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  • : Jour après jour, se découvrir...nous sommes tout petits petits petits...mais nous SOMMES...et ça, c'est grand!!!

L'essentiel....

Créer c'est vivre deux fois - Albert Camus

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Mardi 3 juin 2008

 L'une des questions souvent posée est: «Si vous deviez partir pour toujours sur une île déserte et que vous aviez le droit à emporter un seul livre, lequel choisiriez-vous?».

Je n'ai jamais pu répondre à cette question. D'abord, parce que je sais pertinemment que la situation ne se produira jamais, et ensuite parce que je suis incapable de choisir entre tous mes ouvrages préférés. Je n'ai pas de bible que je me vois lire et relire jusqu'à la fin de mes jours, à l'ombre d'un cocotier, entre deux poissons grillés, un apéritif à la noix de coco, et mes bavardages avec les animaux de l'île, devenus mes seuls amis.

Ce genre de questions est stupide. Tout comme lorsqu'on demande aux petits enfants sur un ton mielleux et abruti:
- Alors, c'est qui que tu préfères? Ton papa ou ta maman?

Bien sûr, il y a deux ou trois auteurs auquel je pense: Stig Dagerman, à la recherche de qui je suis partie en Suède et dont je suis tombée amoureuse, est l'un d'entre eux. Ou bien, je choisirais l'ouvrage d'un philosophe bien compliqué, que je déchiffrerai très lentement, jour après jour. J'ai toujours beaucoup aimé Hegel.
En dernier recours, j'essaierais de négocier une variante: pas de livre, mais de quoi écrire jusqu'à la fin de ma vie. Si la négociation échoue, je me consolerais alors en me disant qu'une fois sur mon île, je graverai les écorces des arbres avec les mots d'un roman interminable. Ce roman deviendra un best-seller, un second Robinson Crusoé, que l'on découvrira à côté de mon squelette brûlé par le soleil. Car, bien sûr, les secouristes et les éditeurs ne me découvriront qu'après ma mort.
Tiens, un livre sur l'humour, ce ne serait pas mal aussi....Un Desproges. Oui, Desproges pour compagnie, voilà qui me ravirait. Au moins, je n'oublierai pas de rire avec lui! Car il m'en faudra de l'humour, toute seule, là-bas sur cette île du malheur.
Quelle question horrible, angoissante, perfide, désolante, inhumaine. Je tremble simplement en y songeant.

Heureusement que l'humour nous sauve des îles désertes.

Si j'ai appris une chose dans ma vie, c'est bien que les gens qui n'ont pas d'humour sont dangereux.
Ils sont à fuir comme la peste. Malgré tout, parfois, la fuite est impossible! Pensez à un chef de service, un policier, un client, un huissier, un banquier, un professeur, une belle-mère, qui sais-je....
Je vous propose alors un petite prière pour oublier l'horreur de la situation:

 

«Oh! Humour, dernier recours des saints d'esprits,
J'implore ton aide, moi, pauvre être humain démuni,
Depuis toujours condamné à rire
Pour moins souffrir.
Aide-moi! Car j'ai devant moi un méchant bonhomme
Qui se prend pour un Surhomme                                         
Et qui voudrait me faire croire que son sérieux
Est ce qui se fait de mieux, qu'il est un Dieu!
Oh ! Humour, dernier recours des sains esprits,
Aide-moi à rire de lui, à rire de moi.
Je suis ton humble serviteur pour la vie,
Alors arrête de rire et sors moi de là!»

 

«Les enchaînés voient s'ouvrir devant eux...un monde imaginaire mais souverain: l'humour»
Hermann Hesse, Le loups des steppes

 

 

 

par Del publié dans : COUPS DE PLUMES SUR communauté : LA PLUME D'ECRIVAINS
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Lundi 2 juin 2008

Quelques dessins datant déjà...Des visages, des rides capturés par l'objectif et qui avaient inspiré mon crayon.

    
   Berger       

 
   Vieillard


   Abuelita

  
   Cousteau

 

                                                           

 

par Del publié dans : COUPS DE CRAYON communauté : BLOGS, en parler ...
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Dimanche 1 juin 2008
 Ce soir, je vais ouvrir une petite bouteille de Champagne, que ma mère m'a offert un jour en me recommandant bien
- Celle-ci tu ne l'as bois pas avec n'importe qui, ni n'importe quand!

