs.
Le véritable protagoniste est inspiré d'un personnage qui a marqué ma vie. Ce texte est pour lui.
Le décor était parfait pour la rencontre de ces quatres personnages qui n'ont rien en commun dans la vie des vivants et qui n'auraient jamais du se rencontrer.
 

Monique ouvrit le petit lave-vaisselle, duquel un peu de vapeur s’échappa, puis elle rangea les verres propres, un par un. Il était sept heures du soir. Plus qu’une heure et elle fermera.
Ce soir, il n’y avait aucun client, ce qui lui parut étrange. Cela faisait quelques années déjà qu’elle avait choisi de ne plus ouvrir tard, épuisée par le rythme des joueurs de rugby, des ivrognes en fuite, des solitaires de la nuit, des jeunes en mal de fête. Depuis qu’elle fermait à vingt heures, elle se contentait de monter à l’étage, faire ses comptes, et s’endormir devant la télévision. Elle animait l’endroit de sa voix gueularde et de son caractère bien trempé chaque matin, dès l’aurore, jusqu’au soir. A son âge, elle méritait bien un peu de repos. Toute la journée, ses clients virevoltaient autour d’elle. Le bar était pour eux les jupes de leur maman, un refuge dans cet univers campagnard replié sur lui-même, une pause dans leur quotidien répétitif, un lieu où ils pouvaient enfin parler aux autres. Elle les maternait tous, chassant ceux qu’elles considéraient perturbateurs.
A l’heure sacrée de l’apéritif, et il n’y avait donc étrangement personne. Monique se sentit seule et fatiguée, mais elle n’osa fermer les rideaux afin de ne pas conjurer le sort. Elle choisit un de ses CD préférés et le plaça dans le lecteur.
On respirait mieux depuis l’interdiction de fumer dans les lieux publics ! Chez elle, dans son bar, cet univers dont l’essentiel était la conversation, elle avait dû lutter un peu pour éviter l’allumage de quelques cigarettes, mais elle n’avait perdu aucun client. Les fumeurs sortaient un instant. Sur l’une des petites tables de la terrasse, il y avait deux cendriers à leur disposition. Cependant, comme l'essentiel se trouvait à l’intérieur, ils rentraient vite pour se réchauffer et se plonger à nouveau dans la discussion du moment.
Monique sursauta à entendre la porte s’ouvrir. Un vieil homme, habillé très élégamment et qu’elle n’avait jamais vu auparavant, entra. Il portait même un chapeau ! Nous n’étions pas à Paris ici ! C’était le béret qui faisait d’habitude office de couvre chef chez les plus anciens. Le vieillard s’avança très lentement jusqu’au bar, puis il se découvrit la tête pour saluer son hôtesse.
- Madame, bonsoir ! J’aurais aimé un Gin tonic, mais vous savez…comme chez les Espagnols…plus de Gin que de bulles…comme l’aimait Buñuel…
Monique le regarda avec méfiance, épatée par sa classe et sa politesse, dérangée par son allure bien incongrue en pleine campagne. Elle le servit généreusement en Gin, oubliant pour une fois et un peu malgré elle, la dose commerciale. En même temps, ce client imprévu l’inspirait tellement…Derrière sa veste et son gilet de laine, sa chemise d’un blanc impeccable, ses pantalons de velours, son petit sourire malicieux, il respirait la fragilité du vieux et la perspicacité du sage. Monique se vit timide…pour la première fois depuis très longtemps.
Buñuel ? Cela lui disait vaguement quelque chose…Le vieillard, tout menu, prit place au bar, se dressant avec peine sur l’un des hauts tabourets. Monique fit un pas en avant pour l’aider, mais il s’en sortit tout seul. Il la remercia cependant d’un large sourire. De la poche de son veston il sortit un livre, un carnet, un crayon. D’un geste serein, il déposa le tout sur le bar, puis il ouvrit le livre à la première page et commença sa lecture.
Monique s’occupait à essuyer quelques verres déjà secs. En même temps, elle contemplait le vieil homme. Il était rarissime de voir quelqu’un ouvrir un livre dans son café : ses clients habituels se penchaient tout au plus sur le journal local, ce qui leur permettait en général de passer le temps ou d’alimenter la prochaine conversation. Monique chercha en vain le souvenir de quelqu’un qui se serait assis dans cet endroit, aurait ouvert un livre et lu entièrement ne serait-ce qu’une page. Elle-même n’avait pas parcouru un bouquin depuis lelycée ! Elle se contentait de feuilleter quelques revues féminines qui lui donnaient des conseils de santé, mais ne réussissaient jamais à lui faire perdre du poids !
Le vieil homme saisit le verre de sa main droite, tremblante, mais sûre d’elle. Il but une petite gorgée de Gin Tonic, puis il saisit le crayon pour aller noter quelques mots sur le carnet. Souriant, il leva le regard vers Monique :
- Ces jeunes auteurs sont toujours un peu prétentieux. On a du mal à les suivre tellement ils manquent d’humilité dans leurs pensées. J’aime bien votre musique, qui chante ?

