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...Delphine Alpin-Ricaud ...
Il fallait bien un blog pour nous
connaître...
Je vous souhaite donc à tous la bienvenue !
"Ecrire, écrire, et encore écrire ! Tous les jours !", m' a dit mon ami Pierre
A.
Je voudrais dire à mon voisin du bas que je ne l'aime pas, ni sa femme! Leur gamin, le pauvre, n'a pas choisi de vivre là. Il sera comme eux, au pire, il fuira. Mais les enfants d'ici ne
fuient pas. Mon voisin du bas, tu es de la pire espèce : celle qui casse les boîtes aux lettres, qui écrie PF dessus (Puta Francesa?), qui place des seringues sur mon paillasson; celle qui a
voulu me faire peur parce que j'étais étrangère. Tu m'as surtout mise en colère ! Si je savais pratiquer le vaudu, tu te retrouverais impuissant dès demain matin avec un sexe de
la taille d'un gland, et ta femme, cette sorcière alcoolique, se transformerait en vipère vénimeuse qui te mordrait et te tuerait. Tu entends des bruits partout, à tous les étages! Je te dirais
d'aller vivre là-haut, sur la montagne, mais les bêtes ne voudraient pas de toi! Peut-être qu'elles te mangeraient...
Je voudrais dire à cette autre voisine, dont je ne connais pas l'étage mais qui hante l'immeuble de sa présence détestable, que je ne l'aime pas. Je t'ai souvent croisée et saluée d'un
bonjour ironique, accompagné d'un sourire. Ta petite gamine à la main - encore une innocente! -, tu m'as à chaque fois glacée de ton regard haineux et attaquée par ton silence. Très bien, la
dernière fois, tu bloquais la porte d'entrée de ta grosse présence et de ta nouvelle béquille; je ne t'ai pas regardée, je ne t'ai pas parlé, je t'ai obligée à te pousser comme on le fait avec
ceux qui puent. Je t'ai toisée, du haut de mes talons; j'ai ouvert mon manteau, pour que tu sois écoeurée par ma petite jupe et mes jambes. Si je pouvais te coincer un jour contre un mur et
te donner deux claques, ce serait avec plaisir!
Mais je ne suis pas comme ça! Je viens d'un sommet de montagne où les habitants se saluent, car là-haut, on a toujours besoin de son prochain. J'ai une maladie étrange : la sympathie. Ce terrible
mal m'oblige à sourire, à considérer le monsieur ou la dame, croisés dans le hall d'entrée. Jusqu'aux chiens se reniflent les fesses.
Mon Dieu! Heureusement que je n'aie pas à mettre mon nez dans le gros derrière de la voisine! Je m'y étoufferais, je m'y noierais, je ne pourrais appeler personne à l'aide.
Le seul moyen de se défendre contre ces méchantes espèces : afficher un petit sourire sournois et poli, signifiant que vous êtes plus heureux, plus chanceux, plus beaux qu'eux. Renvoyer les
mauvaises ondes et la sottise vers leur propriétaire. Il n'y a rien à faire pour eux, le malheur les possède depuis trop longtemps, ils voudraient vous en donner un peu, pour se soulager, mais il
ne faut pas se laisser faire.
Qu'ils se le gardent! Et leur connerie avec !
Grâce à eux, nous avons des choses à dire, des conversations à alimenter, des idées sur le monde et la société; grâce à eux, nous ne parlerons pas de nous-mêmes, mais nous donnerons notre avis sur des questions importantes. Grâce à eux, nous serons intelligents.
Quoique...