Quelle meilleure compagnie que moi-même, donc, et mon chat! Au chat, j'ai laissé les restes d'une petite boîte de thon, je considère qu'elle a droit à son Champagne, elle aussi. Pourquoi ce soir? Que vais-je donc fêter ce soir? Moi. Tout simplement moi.Et tous les gens que j'aime bien sûr! Quel délicieux goût que celui du Champagne...Toutes ces petites bulles qui ne demandent qu'à me rendre heureuse!
Ce soir je vais fêter ma solitude, célébrer cet être qui m'accompagne depuis toujours et qui m'en a fait voir des vertes et des pas mûres, cet être qui n'a pas connu depuis longtemps de grande réussite mais qui, ce soir, s'en fout pas mal. Maman, quoi de plus exquis que ce moment-là pour goûter ton Champagne? Dehors, les Espagnols crient et profitent de la place centrale avant de monter manger. J'ai coupé la télévision, la musique, allumé une bougie, laissé un peu de lumière malgré les économies d'électricité, et me suis allongée sur le sofa. J'écris. Je ne suis donc pas seule, puisque j'écris.
J'aime l'effet du Champagne à jeun, ces chatouilles en mon intérieur, ces bulles qui remontent jusqu'à mes pensées, ce verre bien frais qui caresse ma main. Chez nous le Champagne est toujours fête, il n'est jamais tristesse mais plutôt ivresse des grands moments. Bien sûr que ce texte est autobiographique, on n'écrit pas ce genre de choses si on ne les vit pas, ce serait un sacrilège, une usurpation, une contre-façon. Ce soir je n'ai pas envie de compter: les quelques euros qu'il me reste à la banque, ce que je vais devoir verser le mois prochain, les problèmes à résoudre, les mauvaises nouvelles, les nombreuses disgrâces, les choses accomplies, toutes celles qui restent à vivre, le temps que j'aurai demain pour tout finir, la quantité d'hommes que j'ai connue, ceux que je n'ai pas connus, les morts dans ma famille, les morts en général, les années perdues à me torturer l'esprit, le temps passé à l'étranger, le prix de la bouteille que je suis en train de déguster.....Ce soir, je sens juste que la vie n'est pas un bilan comptable. Je me sens libre.
Et j'écris.
Ce sont des lignes sur le bonheur, ne vous y trompez pas! Ce n'est pas le Champagne qui me grise, c'est moi qui grise le Champagne. Tout est là! Je fête mes futurs amours, mes futurs enfants, mes futures amitiés. Je fête la vie, malgré tout. Je trinque à ma santé, car sans moi ce monde n'a pas de sens, il n'est là que parce que je suis née pour le voir, et que sans moi il ne tournerait pas pareil. Délire narcissique? Si cela vous console. Je n'ai pas besoin de pouvoir et de vos votes pour sentir que j'existe. Par contre, oui, j'ai besoin de votre amour. On ne peut pas bien exister, bien écrire si l'on n'est pas amoureux de un tant soi peu de la vie et de ses lignes. J'ai besoin de votre amour, car je veux donner le meilleur de moi-même. Voyager au delà des frontières du possible et croire que ce monde m'appartient.
Que les cons reposent en paix, je ne les pleurerai pas. Il n'ont rien d'autre à donner que leur médiocrité et à cause d'eux le monde va comme il va. Avec un peu chance, ils auront droit à une seconde vie! Et comme ils n'auront rien compris, ils recommenceront leurs bêtises. En tous les cas, ils ne viendront pas briser en moi ce moment-là.
Je fête ma force retrouvée, ma fragilité toujours présente. La chance de pouvoir boire du Champagne, la chance de savoir aimer, croire et exister. Mais est-ce vraiment une chance? Je déteste ce mot: chance. Je préfère le mot noblesse. Je suis de la montagne, j'aime les hauteurs.
Et comme ce monde m'appartient, j'aime le regarder comme bon me semble, depuis la cime d'une montagne, en sirotant du Champagne un soir, de l'Armagnac un autre soir, en riant et en chantant avec mes compagnons de fortune.
Personne n'est jamais seul, lorsqu'il sait aimer.

par Del publié dans : DU QUOTIDIEN communauté : L'écriture dans tous ses états
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Dimanche 1 juin 2008

      Il pleut tellement dehors...il pleut depuis trop de jours, moi qui rêve depuis si longtemps de soleil! Il fait froid aussi, enfin frais. Donc pour me réchauffer un peu, j'ai décidé d'écrire sur l'amitié. Un simple mot de la vie quotidienne, derrière lequel se cachent surtout quelques personnes, lesquelles je remercie  de m'avoir inspiré ces lignes.