(...)

         La porte s’ouvrit à nouveau. Apparut un jeune homme en survêtement. Monique ne le connaissait pas non plus celui-là ! Il semblait sûr de lui mais un peu triste. Il alla se placer à quelques mètres du sympathique vieux lecteur, le regard perdu vers ses pieds, en marmonnant un bonsoir à peine audible. Monique le trouva beau, même si trop jeune pour elle. Il avait ses cheveux bruns légèrement dressés en bataille, il portait un T-shirt moulant qui laissait deviner, sous la veste à moitié fermée du jogging, un torse et des pectoraux bien fermes. Monique sourit en imaginant ces trois jeunes et fidèles clientes, Sophie, Marion ou encore Lise, baver dans leur tasse de café devant ce bel apollon. Toutes les trois en resteraient bouche bée lorsqu’elle leur racontera demain matin ! On n‘en voyait pas d’aussi beaux dans le coin ! Ah ça non !
- Bonsoir jeune homme, répondit le vieil homme, toujours souriant, mais sans redresser la tête.
Quant à Monique, elle s’approcha du nouveau client et, avec sa petite moue habituelle - signe qu’elle étudiait et inspectait le nouveau venu -, elle dit sur un ton faussement indifférent :
- Bonsoir !
Elle laissait toujours le soin au client de faire lui-même le premier pas. Elle ne serait venue vers lui qu’au bout d’un certain temps. Cela faisait longtemps qu’elle avait compris qu’elle ne s’enrichirait pas et souhaitait juste se tracasser le moins possible avec les gens. Elle aimait cet endroit car il était ce qu’elle était : on venait pour Monique ou on ne revenait pas à cause de Monique, mais l’air y était sain !
Le jeune homme demanda poliment, mais discrètement et du bout des lèvres, une bière. Monique s’exécuta. Il aurait pu être son fils. Déjà mère de deux filles et grand-mère de deux petits-enfants, elle eut envie de le protéger, tant il semblait avachi et un peu perdu. Elle avait toujours été seule, son mari n’ayant su être qu’un inutile, un rustre, un égoïste : il avait fini par partir quinze ans auparavant, avec une femme plus jeune et plus riche. Elle aurait du faire la même chose, répétait-elle souvent, mais finalement cela semblait impossible pour les femmes comme elle. Personne ne lui avait jamais enseigné l’art de la fuite !
Elle lui tendit la bière. Il la remercia de sa voix grave, de jeune mâle maladroit et bourru. Il but à peine une petite gorgée et se tourna vers la porte d’entrée, en regardant dans le vide. On entendit un premier bruit de tonnerre, assez lointain. Puis un second, déjà plus proche.
- C’est bizarre ! Ils avaient pas prévu l’orage! , s’exclama Monique en se dirigeant vers le jeune homme.
On commença à entendre la pluie tambouriner sur les vitres.
- Bah, en ce moment, le temps, c’est une vrai conn….euh…folie !
Monique s’interrompit avant de prononcer le gros mot devant le vieil homme, à qui elle jeta en guise d’excuse un regard furtif, un peu confus. Le lecteur leva les yeux vers elle, encore une fois en souriant sereinement. Il saisit son verre de Gin Tonic et il lui dit :
- Oui, chère Madame, tout semble hors de contrôle ! Nous perdons nos repères de toujours avec la nature. Monique lui sourit à son tour, soulagée qu’une conversation puisse s’installer, car elle commençait à se sentir seule avec ces deux taciturnes ! Le beau brun regarda le vieil homme, d’un air maussade, comme par obligation, par politesse peut-être.
- C’est vrai. Parfois, je plains nos gamins ! Moi je viens de la campagne, et tout a toujours été bien réglé, en phase avec les plantes et les animaux ! Mais là…! , s’exclama Monique.
Une ombre noire surgit de dessous une table. C’était la chienne labrador adoptée par Monique, qu’elle avait un jour gardée pour sa fille et qui n’était jamais repartie. La grosse bête se traînait lourdement, toujours fatiguée et apathique, elle aimait vaquer entre les clients en quête de caresses, sans jamais aboyer ni pleurer. Elle était devenue l’élément silencieux, mais bien vivant, de Chez Monique. La chienne observa un long moment les deux clients. Puis, la queue basse, elle partit se réfugier en gémissant derrière le bar, près de sa maîtresse. Celle-ci ne lui prêta guère attention, préférant ouvrir un paquet de cacahuètes qu’elle répandit sur deux petites assiettes, et qu’elle proposa à chacun des deux hommes.
- Merci ! Vous êtes bien aimable ! , répondit le vieil homme.
- Merci ! , répondit le plus jeune.
Il ajouta :
- Vous n’auriez pas un journal avec les résultats du championnat ?
Monique remarqua qu’il n’avait pas l’accent du Sud-ouest, ni du Sud en général d’ailleurs ; il parlait plutôt comme quelqu’un du Nord, en avalant ses mots.
- Vous voulez quoi ? Ici on est plutôt rugby alors…
-Ben non…le foot !
Monique acquiesça et se retourna pour attraper le journal du jour, déjà tout froissé depuis le matin.
- Y aura peut-être pas grand-chose sur le foot mais bon…, s’exclama-t-elle en tendant le journal. Le jeune ne répondit pas. Monique se contenta donc de l’observer du coin de l’œil, puis elle sortit une de ses revues féminines, la dissimula sous le bar et fit semblant de lire pour passer le temps.
Autre coup de tonnerre. La chienne aboya. Monique sursauta. Le CD s’arrêta.
- Ainsi vous aimez le football ? demanda le vieil homme au jeune, sans pour autant se retourner vers lui. L’autre lui répondit, sans non plus quitter le journal des yeux.
- Ben oui ! Je joue moi ! Je suis numéro dix…c’est mon métier quoi !
- Ah ! Je vois ! Quel club ?
Monique, qui n’avait rien à dire à propos de football, observait légèrement abasourdie les deux clients qui se parlaient sans se regarder. La chienne gémissait un peu.
- Lyon.
- Intéressant. Votre tête me dit quelque chose jeune homme.
- Oui, je sais…C’est possible ! Je…
Le footballeur s’interrompit car la porte s’ouvrit, en grand fracas, une troisième fois.