J'ai l'impression, vague et intuitive, que plus je regarde ou j'écoute les informations, plus mes problèmes augmentent! Trop de problèmes d'un coup! Deux à quinze fois par jour, parfois toujours les mêmes, jusqu'à qu'un nouveau surgisse et remplace tous les autres. Les problèmes sont vendables. Nous ne sommes pas des victimes, mais de bons clients, des boulimiques de ce qui va mal, des amoureux de l'injustice, des assoiffés de la guerre, des affamés de sang et de morbide, des ivrognes du sensationnel. Cela dit, pas de problèmes du tout, ce ne serait pas crédible! Ou encore: pas de problème chez nous et juste chez les autres, ce serait de la propagande! Ou aussi: pas de problèmes chez les autres, mais seulement chez nous, ce serait de l'auto-extermination!
Parfois, j'éprouve juste le besoin de ne pas me sentir concernée. De retrouver un peu ma liberté. De me laisser aller à une saine nonchalance. Je suis bien peu de chose. Les médias, les politiques, les docteurs du bien-être, les acharnés de la bonne santé, les avocats du «politiquement correct», les producteurs de produits bio et chers, voudraient me faire croire que je se suis quelqu'un de très important! Bien sûr! Ainsi, ils auront mon audience, mon vote, mes sous...
On nous bassine à grands discours sur la solidarité! Mais nous oublions de sourire au premier venu, d'être un minimum polis et éduqués, de faire attention aux regards et aux visages dans la rue, de discuter avec des inconnus,...
Nous pensons être laïcs et libérés de Dieu, mais, finalement, nous vivons encore sous l'emprise de la mauvaise conscience.
C'est étrange, mais les personnes les plus généreuses et les plus courageuses que j'ai connu, ne sont pas celles que me décrivent les médias. Ils ne pensent pas forcément à sauver le monde et ils savent rire, donner, être aimables, intelligents sans grands discours, d'ailleurs, ils évitent les grandes pensées politiques. Ce sont des espèces de sauvages! J'insiste sur le mot «sauvage»!
Je ne vous donnerai pas une liste exhaustive de mes actes de rébellion involontaires, comme par exemple, manger du poulet durant la grippe aviaire (Mes envies de poulet rôti étaient plus fortes que la peur...).
Plus je regarde et plus j'écoute les médias, plus ma peur augmente. La peur fait vendre, fait voter, fait acheter des pilules miracles, détruit un homme, en encense un autre! La peur immobilise. La peur impose des coupables et des victimes. La peur invente des Sauveurs, des charlatans qui nous donnent des leçons pour notre bien.
Oh por Dios ! Vive les contradicteurs!
Il n'y a que la vérité qui blesse...mais la vraie vérité.
Et là c'est encore une autre histoire!
Dialogue avec le journal (télévisé ou pas) :
- Eux : un nouveau produit qui donne le cancer.
- Moi : Tiens, encore un que j'ai utilisé!
- X est gentil, Y est méchant. La prochaine fois vous voterez pour Y!
- Ah!
- Les JO à Pékin, c'est pas bien!
- Nos vacances au Maroc, au Mexique, au Kenya, en Inde c'est mieux?
- Les français sont pauvres.
- Zut!
- Le nouveau portable XY7882369 vient de sortir. Vos vacances au ski.
- Mais on est pauvres!
- C'est la crise.
- ......
- Les profs, les retraites, le chômage,...
- Comme d'hab! Vous me réveillez si il y a quelque chose de nouveau hein?
- Nouveau record du baril de pétrole!
- Il faut que je pense à épouser un spéculateur de pétrole.....
- Rendez-vous compte, il y a des gens qui ont deux travails et qui travaillent plus de 8 heures pas jour!
- Sans blague!
- Les français sont intelligents, fraternels, et solidaires.
- Mouais..........
- Les espagnols et les américains ont des problèmes.
- Chouette! Maintenant tu vas me faire croire que je suis mieux chez moi!
- Le PSG a encore perdu!
- M'en fous....
- Faut manger ça!
- Trop cher!
- Machin vient nous présenter son nouveau CD. Il a des choses à dire!
- Comment il a fait pour être invité ?
- La météo.
- Ah non! Pas la météo!