     Je pourrais chanter Brassens pour tout résumer, ou bien citer des extraits de grands textes écrits par de grands auteurs. Cependant, sans aucune prétention, ni même l'espoir de faire aussi bien qu'eux, je vais essayer de me dépatouiller avec mes propres mots.
Il y a concentrés dans l'amitié tous les mystères de l'amour. Par modestie, elle n 'en porte pas le nom mais elle ne saurait dissimuler sa véritable nature amoureuse. Comme les femmes qui ont un vrai charme, une vraie beauté, et qui s'amusent à simplement la laisser deviner. L'amitié est une femme, une mère, une sœur. L'amitié n'exige pas de contrat de mariage, la société n'a pas besoin de l'emprisonner, elle naît et s'éteint d'elle-même, ou ne s'éteint jamais d'ailleurs...comme le véritable amour.
Dès l'enfance, elle m'a ouvert les portes du monde. Dès l'enfance, j'ai toujours au moins croisé un ami. Dès l'enfance, j'ai appris à aimer au moins un étranger et à l'inviter dans ma vie comme s'il était de ma famille. L'hospitalité est l'une des conditions de l'amitié. Mon chez moi a souvent été en désordre mais mes amis ne m'en ont jamais tenu rigueur; contrairement aux amoureux, ils n'ont jamais exigé la perfection mais juste les flammes de ce feu de cheminée béni, auprès duquel, si souvent, ils sont venus se réchauffer. Parfois, lorsque j'ai manqué de bois et de force pour rallumer le feu, transie de froid, je suis allée frapper à leurs portes. Et ils m'ont accueillie. Chaque fois! Je dis bien chaque fois!
En grandissant nous devenons compliqués, et nos histoires d'amitié en pâtissent un peu. La vie d'adulte laisse peu de temps pour l'insouciance, elle nous angoisse, nous poursuit, nous accable, nous contraint à devoir résoudre des problèmes toujours plus nombreux, toujours plus complexes. Mais quel bonheur d'avoir alors ces quelques personnes à qui penser et qui n'attendent qu'une seule chose: nous apporter leur aide! Juste par amitié, juste par amour.
Ils sont juste deux ou trois ceux qui me sont véritablement intimes, nous nous voyons peu, nous nous parlons une fois de temps en temps mais je ne doute jamais de leur présence.
Et puis il y a tous les autres.....ceux qui ont trahi, ceux qui ont fait mal, ceux qui n'ont pas su aimé pour de vrai, ceux qui ne voulaient que les avantages, ceux qui sont trop égoïstes, ceux à qui j'ai failli. Il y a aussi ceux qui ont disparu dans le temps et qui demeurent dans le cœur. Puis, ceux qui n'ont été que de rapides et courts voyages, mais dont on se souvient avec tendresse.

       Les vraies amitiés sont magiquement éternelles. 

Chacun de mes amis reflètent une petite partie de moi. Pourvu surtout qu'ils ne soient pas comme moi! Si un jour je les réunissais tous dans une grande maison, je suis certaine qu'ils ne s'entendraient même pas entre eux! Mais qu'importe! Moi je les aime tous! Ils sont tous un peu moi, et je suis un peu eux aussi.
Jeu de miroir...entre ceux qui savent aimer.

       La véritable amitié est aussi rare que le véritable amour. Elle n'est pas un dû mais un don. Un mystérieux trésor de l'âme humaine.
La pluie peut bien tomber maintenant.....
Merci à mes amis! Et à mon frère aussi, à qui j'ai toujours pu parler comme un ami, le meilleur sans doute.
Merci à mes futurs amis!
Vous ignorez certainement tout ce que vous êtes capables de me donner.

NB : Le
cadeau précieux d'un ami au réveil.