         Ils virent entrer un homme en costume cravate, d’une cinquantaine d’années, aux cheveux gris et courts, au ventre légèrement bedonnant. Il se dirigea vers le bar d’un pas pressé et volontaire et salua tout le monde d’un large sourire.
- Madame, messieurs, bonsoir !
Il se tourna ensuite vers Monique et il répondit au regard inquisiteur de celle-ci en lui réclamant un verre de son meilleur vin rouge.
Sans rien dire, Monique sortit de dessous le bar une bouteille de Bordeaux. Elle n’y connaissait pas grand-chose, mais savait simplement qu’elle avait payé un peu plus cher que d’habitude pour ce vin-là, et qu’il risquait donc d’être moins mauvais que les autres. Elle servit donc son nouveau client, dont elle pressentit qu’il allait être plus bavard que les deux autres.
- Merci madame ! Quel temps ! Il goûta au vin. Il sembla hésiter un peu, puis s’exclama en souriant poliment :
- Il n’est pas mauvais votre vin !
Monique ne savait pas si elle devait le croire. Elle se contenta donc de le remercier en lui signalant qu’il s’agissait d’un Bordeaux assez normal et que, de toutes les façons, ses spécialités à elle, étaient plutôt les bières, les apéritifs et les cafés ! L’homme lui offrit un rire quelque peu forcé en guise de réponse. Il s’était assis à la droite du joueur de football. Le vieil homme continuait à lire dans son coin et semblait déjà avoir oublié son début de conversation sur le football.
Monique regarda l’horloge poussiéreuse qui marquait encore sept heures. Elle vérifia sa montre : sept heures ! Pourtant, toutes les trotteuses continuaient à effectuer leur course en cercle, le plus normalement possible. Intriguée, interloquée, abasourdie, Monique fronça les sourcils et demanda l’heure à haute voix.
Les trois hommes, dans une parfaite synchronisation, retroussèrent leurs manches, jetèrent un coup d’œil rapide à leurs montres respectives et répondirent en cœur :
- Sept heures !