SAN SEBASTIAN. 13h30. 23/04/2008
"Ya ha llegado el furgon de la rica patata ! A la rica patata!" crie le haut-parleur.
El patatero (le patatier?) vient de remonter ma rue, au soleil.....Je l'entends depuis mon quatrième étage.
L'aiguiseur de couteau se promène de temps en temps, aussi...je le reconnais à sa musique. Cela me rappelle l'Argentine, mais à une moindre échelle! Là-bas, c'était dix fois, cent par
fois par jour. Dix mille emplois différents qui venaient chanter leurs produits !
Ils ne sont pas riches ces petits lutins du quotidien, mais leurs voix et leurs slogans poétiques valent tous les spots publicitaires les plus chers! En plus, vous pouvez les toucher, leur parler
; ils attendent que les klaxons cessent pour s'imposer et faire rouler leurs R. Dans mon quartier, il y a encore des haut-parleurs, bien attachés aux murs,qui parlent parfois, et il y
en a d'autres qui passent en chantant.
C'est bon. C'est tellement bon!
ET PLUS SI AFFINITES – TRAITEMENT
L’histoire de Et plus si affinités se passe de nos jours, lors d' un été de grande canicule en France. Deux lieux principaux : Toulouse et Paris.
Scéance photos : le personnage principal Georges Dajan, grand publicitaire toulousain, tombe amoureux fou du mannequin Rebecca. Tous les deux passent une nuit de folie, mais la magnifique rousse disparaît au petit matin. Georges va monter une gigantesque opération médiatique pour retrouver son amour. En même temps, le photographe de la séance photos est assassiné et les techniciens ont disparu.
Sur un ton burlesque, mêlant à la fois ridicule et exagération, Et plus si affinités est un récit policier qui met en scène les débordements de la télé réalité et sa manipulation des émotions du public. L’ensemble des personnages, à l’exception de Georges Dajan, de Rebecca, du directeur de la DST Victor Brunel, et de la fidèle Fiona, sont guidés par leur cupidité et leur soif de réussite. Ils y parviennent tous, l’histoire n’a pas de morale.
Et plus si affinités est également une histoire d’amour impossible entre un publicitaire maladroit, à la vie débridée et publique, et l’une des plus grandes terroristes au monde, belle, habile et prisonnière de sa vie. Les deux sont au fond des idéalistes qui finiront toujours par se retrouver.
Tout bascule dans la vie de Georges lorsqu’il tombe amoureux de Rebecca et qu’elle disparaît. Désormais, la nécessité première du protagoniste est durant tout le film de rejoindre sa Rebecca. Malheureusement, la nécessité première de celle-ci est au contraire de fuir le publicitaire, pour son bien à elle et pour celui de Georges aussi.
Le second pivot majeur survient lorsque la date de la soirée au Drillon approche et que Rantoni décide d’ « inventer » Rebecca, en la remplaçant par Cindy. Tout semble alors résolu et les chances de Georges de retrouver son véritable amour disparaissent. Aux yeux de tout le monde, l’affaire est désormais classée.
Un autre pivot important : la révélation de Victor Brunel : Rebecca a été localisée, mais elle est en prison, accusée d'être une dangereuse terroriste. L’histoire était de toute façon impossible, cependant, l’amour perdure : George fuit ; il part loin, il veut libérer Rebecca en écrivant, et on peut imaginer que Rebecca, .libre physiquement, réapparaîtra tout au long de la vie de Georges, comme elle le fait sur la plage en Thaïlande. Elle éteint la chemise en feu du publicitaire : elle sera certainement aussi toujours là pour le protéger, comme le symbolise son geste.
«Soit comme un loup blessé qui se tait pour mourir, et qui mord le couteau, de sa gueule qui saigne », Leconte de l’Isle.
George Dajan s’identifie au loup blessé de Leconte de Lisle. Un loup solitaire et brave, pris dans un véritable tourbillon. Le reste de la meute n’a aucune pitié pour lui.