 

 

 

par Del publié dans : COUPS DE PLUMES SUR communauté : Ecrire
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Vendredi 30 mai 2008

 La statue se retrouva à nouveau seule, perdue au milieu de ces monts catalans qui cherchaient de leurs sommets à voir la Méditerranée. D'ailleurs, elle n'était pas une statue mais une stèle. Un morceau de pierre taillée et édifiée avec orgueil, ici, au sein du Col de la Vajol.
Lluis Companys aimait y venir pour trouver un peu de repos dans sa vie de mort.
Toute à l'heure, il avait versé quelques larmes de vivant en voyant son peuple rugir au travers des rochers, remonter les pentes abruptes, chanter à en perdre le souffle les couleurs de ce cher drapeau catalan. Comme il avait ri en voyant la tête des pauvres gendarmes français! Comme il aurait bien goûter un peu de leur vin rouge si ces idiots en avaient laissé au moins une goutte! Malheureusement, ils avaient juste balancé la bouteille derrière un caillou avant de faire face au peuple catalan en colère. Pauvres gars! Y étaient-ils vraiment pour quelque chose?

Ce que ne comprendront jamais toutes les administrations du monde entier: on n'achète pas l'âme d'un peuple en dessinant des lignes rouges sur du papier colorié!

Oui! Toute à l'heure, il avait vu ses fils et ses frères se lever et gravir la montagne une dernière fois pour défendre son âme à lui, Lluis Companys, simple pion de l'histoire. Mais quel pion! Et quelle histoire! Ces pauvres gendarmes, ils auraient pu la connaître cette histoire, si seulement ils n'avaient pas dégagé aussi vite devant le drapeau catalan en colère. Lluis aurait bien aimé, en l'échange d'une bonne gorgée de vin, leur confier son secret. Mais comme toujours avec les uniformes, il est impossible de discuter. Surtout lorsqu'on est un fantôme. 
Car cette stèle n'était pas là par hasard. Empreinte républicaine dans ce col de la Vajol, elle signifiait la fuite vers la liberté! C'est par ici que lui, Lluis Companys, président de la Generalitat de Catalunya, et son compagnon de fortune Aguirre, Président du Gouvernement basque, avaient pris leur envol vers la France. C'était la guerre civile. La guerre fratricide. Et le destin avait voulu que Lluis Companys ajoutât son nom à la liste des morts. Un combattant doit-il se sentir coupable d'avoir failli en mourant? Une stèle pouvait-elle consoler la perte d'une bataille et d'une ou plusieurs vies?
Lorsqu'il avait aperçu ces trois gendarmes venus planter le drapeau français sur ce ridicule bout de territoire, Lluis Companys revit aussi les uniformes de Vichy, ces sauvages qui le livrèrent jadis au diable franquiste. Même la mémoire d'un fantôme peut être douloureuse!
Il avait donc dû repasser  la frontière en prisonnier, sans Aguirre, et il mourut face aux fusils de la honte en criant «Visca Catalunya»! Ultime cri qui lui donna le courage de mourir!
Le fossé d'une citadelle reçut alors son cadavre troué de balles salement franquistes, mais le peuple libre préféra gravir les sommets pour graver le souvenir de sa vie.

Lluis et sa stèle. Sur la route de la liberté.

Lluis regardait maintenant la bouteille vide, abandonnée par la gendarmerie française. La nuit des vivants tombait, il n'y avait plus personne ici. Lui revinrent en souvenir quelques moments passés avec Aguirre sur ce chemin du col de la Vajol. Suivis de leur escorte, ils s'arrêtèrent dans cette auberge, là, un peu plus en contre bas. Notre héros catalan partit alors dans un rire qui résonna jusqu'à la mer. Car ce jour-là, avec Aguirre, ils avaient commandé une truita comme repas. Tous les historiens savent cela.
Mais truita en catalan veut aussi bien dire omelette que truite.

Lluis continuait à rire. Un rire de mort n'a jamais de fin!

La guerre civile était finie. Le peuple pleurait encore ses héros, un peu moins chaque fois. Cependant, personne ne savait encore ce que l'aubergiste servit aux deux fuyards: truite ou omelette?
Et voilà un des grands mystères de l'histoire contemporaine! Lluis Companys pensa qu'après tout, malgré les héros, les stèles ou les statues, les couleurs des drapeaux, ce sont ces détails-là de l'Histoire qui nous rappellent toujours que l'Homme n'est qu'un homme.

Alors, truite ou omelette?
Aucun vivant ne le saura jamais, il faudra mourir pour cela!

