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Je crois qu'au sujet des Argentins,
il devrait exister une encyclopédie qui, en vingt-six tomes, tenterait d'aborder ce sujet complexe et infini. Mais cela serait insuffisant, j'en suis certaine!
Une solution pour l'Argentine? Je n'en ai pas.....Même les Dieux ont renoncé et sont partis bien loin quand ils ont vu cela!
Je vous dirai qu'on les aime et on les déteste à la fois. Impossible d'éviter les contradictions. Je répète bien: entre les Argentins et moi, c'est une histoire de haine et d'amour pour la vie.
Il n'y a pas de haine dans mes mots, mais je crois avoir le droit de m'exprimer à ce sujet avec la plus grande honnêteté intellectuelle possible, n'en déplaise à certains lecteurs. D'autres se
retrouveront dans ces lignes, je le sais.
Je comparerai d'abord les Argentins et les Argentines à ces personnes qui ne s'aiment pas. Ils souffrent d'un complexe d'infériorité avec l'Europe et d'un complexe de supériorité avec le
reste de l'Amérique du Sud. Ne cherchez pas d'indiens en Argentine ou de descendants d'esclaves noirs : ils les ont tous tués. En gros, il ne reste que les descendants d'européens.
Combien de fois ai-je expérimenté ce genre de situation:
- Ah! Tu es française! Mais c'est merveilleux...mon grand-père était italien, ma grand-mère espagnole de Galicie, mon arrière grand-père de Paris, mon arrière grand-mère du Danemark, le cousin de
ma grande tante Emilia d'Allemagne, la seconde femme de mon oncle Guillermo avait un....Je suis en train de faire mes papiers pour partir en Italie. Parce qu'ici, tu comprends, ce n'est plus
possible.
- .... !
Puis, après quelques temps :
- Tu es française, tu ne peux pas comprendre! Vous autres les européens vous ne savez pas...Vous êtes riches et vous avez des aides. C'est de votre faute. Toutes vos entreprises se sont
installées ici. Tu ne pourrais pas me dépanner là? J'ai un gros problème!
Bien sûr, car tout le monde est coupable de leur misère : en premier lieu les États-Unis, puis l'Europe, le FMI, l'Angleterre avec les Iles Malouines, Dieu, les Juifs, Napoléon, les Dieux grecs,
moi, vous, votre voisin,....Baptisée en 1940, le grenier du monde, l'Argentine s'est tout simplement vendue au
plus offrant. Elle s'est auto-détruite, en quelque sorte, en se prostituant de la sorte.
Un peuple qui ne s'aime pas, qui ne s'assume pas, qui a honte d'être né en Amérique du Sud, nommée par les Argentins
eux-même Tiers-Monde, qui appelle l'Europe «Premier monde», qui pleure sans cesse sur son sort. Qui applique avec fierté ce qu'ils déteste le plus.
Les Argentins ont toujours de gros problèmes, en tous les cas toujours plus énormes que les vôtres.
Bien sûr, lorsque le sport national est la picardia (sournoiserie), les problèmes arrivent tous seuls. Est-ce parce que le manque de confiance est tellement important que l'on trompe son prochain avant qu'il ne
vous trompe? Peut-être....
Allons...pour être plus juste je parlerai plus précisément du Porteño,
ce phénomène humain qui peuple la capitale, Buenos Aires. Un individu incroyablement égocentrique, méprisant, et sans une once d'humilité! Malheureusement,
la majorité de la population semble être devenue porteña. Si l'on ne se
connait pas, si l'on se ment à soi-même, si l'on se fuit...comment oser espérer que les choses changent? Je diagnostiquerai un grave problème d'identité, une tendance paranoïaque aigüe, une trop
faible dose de remise en cause et une trop forte dose de victimisation.
Pour appuyer mes dires et éviter au
lecteur de penser que ces lignes sont un délire personnel, je citerai à la suite un philosophe espagnol. Je le nommerai Manolo, car il est actuellement en fuite, traqué par la mafia
Tanguera (du
tango).

«Les Argentins sont parmi vous, mais ils ne sont pas comme vous. N'essayez pas de les connaître, parce que leur monde habite le
monde impénétrable de la DUALITE.»
Rappelez-vous donc ce que je disais à propos de la haine
et de l'amour. D'être européen ou d'Amérique du Sud. De la confiance et de la sournoiserie.
«Les Argentins boivent dans une même coupe la joie et l'amertume. De leurs pleurs, ils ont fait une musique – le tango – et ils sont capables de se
moquer de la musique d'un étranger.»
Surtout, ne leur dites pas que Carlos Gardel
est né à Toulouse.