          Monique ne buvait jamais d’alcool, cependant elle se demanda si un petit verre de quelque chose ne lui ferait pas du bien. Sept heures du soir ! Cela était impossible : ou bien elle avait mal lu, ou bien elle avait perdu la raison! Elle remplit alors un fond de verre avec quelques gouttes du Bordeaux récemment ouvert. L’odeur la dégoûta, mais elle y trempa quand même ses lèvres, afin de se détendre et d’oublier un peu le problème de l’heure qui ne passait pas et des trotteuses qui continuaient malgré tout leur manège. La pluie continuait à tomber furieusement. Le vent la projetait avec violence contre les murs et les fenêtres du bâtiment. Cependant, l’orage et ses furieux coups de tonnerre semblaient s’être éloignés.
Le nouvel arrivé ne tenait pas en place : il avait bu son verre de vin d’un trait, et à présent il balançait sa jambe droite, tandis que ses mains battaient un rythme imaginaire sur le bois du bar. Il regarda les verres presque vides des deux autres.
- Aujourd’hui est un grand jour ! Allez, une tournée de Cognac pour tout le monde ! , s’écria-t-il en s’adressant à Monique. Cette dernière chercha l’acquiescement du footballeur et du vieil homme lesquels, un peu surpris, répondirent par l’affirmative, d’un mouvement de tête en commun.
- Je n’ai que de l’Armagnac, dit Monique sur un ton confus. Ca vous va ?
- Parfait ! De l’Armagnac, c’est encore mieux !

(...)



Delphine Alpin-Ricaud

 

par Del publié dans : ECRITS : NOUVELLES communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Jeudi 5 juin 2008

Non, la vérité n'est pas toujours bonne à dire! Et si le monde était condamné à ne plus mentir, ce serait certainement la Fin. Je vous laisse imaginer!
Pierre, pauvre bougre protagoniste de cette histoire, ne dira pas le contraire. Mais si encore, il était le seul protagoniste...

     
          Pierre entendit la musique du réveil. Sa main se dirigea vers le maudit appareil et le fit taire.