Et Lluis Companys se transforma en vent. En vent catalan, en vent simplement humain, en souffle libre, en souffle noble, larme de tous les sacrifiés du monde entier.

par Del publié dans : MONDES QUI TOURNENT communauté : BLOGS, en parler ...
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Mardi 27 mai 2008

Une petite histoire que deux excellents amis m'ont racontée, très drôle et très fine, très perspicace dans l'absurde, un jour où nous discutions de la notion de «territoire national».
Rien de très grave au fond, je suis même incapable de vous donner une date et un nom exact, sachez juste que jamais je ne vous mentirai, non jamais, et que cette anecdote est bien réelle.

 

Savez-vous que les Pyrénées sont une frontière naturelle entre la France et l'Espagne? Les Pyrénées sont des montagnes jeunes, qui bougent donc en permanence. En vérité, ce sont juste des montagnes, devenues frontières par la volonté des hommes qui en ont fait une ligne.
Les deux propriétaires de cet heureux et sauvage endroit, afin d'éviter tout litige, rééquilibrent chaque année leur perte ou leur gain de territoire en s'échangeant 8 km2 le long des Pyrénées. Cette surface fut sans aucun doute déterminée par de savants calculs. En tous les cas, tous les ans, d'aimables et utiles fonctionnaires planchent sur ces 8 km2. On étudie les cartes, les mouvements sismiques et l'on dessine avec alacrité sur des cartes géographiques très complexes, en lignes rouges je suppose, où et à qui seront attribués ces bouts de rochers. Puis, chacun envoie des gendarmes pour faire appliquer ces nouvelles limites.
La chose est sérieuse!

Vous allez voir à quel point!

L'un des versants espagnols des Pyrénées est catalan. Quelque part dans les hauteurs des sommets, on y croise des isards, des edelweiss, quelques marmottes, des bribes de neiges éternelles, et une statue: celle d'un héros catalan, mort sous le feu des franquistes lors de la dernière guerre civile.

Le décor est dressé.

Imaginez maintenant trois gendarmes français, en uniforme, plantés près de la digne statue. Ils sont là afin de confirmer le déplacement de l'incontrôlable frontière qui, cette année, tombe à cet endroit précis. Pour profiter un peu de cette belle journée ensoleillée et se restaurer de cette dure ascension, ils ont ouvert une bouteille de rouge, puis déballé leurs sandwiches.
- C'est beau quand même! Dans le Nord on n'a pas ça!
- Bof et à Limoges, je te raconte pas!
- Moi, je suis des Alpes. Pas la même chose, quoi! Mais bon, faut se contenter de ce qu'on a. On aurait pu être mutés à Auxerre! Ils sont un peu fous dans le coin, mais les paysages sont agréables!
Nos gendarmes lèvent leurs verres à la majesté des montants pyrénéens et au bonhomme sur la statue.
- C'est qui lui d'ailleurs?
- J'en sais rien, moi, c'est même pas écrit en français! Mais il fait la gueule en tous les cas.
Un aigle passe. Un vrombissement lointain se fait entendre. Nos hommes se demandent si un orage s'annonce. Ils songent d'ailleurs à redescendre: leur mission est accomplie, la bouteille est presque vide, la statue semble de plus en plus sévère. En quelques minutes le murmure lointain a grandit et se rapproche.
Soudain, le gendarme limogeois pointe un doigt vers une petite crête, là, en contre-bas.
- Merde, passe-moi les jumelles là! C'est quoi? Un ours?

Un ours? Pauvre innocent!
Les jumelles ne servirent à rien: en moins d'une minute, mille ours catalans surgissaient de derrière tous les rochers environnants, le drapeau à la main et sous un orage de chants républicains!
Ils voulaient leur statue!
Et la liberté!
Ils envahissaient l'horizon et avaient des fusils. Des fusils, des chants et des drapeaux catalans!
Les trois gendarmes mirent une main sur leurs armes. L'un d'eux saisit une petite serviette à carreaux blancs et la brandit en signe de paix. Un autre dissimula la bouteille de vin en la jetant d'un coup de pied rapide derrière une grosse pierre. Le dernier saisit son talkie-walkie :
- Chef, chef, ici LJ 356, je crois qu'on a un problème là!

Les aimables et utiles fonctionnaires rectifièrent l'erreur et restituèrent la statue à son peuple catalan.
J'ignore si les gendarmes demandèrent leur mutation à Auxerre.