«Ils prennent au sérieux les blagues et ils font des blagues de
tout ce qui est sérieux.(...)
Ils croient en l'interprétation des rêves, en
Freud et en l'horoscope chinois, ils prennent rendez-vous chez le docteur et chez la guérisseuse. Tout en même temps! (...) Ne discutez jamais avec eux! Les Argentins naissent avec une sagesse
innée. Ils savent tout et opinent sur tout! Autour d'une table dans un café ou en regardant un programme de journalisme politique, ils solutionnent
tout.
Quand les Argentins voyagent,
ils comparent tout avec Buenos Aires. Ils sont le peuple choisi...par eux-mêmes!»
Ne
vous étonnez pas d'entendre que Paris ressemble à Buenos Aires, que les Espagnols sont des débiles mentaux, que les Européens sont des innocents un peu simplets lorsqu'ils traversent au passage
clouté, paient leurs impôts, jettent les papiers à poubelle, ou encore que rien ne vaut le climat de Buenos Aires et la bière Quilmes (d'ailleurs à présent rachetée par une entreprise
brésilienne, mais soyez discret, s'il vous plaît, c'est une sujet délicat). Lors d'un concert à Toulouse, je me souviens d'un stand qui vendait des produits argentins. Quelle ne fut pas surprise
d'y trouver de la moutarde Savora et des pâtes importées du pays de Maradonna! Le vendeur me répondit simplement que ces produits sont meilleurs lorsqu'ils sont fabriqués là-bas. Soit. Cela fait
sept ans déjà et je ne m'en remets toujours pas...
«Individuellement, ils se
caractérisent par leur sympathie et leur intelligence ; en groupe, ils deviennent insupportables avec leur cris passionnés pour leurs propres personnes. Chacun d'entre eux est un génie, les
génies ne s'entendent pas entre eux. C'est ainsi qu'il est facile de réunir des Argentins, mais impossible de les unir. Un argentin est capable de tout réussir dans le monde, sauf d'obtenir les
applaudissements des autres Argentins. Ne leur parlez pas de logique, car la logique implique raisonnement et mesure. Eux sont extrêmement démesurés et passent d'un extrême à l'autre dans leurs
opinions et leurs actions.»
Par exemple lors de la Coupe du Monde 1998, j'ai du me
contenter de parler avec les taxis chiliens de Rio Grande, car le reste de la population refusait de me parler.
«C'est le seul peuple au monde qui commence ses phrases par NON. Quand quelqu'un les remercie, ils
répondent Non, de rien. Les Argentins ont deux
problèmes pour chaque solution. Mais ils ont l'intuition des solutions à chaque problème. Chaque Argentin sait comment payer la dette extérieure, corriger les militaires de la dictature,
conseiller le reste de l'Amérique Latine, diminuer la faim en Afrique, enseigner l'économie aux États-Unis.
(...)Ils vivent, comme le disait Ortega Gasset, dans une constante dissociation entre l'image qu'ils ont d'eux-mêmes et la réalité. Ils ont un
nombre incalculable de psychologues (au premier rang avec la France et les États-Unis) et sont toujours au courant de la dernière thérapie à la
mode.
(...)Ils ont une peur terrible
du ridicule, mais se décrivent comme des personnes libérées. Ils sont pleins de préjugés , mais ils se croient larges d'esprit, généreux et tolérants. Ils sont racistes au point de parler
de nègres de merde (negros de mierda, les Brésiliens par exemple et surtout au football) et de
petites têtes noires (cabezitas negras, pour les habitants des villas, les
favelas argentines.)»
J'ajouterai, cher Manolo, que les noirs en Argentine sont d'abord les habitants du Nord du pays, ceux qui ont la peau mâte
et les yeux bridés comme les indiens.
C'est vrai, les Argentins sont un grand mystère. Qu'ils ne se
fâchent pas, je suis parfois nostalgique de leur pays quand même. Un mystère au goût amer et angoissant. D'autant plus qu'en ce moment, lorsque j'entends parler les Français, je pense un
peu aux Argentins.
Laissons Manolo conclure:
«Les Argentins sont des Italiens qui parlent
espagnol.
Ils aspirent à des salaires nord-américains et à vivre comme des
Anglais.
Ils ont des discours français et ils votent comme des
sénégalais.
Ils pensent comme des militants de gauche mais vivent comme des
bourgeois.
Ils vantent l'organisation canadienne
et ont une organisation bolivienne.
Ils admirent l'ordre suisse et pratiquent le désordre
iraquien.»
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Delphine Alpin-Ricaud

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