De quoi rêvait-il déjà? D’une maladie. D’une maladie dont il était atteint, quelque chose de terriblement contagieux mais, curieusement, sans aucun symptôme physique. Sans fièvre, ni rougeurs, ni irruption de boutons, ni douleurs musculaires ou intestinales...En réalité, dans le rêve, il ne se sentait pas malade. Il croisait juste des personnages, connus de lui ou pas, et ces personnages lui renvoyaient des émotions et des sentiments: sympathie, peur, rejet, mépris, amour. Il voulut revenir dans son rêve pour en connaître la fin et surtout ne pas avoir à se réveiller.
Mais on ne revient jamais dans les rêves, ce sont eux qui décident de nous posséder.
Renvoyé de leur monde, Pierre sortit donc de son sommeil.
Suzie l’empêchait de bouger, ses bras et ses jambes l’asphyxiaient, l'emprisonnaient. Il se dégagea violemment de sa geôlière, laquelle protesta d’un bruit sourd, puis roula dans la couette jusqu’à l’autre côté du lit. En caleçon, torse nu et privé de couette, Pierre se redressa péniblement. Le sommeil tenta de le rattraper en l’obligeant à refermer les yeux un court instant et quand il les rouvrit, il vit le chat, le gros chat, qui jouait avec le cadavre d’un moustique. Étrange, la présence d’un moustique à cette époque de l’année! Le chat avait repéré Pierre et déjà avait abandonné son jouet. Comme tous les matins, il avait guetté les premiers signes du réveil des humains pour pouvoir enfin réclamer son repas. Comme tous les matins, il se mit à miauler sa faim.
La quotidienne agression mettait Pierre de mauvaise humeur. Agacé, il gratta son bras gauche, puis aperçut une rougeur à l’endroit de la démangeaison. Il chuchota au chat :
- Bien le gros! Tu as tué ce con de moustique!
Endormie et étouffée par la couette, la voix de Suzie murmura soudain :
- Bonjour mon chéri! C’est dur…il est quelle heure? J’ai rendez-vous chez le gynéco.
Pierre vérifia l’heure, puis maugréa qu’il était environ sept heures. Suzie se libéra de la couette, attrapa Pierre par la taille, l’obligeant à retomber sur le dos. Elle se glissa sur lui et l’entoura de ses bras. Voilà Pierre à nouveau prisonnier, condamné à écouter les chuchotements de l’autre:
- Je suis peut-être enceinte, tu te rends compte mon cœur ? Un petit bébé, un petit bébé…là…dans mon ventre…Un petit bébé de nous deux…
- Oui, je me rends comte, ronchonna Pierre sans trop réfléchir.
En vérité, l’idée du bébé l'agressait déjà depuis longtemps! Il savait qu’avoir une descendance était dans l’ordre des choses mais cela lui faisait très peur, une peur terrible qui ne cessait jamais, même à trente-cinq ans passés et malgré toutes ces années auprès de Suzie! Laquelle ne rêvait que d'une chose : avoir un bébé! Et si possible avec lui, Pierre, dont elle était encore très amoureuse! Ce qui semblait pire encore : leurs familles respectives en voulaient un, et les amies de Suzie aussi, et les voisins et la dame du bureau de tabac, et la concierge, et la boulangère, et même certainement l’idiote de présentatrice de l’émission, suivie scrupuleusement par Suzie, et qui expliquait que faire, comment, pourquoi, quand, avec un petit enfant!
Tout le monde voulait que Pierre soit papa!
Tout le monde sauf lui, et ses deux meilleurs amis : Marc et Thibault.
Alors que Suzie jouait à lui arracher un poil solitaire égaré sur l’épaule droite, Pierre se remémora en souriant la soirée de la semaine dernière : comme ils avaient bu tous les trois! Ils avaient également dansé et flirté à n’en plus finir! Il aimait ces moments de liberté, s’amusait même des colères de Suzie, lorsqu’il rentrait de temps en temps à six heures du matin, ivre, puant l’alcool et le tabac, et dégageant parfois le parfum d’une autre femme!
Mais avec un bébé...Avec un bébé, il allait devoir devenir responsable, sérieux, attentionné à un autre être que lui-même. Suzie aimait être adulte! Mais pas lui! Pas Pierre!
Un bébé…un concurrent qui demanderait plus d’attention que lui, qui deviendrait le seul centre d’intérêt à la maison et lui volerait sa place de chouchou!
- Alors mon cœur? J’espère que cette fois-ci c’est la bonne!, susurra Suzie.
Elle venait d’arracher le poil. Pierre tressaillit. Il se rappela la piqûre de moustique.
- S’il y a une bonne nouvelle, je t’appelle et on fête ça ce soir! J’ai envie d’inviter mes parents. En plus, il faut que je voie maman pour les rideaux. T'en penses quoi?, continua la jeune femme, encore plus euphorique, le poil prisonnier entre ses doigts.
Pierre attrapa son portable pour vérifier l’heure. Il avait l’air ailleurs. D’une main, il jouait avec le chat, qui était remonté sur le lit, résigné à attendre encore un peu plus pour les croquettes. De l’autre main, il se caressait la partie du torse non occupée par Suzie.
- Ce que je pense de quoi? D’avoir un bébé ou de voir tes parents ce soir? Et bien, si tu veux savoir, je n’ai envie ni de l’un, ni de l’autre! Tes parents m’angoissent et le bébé aussi! Voilà ce que je pense!
Pierre se tût. Impossible! Quelqu’un d’autre avait certainement parlé à sa place!
Atterré, il regarda Suzie. Celle-ci aussi le regardait. Furieuse! Puis, elle se redressa d’un coup et sauta au sol en emportant la moitié du lit avec elle. D’habitude, elle allait nue jusqu’à la salle de bain, mais cette fois-ci, elle se cacha derrière sa vieille robe de chambre et sortit de la chambre. La porte claqua.