 

 

 

par Del publié dans : MONDES QUI TOURNENT communauté : BLOGS, en parler ...
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Vendredi 23 mai 2008
 Je voudrais aujourd'hui offrir une merveilleuse réflexion sur l'acte créatif. C'est un cadeau pour mes amis poètes, qu'ils soient écrivains, peintres, sculpteurs, tailleurs de pierre, musiciens....,et pour tous ceux qui célèbrent au quotidien l'amour de la création.
C'est un grand maître qui s'exprime.
Et je me tais devant la noblesse et la grandeur de ces lignes.

 

Rainer Maria RILKE
Extrait de Lettres à un jeune poète.

 

«(...) Vous me demandez si vos vers sont bons. Vous me le demandez. Vous l'avez demandé à d'autres déjà. Vous les envoyez à des revues. Vous les comparez à d'autres poèmes et vous vous inquiétez de voir certaines rédactions refuser vos essais. Eh bien (...) je vous en prie, renoncez à tout cela. Vous regardez vers le dehors et c'est là surtout ce que vous devriez éviter de faire pour l'instant. (...) Une seule voie vous est donnée. Descendez en vous-même. Cherchez d'où vous vient ce besoin d'écrire; sentez s'il plonge ses racines au plus profond de votre cœur. Confessez-vous: n'aurais-je plus qu'à mourir si l'on m'interdisait d'écrire? (...) Et si cette réponse sonnait comme un «oui», si vous pouviez accueillir cette grave interrogation d'un «je le dois» dit avec force et simplicité, bâtissez alors votre vie selon cette exigence inéluctable.
(...) Gardez-vous donc des thèmes généraux d'inspiration pour recourir à ceux que votre vie quotidienne vous propose. Évoquez vos tristesses et vos désirs, vos pensées fugaces et votre foi en quelque beauté. Mettez à les décrire toute votre sincérité, humble, paisible et profonde. (...) Si votre existence quotidienne vous semble pauvre, ne vous en prenez point à elle, mais à vous-même. Dites-vous que vous n'êtes pas assez poète pour en faire surgir les richesses, car aux yeux d'un créateur il n'y a pas de pauvreté, pas de lieu pauvre et dénué d'attirance. (...)
Une œuvre d'art est bonne si elle est née d'une nécessité. C'est cette origine même qui en décide: il n'est pas d'autre critère. Et voilà pourquoi, cher monsieur, je ne saurais vous donner d'autre conseil que celui-ci: descendez en vous, scrutez les profondeurs d'où jaillit votre vie. A sa source même, vous trouverez réponse à cette question: Dois-je vraiment créer? Accueillez-la telle qu'elle retentit en vous-même, sans vouloir l'interpréter. Peut-être apparaîtra-t-il que vous êtes appelé à devenir un artiste. Alors chargez-vous de votre destinée et portez-là, faix et grandeur, sans attacher le moindre prix à toute récompense qui pourrait vous venir du dehors. Car celui qui crée doit être pour lui-même un univers, trouver tout en lui-même et dans la nature avec laquelle il a lié commerce.»

par Del publié dans : COUPS DE PLUMES SUR communauté : BLOGS, en parler ...
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Mardi 20 mai 2008
 Lettre sur la beauté humaine.

 

Je suis une grande pessimiste quant au sort de l'être humain et vous ne me consolerez pas avec la liste des bonnes intentions de certains.

Je ne comprendrai jamais pourquoi l'Homme virevolte avec toujours autant d'aisance depuis des millénaires, entre le pire et le meilleur. Quant à moi, je passerai certainement ma vie à chasser de mon inconscient les notions de bien, de mal et de faute, inscrites dans mes gènes par des siècles de religion assassine. Je chercherai jusqu'à la fin mon essence, l'ordre nécessaire qui donnera un sens à ma petite vie.

A mes enfants - je déteste l'idée de ne pas faire d'enfant sous prétexte de fin du monde, je rêve que nos enfants, riches de nos erreurs, puissent me prouver que j'ai tort d'être pessimiste -, je ferai lire cette lettre.
Sur la beauté humaine.

Il faudra qu'ils sachent, mes enfants, qu'il y a dans chaque être qu'ils croiseront une once de beauté, même chez le pire d'entre eux. Malheureusement, cette once est trop souvent enfouie sous des tonnes de peur et de souffrance qui rendent dangereux un nombre incalculable d'individus.

La beauté est dans la vie même, dans cet univers indéchiffrable qui nous a vu naître et nous verra mourir. Nous avons été largué là par un étrange destin et nous n'en trouverons l'issue qu'à notre mort. Ce monde devient effrayant lorsque l'Homme s'entête à craindre ses faiblesses, à nier ses tristesses, à désirer être le maître de tout ce qui ne lui appartient pas, à tuer par simple crainte d'être tuer, à s'inventer des ennemis pour justifier ses propres murailles, à ne pas savoir aimer par fainéantise et résignation.