Mais la cruauté de la meute fait rire, le désespoir du pauvre loup qu’est Georges Dajan fait rire.
Et plus si affinités est un véritable tourbillon ironique et critique. Le ridicule et l’exagération peignent avec authenticité mais sans angoisse ni dramatisation, certains travers de l’homme moderne.

Par Vira !
(http://vira.over-blog.com/)
Et le chat répondit :
"Au commencement, Dieu créa le chat à son image. Et, bien, entendu, il trouva que c'était bien. Et c'était bien, d'ailleurs. Mais le chat était paresseux. il ne voulait rien faire. Alors,
plus tard, après quelques millénaires, Dieu créa l'homme. Uniquement dans le but de servir le chat, de lui servir d'esclave jusqu'à la fin des temps. Au chat, il avait donné l'indolence et la
lucidité; à l'homme, il donna la névrose, le don du bricolage et la passion du travail.
(...)Tout est pour le mieux dans le monde des chats"
De Jacques Sternberg , Contes glacés.
Nous avons tous une double vie! Et pour une fois, ce n'est pas un mal!
Sans sommeil, nous mourons, nous devenons fous. C'est vrai!
Voilà donc pourquoi nous dormons : pour ne pas devenir fous, et également pour avoir droit à un peu de liberté, un non-dit, un non-vécu qui nous sauvent de la réalité, nous permettent les plus fous délires, ceux que nous n'oserions jamais vivre dans le quotidien. D'où cette double vie inconsciente, qu'il faut célébrer et considérer à sa plus juste valeur !
Je suis une insomniaque chronique. Cependant, j'aime dormir, j'adore dormir, je suis un vraie dormeuse. D'où ma mauvaise humeur légendaire au petit matin : j'étais si bien dans mon sommeil,
pourquoi vient-on me réveiller ? Lorsque les démons me saisissent et m'empêchent de dormir, ils me renvoient aux peurs indomptables du quotidien: ma tête sur l'oreiller, la lumière éteinte, dans
le silence, l'obscurité, je pense et je pense encore, je ne cesse de penser à ce qui m'attend au petit matin. Non seulement je ne résous rien, mais en plus, je ne dors pas. Je me punis, je me
maltraite, je me torture. J'ai beau lire, je ne me concentre pas. Même chose avec la télévision. Le mieux est d'accepter que je ne dormirai pas et d'agir avec bon sens : écrire, me fatiguer,
admettre que je ne dois pas dormir, que je dois être active; à ce moment-là, comme par miracle le sommeil revient, il est le bienvenu, autorisé, les pensées sans fin disparaissent, je m'assoupis
bienheureuse, soulagée de retrouver ma liberté...
Autant dire que je peine à dormir lorsque j'ai peur de moi..
Passons au sommeil, moment de liberté qui nous autorise à rêver pour de vrai! Même Martin Luther King l'a avoué : «J'ai eu un rêve....», et il en a fait de grandes choses! Je ne me souviens pas
avoir rêvé que je sauvais le monde, cela dit, je ne me plains pas, car ma double vie est riche, variée, pleine d'action et de sentiments, de rencontres et d'apparitions, de problèmes et de
solutions.
Les thèmes sont variés. Ils ont souvent un lien avec ma vie quotidienne, d'ailleurs.
Par exemple, cet été j'avais décidé d'arrêter de fumer. On m'a conseillé de canaliser mon énergie, brutalement libérée par l'abandon du tabac, en faisant du sport. J'ai déjà couru dans ma vie,
mais oui! Je connais ce bien-être propre à quelques kilomètres parcourus à la trotte, cet état de drogué qui fait que l'on finit par courir tous les jours pour ne pas être en manque, cette
victoire sur soi-même et sur son corps. Mais je ne suis pas une vraie droguée. L'engouement sportif ne dure jamais trop longtemps, chez moi. Me voilà donc en sevrage de nicotine, obsédée par
l'idée d'aller courir. Une nuit, je rêve que je fais du jogging! N'est-ce pas beau? J'ai trouvé cela merveilleux, parfait, incroyablement utile: les sensations de l'effort sont là, mon corps me
remercie au petit matin, je suis devenue une sportive onirique! J'ai fait remarqué à mon conjoint de l'époque que si je me mettais à rêver que je faisais l'amour, je n'aurais bientôt plus besoin
de lui! Il a mal pris la chose.