(...)
 
          Débraillé et décoiffé, son attaché caisse et son journal à la main, Pierre disait au revoir de la main en direction du bus.
- Pauvre Jean-Charles!, se dit-il, soulagé d’être enfin seul, mais en même temps très troublé. Il réajusta ses cheveux, sa chemise, sa cravate. Troublé, car il n’aimait guère les conflits, les fuyait chaque fois que possible : un petit mensonge solutionne très souvent les choses! Petit garçon, sa maman lui répétait que chaque fois qu’il mentirait son nez s’allongerait comme celui de Pinocchio. Les dames du catéchisme lui racontaient que Dieu savait tout et qu’il était impossible de lui cacher quoique ce soit. Les maîtresses l’envoyaient au coin lorsqu’elles le surprenaient en plein délit de mensonge. Mais, en grandissant, il avait bien souvent sauvé sa peau, évité les problèmes, ou obtenu ce qu’il voulait grâce à ses petits mensonges! Tout le monde le faisait! Les mythomanes ne le contrôlent pas, ils en tombent malades. Il faut bien être un peu malin dans la vie, garder sa femme malgré les aventures extra conjugales, garder son travail malgré l’humeur des clients et celle des chefs, garder ses amis, l’estime des autres et particulièrement de ceux qui peuvent apporter quelque chose…
- Le monde est ainsi fait, pensa Pierre.
Que lui arrivait-il? Lui qui n’avait pas l’habitude de penser sur le sens des choses et des idées, comme il venait de le faire sur le mensonge, lui qui n’était pas un philosophe, mais plutôt un homme ambitieux, cherchant juste à vivre le mieux possible, sans histoires ni angoisses, ni délires cérébraux ou questions improductives! Pierre se sentait en danger. Par trois fois déjà, il avait perdu le contrôle de soi-même! Les fantômes des catéchistes et des maîtresses d’école le poursuivaient-ils?

(...)

Les entrepôts Salamanque…la zone industrielle du Bois Vert…mais, encore une fois, il avait répondu la vérité contre sa propre volonté, pourtant d'habitude dictée par des pensées bien rationnelles, sages et qui préconisaient ici un mensonge opportun! Cinq cents mètres carrés, trois milles de terrain...Pierre détestait perdre le contrôle. Il se sentait vulnérable, l’envie d’une cigarette le poursuivait…
Coup de téléphone. Pierre regarda l’appareil sans bouger. Terrorisé, paralysé, il ne voulut pas répondre. Ses mains s'agrippèrent aux papiers Salamanque, juste pour se rattraper à quelque chose et ne pas avoir à saisir l’écouteur.
La sonnerie devenait insupportable. Quant aux touches du téléphone, elles se moquaient de lui et le provoquaient. Au même moment, apparut monsieur Becker-Slierger, alors même que la voix de son épouse retentissait depuis son bureau:
- Vous allez répondre oui ou non?.
Le téléphone persistait dans son vacarme. Tandis que le gros bonhomme s’avançait vers lui, Pierre ferma les yeux et décrocha l'appareil d'une main tremblante.
- Euh…Société Becker-Slierger, bonjour! Que puis-je faire pour vous? , dit-il épouvanté, le cœur battant, le front dégoulinant de gouttes de sueur.
En rouvrant les yeux, il se retrouva nez à nez avec l’énorme visage rouge, inquisiteur, de Becker-Slierger. Il laissa tomber l‘écouteur.
- Rien, non rien…ils ont raccroché! , balbutia-t-il.
Dissimulé derrière un sourire nerveux et maladroit, il replongea le nez dans les mètres carrés de l’entrepôt Salamanque. Ses genoux tremblaient. D’insupportables bouffées de chaleur envahissaient son corps.
Dédaigneux, Monsieur Becker-Slierger le laissa. Il se dirigea vers le bureau de son épouse, en insistant sur le fait qu’il rentrait en réunion avec madame Becker-Slierger, et ne voulait être dérangé par personne. Pierre acquiesça. Une fois seul, il s’écroula sur le dossier Salamanque, réfugiant sa tête entre ses bras et tapant du poing sur le bureau. L’angoisse le possédait, le transformait en une marionnette, un pauvre être réduit au néant.