Le Beau est universel. Comme toutes les perfections et toutes les quêtes, il est rare. Pourtant, il flotte partout, il rampe sous nos pieds, il explose dans nos cœurs. Étrange paradoxe d'une humanité qui aime souffrir.
Notre époque moderne n'est pas belle. Elle est le fruit de la prétention humaine. Qu'y a-t-il de beau à cloner un lapin? Cette époque n'est pas belle, car elle va trop vite : une invention en chasse une autre à chaque seconde, un nouveau contrat commercial en efface un autre à chaque minute. Il n'y a plus de poignées de main en guise de pacte scellé: l'Homme a peur de l'Homme. Or, la beauté est intemporelle. Immuable. Elle ne confond pas outils et raisons de vivre.
Je voudrais que mes enfants sachent combien il est bon de grandir. Bien sûr, leur société voudra leur faire croire le contraire. Elle les enfermera dans de fausses identités et de faux rôles. Ils se sentiront alors angoissés, oppressés, soumis à des tensions inhumaines. Mais j'aimerais leur apprendre que tout cela est faux. La vraie beauté n'est pas dans la réussite sociale. Ni dans leur couleur de peau. Ni dans leur langue maternelle. Ni dans les mensurations de nos vedettes nationales. Ils devront savoir être beaux dans leur société. Aussi méchante soit-elle!

S'ils pouvaient se méfier de la médiocrité, mes enfants! S'ils pouvaient ignorer les supercheries des anciens et nouveaux prêtres! S'ils pouvaient garder leur pureté! S'ils pouvaient s'éloigner assez - pas fuir, mais juste garder une sage distance - de toute la pourriture semée par certains! S'ils pouvaient savoir se laver des souillures des lâches et éviter les crachats des faux dieux! Je ne leur souhaite que cela. Ils sauront survivre. Mieux, ils sauront Vivre.

Elle existe la Beauté humaine, je la connais, je sais la reconnaître.
Elle rythme avec authenticité, amour, humour, rire, tendresse, espoir, création.

Moi aussi je suis capable du pire comme du meilleur. Mais je ne me trouve belle que lorsque je m'éloigne un peu des rives dangereuses, pour rejoindre d'autres rives plus douces, plus libres, moins polluées par l'idiotie et la crétinerie.

Je graverai dans la pierre le rire de mes enfants pour qu'ils se rappellent toujours le premier indice de la beauté humaine.
Je leur apprendrai à lire, pour qu'ils sachent déchiffrer les plus beaux poèmes et les plus beaux textes.
Je leur apprendrai à voir, pour qu'ils puissent s'émouvoir devant les plus belles peintures, les plus belles photos, les plus beaux paysages, les plus beaux regards.
Je leur apprendrai à marcher seuls, pour qu'ils savent trouver de beaux compagnons de route. Et ne se fatiguent jamais de chercher.
Je leur apprendrai à écouter les plus belles musiques et les plus beaux silences, les paroles de sages et le chant des oiseaux.
Je leur apprendrai à toucher la main de l'inconnu. A aimer caresser l'être aimé.
Je leur apprendrai à penser, à rêver à leur propre excellence!

J'espère aussi pouvoir leur apprendre à aimer la vie malgré tout. Et à continuer à jouer avec elle, comme le font tous les enfants, innocemment. Comme moi ils se mettront en colère, détesteront, souffriront, se feront du mal, seront trompés, bafoués, injuriés.
Mais cela n'empêche rien. L'extase existe. L'amour existe. Les poètes existent.
L'humour aussi.

Et la vie est belle!
Mais nous sommes trop souvent trop cons pour nous en apercevoir!

Mes enfants liront cette lettre...peut-être qu'il recevront mon don.

Et que dans quelques années, en lisant dans mes yeux de vieille un peu abrutie par une vie trop intense, ils y reconnaîtront ces lignes.

 

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Lundi 19 mai 2008

Le Cafe
envoyé par nicop

Bon lundi à tous et vivement l'apéro!!!!!!
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Samedi 17 mai 2008
 «Il y en a qui ont le cœur si vaste qu'ils sont toujours en voyage»
Jacques Brel
(Extrait du film: Un idiot à Paris)

 

Le voyage, le premier des vices, après la lecture et l'écriture, qui m'a capturée très tôt. Un mot noble, une pensée philosophique, que trop réduisent à des cartes postales ou à des billets d'avion.