Cela dit, il avait raison de s'inquiéter : George Clooney, lui-même, est venu me visiter, quelques jours à peine après la déclaration de mon nouveau célibat. J'ai savouré sa présence. Son esprit
d'homme mûr, son corps et ses baisers. Alors que nous étions au lit, nus sous les draps, il m'a avoué qu'il allait partir, car il ne voulait pas d'histoire sérieuse.
Je m'en suis vite remise : quelques nuits plus tard, Brad Pitt est arrivé vers moi en me déclarant sa flamme! Malheureusement, je n'ai pas pu accepter cet amour dévoué. Je l'ai donc remercié,
après avoir pris soin – Brad est un sensible – de lui expliquer qu'à présent il avait charge d'âmes, quatre enfants plus les quinze autres à venir, et qu'Angelina me faisait peur! Voilà comment
je ne suis pas sortie avec Brad Pitt.
Vous voyez combien ma double vie est agréable? Sportive, amoureuse (je suis également sortie avec Eminem!), elle sait être pratique aussi : plus jeune, un petit matin, j'ai remercié ma mère pour
le dictionnaire d'espagnol qu'elle m'avait offert. Du dentifrice plein la bouche, elle m'a regardée de ses yeux qui pensaient à haute voix: «Ma fille est folle!». Plus récemment, et vu
l'augmentation mensuelle des frais de copropriété, sous prétexte de travaux dont je ne me souviens plus, j'ai dormi ; et j'ai pu observer un peu plus tard, avec beaucoup de plaisir, des ouvriers
qui repeignaient enfin le hall d'entrée, puis changeaient l'ascenseur! Problème résolu.
Autre sujet important. D'après vous, mon chat est gros ? Le type de chez Telefonica, venu pour installer le téléphone, s'est même exclamé :
- ¡Madre mia! ¿Y eso que es? (Traduction : "Oh ma mère! Et ça c'est quoi?")
Qu'à cela ne
tienne! Dans ma double vie, l'autre jour, j'ai décidé qu'elle était enceinte ! Encore un problème résolu. A propos, je me demande à quoi peut bien rêver mon chat: des thons, des sardines, des
souris, de la pâtée pour chat, des croquettes déshydratées? Pauvre chat, dont j'ai trahi l'amour en rêvant que j'adoptais un tout petit chien, vert, blanc et orange, comme le drapeau
italien...
Vous voulez de la politique? L'autre nuit, j'ai aperçu un champ d'O.G.M, des plantes gigantesques, des tournesols déformés, qui portaient tous une
pancarte affichant «O.G.M.». Je suis incapable de vous dire si je suis pour ou contre, je retiens juste que les médias ont pénétré, très sournoisement, ma chère double vie.
Ma chère double vie, qui me permet de signer les contrats que je ne signe pas dans le quotidien, à cause de la crise. Pourquoi travailler?
Ma chère double vie!
Il n'y a pas si longtemps, j'y ai croisé une fille brune qui gagnait 27 millions d' Euros à l' Euromillions, or le jour suivant, j'ai découvert, ébahie, que la cagnotte du jeu dans le quotidien,
pour le prochain vendredi, était de 27 millions! Bien sûr que j'ai joué! Qui ne le ferait pas? Cela fait trois semaines que je joue...