(...)

  Delphine Alpin-Ricaud

par Del publié dans : ECRITS : NOUVELLES communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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Mercredi 4 juin 2008

           La première fois que j'ai goûté au maté, c'était au Chili, à Santiago. La famille qui nous hébergeait pour une nuit, nous proposa de partager autour de la table cet étrange breuvage. Nous vîmes tourner le petit récipient dans les mains du père, de la mère, puis du fils aîné. Chacun, à tour de rôle, ils aspirèrent; à chaque fois, la mère versait de l'eau chaude. Et ainsi de suite.
Herbe collective. Infusion collective.
J'ignorais ce soir-là que, dès l'année suivante, cette infusion allait définitivement entrer dans ma vie.
Je suis donc revenue en Amérique du Sud quelques mois plus tard, en Argentine cette fois-ci. Et pour y rester. J'inaugurerai d'ailleurs cette nouvelle série "Argentina" en parlant du maté.

Je n'en ferai pas l'historique, par paresse peut-être, mais aussi parce que les origines du maté dépendent étrangement de votre lieu de résidence: Chili, Uruguay, Paraguay, Brésil, Argentine. Je ne souhaite provoquer aucun conflit diplomatique en prenant position pour l'une ou l'autre version.
Peu importe, me voilà donc en Argentine. Je découvre que là-bas on ne dit pas:
- Allez, on s'appelle! Tu passes quand tu veux pour prendre l'apéro!
On dit plutôt:
- Allez, tu m'appelles et tu viens prendre un maté (ou des matés)?
L'idée est lancée. Là-bas, on boit du maté du matin au soir, à la maison ou dans la rue, en voiture, à la plage, au bureau, à l'aéroport en attendant l'avion, à la gare en attendant le train. Amer ou sucré. Vous pouvez aussi y verser du miel, ou des zestes d'orange. Ou bien encore mélanger avec des herbes thérapeutiques. Il paraît que les gaucho, ces cowboy de la Pampa l'utilisaient comme coupe-faim et complément alimentaire – ils ne se nourrissaient que de viande - en attendant le prochain asado (barbecue). Dans un autre article, je parlerai d'ailleurs de ces fameux asados, qui m'ont fait devenir carnivore.
On reconnait à la Yerba maté ( Ilex Paraguanentis ) diverses propriétés bénéfiques pour la santé. Je retiendrai surtout ses actions bienfaisantes sur l'estomac.

Revenons au maté. A l'heure où je vous parle, j'y suis au maté d'ailleurs, mais cela ne vous intéresse peut-être pas. Voyons donc, pour préparer un bon maté, il vous faudra:             




  • - un paquet de Yerba maté (herbe maté)   


    - un
    maté (récipient)

  • - une bombilla (pour aspirer)





    - une bouilloire pour l'eau                                


L'eau chauffe. Attention elle ne doit absolument pas bouillir, sinon l'herbe sera brûlée. Faute grave!
Pendant ce temps, vous versez l'herbe dans le maté, en ne le remplissant qu'aux trois-quarts.
L'eau est prête? Très bien. Vous rejoignez vos amis, si vous en avez, et vous commencez à servir. Le premier maté (même nom que le récipient, mais désigne ici l'acte d'aspirer l'infusion) est toujours pour vous. Ne placez la
bombilla que lorsque l'eau est versée, car l'herbe pourrait boucher les pores. Aspirez! Versez de l'eau à nouveau.                             
                                                            

 
Discutez un peu, puis faites tourner!    
Il faudra vous lever dès que l'eau aura refroidi, ou pour changer l'herbe qui n'aura plus de goût.




Des souvenirs infusés de maté me reviennent, ils alimenteront la rubrique Argentina.

par Del publié dans : ARGENTINA communauté : BLOGS, en parler ...
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