C'est à la mode de voyager, dans une société de loisir démocratisée, dans laquelle celui qui n'a jamais pris l'avion passe pour un crétin. C'est à la mode, dans une société stressée, qui a besoin de cocotiers et de plages. C'est à la mode, dans une société prétentieuse, qui a oublié qu'il y a quelques années de cela, ses parents trop pauvres n'y avaient pas droit. L'essence du voyage n'est donc pas actuelle, elle est implicite à l'être humain, elle n'a rien à voir avec le plaisir mais elle est d'abord une nécessité.
Du cœur et de l'esprit.
Nos ancêtres partis émigrer en Amérique sont-ils des voyageurs? Non. Ils ont voyagé parce qu'ils avaient faim. Je suis allée vivre en Amérique, et on me dit «voyageuse». Ce qui fait de moi une privilégiée, qui émigre pour d'autres questions que la faim. Et cela ne veut pas dire que, demain, j'émigre à nouveau et cette fois-ci pour ma propre survie. Mais c'est un autre sujet.

C'est vrai, j'ai souvent pris l'avion et j'ai toujours eu soif d'aller voir ailleurs. Plus jeune, je préférais que mes parents, quand ils le pouvaient, me payent un billet d'avion, plutôt que des vêtements chers ou autres caprices matériels.
Soif d'aller voir ailleurs...tout est là! Parce que je ne me suis jamais contentée de mon petit monde, parce que les limites de celui-ci m'étouffent, parce que je ne me suffis pas à moi-même, parce que je suis une boulimique du différent, de l'inconnu, de l'autre, de ce qui va me bouleverser, me révolutionner, me remettre en cause, et me faire découvrir finalement, qui je suis vraiment.
Qui je suis vraiment....tout est là!
Il est  vrai que je suis allée très loin, très jeune, sans que personne ne m'y pousse: instinct.
Je ne ferai pas de liste exhaustive des pays que j'ai visités, cela n'est valable que dans les salons parisiens ennuyeux. Je connais aussi la France. Chez moi, tout est prétexte au voyage! Je ne demande que ça. Même si la destination n'est qu'à une heure ou deux de mon chez moi actuel. C'est cela qui a l'odeur de la liberté dans le voyage: l'infini, la sensation que tout est possible, que tout existe. Mais pour ce faire, pas besoin de farfouiller un catalogue. Il suffit d'être humain, d'écouter son cœur, d'ouvrir les yeux de son âme, de fermer les yeux pervers et castrateurs du quotidien.

Lecture, écriture, voyage: voyage et art sont liés. Les véritables artistes sont les premiers des grands voyageurs. L'imagination est le plus formidable des voyages. Preuve absolue: le déracinement. Lorsqu'on part, on s'exile. Plus on part longtemps, plus on s'exile. Lorsqu'on écrit, on peint, on fait de la musique, on s'exile. Plus on crée longtemps, plus on s'exile, plus le retour à la réalité est difficile. Logique absolue.
Les retours sont durs, car ils sont nostalgie d'un monde et d'un moments perdus.

On voyage en aimant un autre.
On voyage en faisant l'amour.
On voyage en parlant avec l'autre, inconnu.
On voyage par empathie, par absorption du différent.
On voyage quand le Moi devient plus grand, plus riche.
On voyage véritablement grâce à l'intelligence du cœur.

Voyagez! Perdez un peu de vous-même! Recevez de l'autre. Sans peur...On ne perd que ce que l'on ne possède pas au fond! Voilà le secret. Ce que vous y gagnerez? De la sagesse, de la grandeur d'âme, de la générosité, de l'amour, de la souplesse dans ce monde dur et sans pitié. La meilleure des adaptations : s'évader pour être plus fort en revenant. Les retours sont douloureux, mais une fois la digestion faite, nous sommes un peu plus forts.

C'est vrai, je ne suis pas assez dans la réalité. Mais que voulez-vous? Je suis une voyageuse qui a les pieds sur Terre, c'est pour cela que je voyage, d'ailleurs!  Inchallach.....

par Del publié dans : COUPS DE PLUMES SUR communauté : Communauté des Passionné(e)s
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INTRO....

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