La preuve irréfutable que j'ai une double vie: j'avais dix-huit ans et j'ai du affronter ma mort! Pourtant, je suis bien là, devant vous, en chair et en os, pour vous raconter comment deux
vieillards me poursuivaient pour me tuer. Comment je me réfugiai dans un hangar, un hangar immense. A l'intérieur, quatre ou cinq files interminables d'hommes et de femmes, entièrement nus.
Comment, pour échapper à ces odieux vieillards, je me glissai dans l'une des files: ils ne me trouvaient pas et je me sentais soulagée. Sauf que....ces êtres nus, alignés en files indiennes, se
dirigeaient droit vers une chambre à gaz. Je ne pouvais échapper à la mort !
J'y suis condamnée.
Ma double vie me ramène à l'essentiel, toujours....
Rien n’est de ma faute !
Je pourrais être coupable pour de vrai et même en rougir, voire regretter, mais je te promets et je te promets encore que rien n’est de ma faute !
Je sais que tu es très fâché : à t’écouter, je t’ai humilié, je t’ai trahi, poignardé, presque assassiné, ta colère est à la mesure de ta douleur. Ou bien est-ce l’inverse ?
Sache que ma rage est également à la mesure de ma douleur, et vice-versa ; la rage de ne pouvoir me défendre face à toi, la rage d’être condamnée d’avance, quoi que je dise, quoi que je fasse.
J’ai mal, car rien n’est de ma faute ! Mais peut-être ai-je tort, peut-être suis-je vraiment une méchante qui s’ignore, manipulée par son inconscient, par son intérieur machiavélique, par ses pensées honteuses.
Alors voilà : je vais repasser les faits afin d’éclaircir mes idées, ultime élan pour retrouver mon esprit aliéné par tes caprices pervers, au risque de heurter ton orgueil. Oui, je vais le faire !
*
Ce matin, Tique et moi, nous sommes réveillés tous les deux très amoureux. Il m’a serrée bien fort dans
ses bras, puis il a recouvert mon visage de ses baisers. Le chat a senti que nous ne dormions plus et il s’est avancé vers nous en miaulant. Rituel du matin.
Le portable de Tique a sonné. Après avoir raccroché, il a précisé qu’il fallait être à l’heure car le déjeuner était important. La pression monte.
Je n’ai pas eu le temps de penser à ce que j’avais à faire, Tique s’est levé d’un coup, m’abandonnant sauvagement au beau milieu du lit, à présent méprisé.
Allant et venant dans l’appartement, il m’envoyait des regards qui m’accusaient d’être trop lente. De sa méchante voix, il a d’ailleurs fini par me reprocher de le faire exprès, en même temps qu’il jetait une tasse de café sur ma table de nuit. J’ai détesté ce café ! Il m’a brûlée, il m’a blessée. Je n’ai pleuré qu’un peu plus tard, seule, sous la douche, l’eau chaude consolant ma colère.
Me voilà prête en cinq minutes ! Je me déteste. Et je le déteste aussi, car finalement, c’est moi qui dois patienter : il est là, planté devant l’ordinateur, trafiquant je ne sais quoi, un je ne sais quoi de toute évidence inopportun et incongru vu le moment ! J’ai l’air d’une idiote, d’une piètre idiote, ma petite veste sur le dos et mon petit sac à main sur l’épaule, ma petite tête pleine de toutes les choses que je devrais faire au lieu de l’attendre et de le suivre à ce déjeuner ! Une timide voix, bien enfouie au fond de mon être, crie fort qu’elle a envie de le laisser planté là ! Qu’elle ne comprend pas pourquoi il s’encombre de moi ! Qu’il a réussi ce qu’il voulait : me voir au garde à vous, vêtue de mon uniforme dans l’expectative d’un nouvel ordre de sa part !
Placide, Tique me regarde, il s’étonne de mon air exaspéré. Il se lève ensuite tranquillement, se recoiffe, se parfume, fait le beau devant le miroir.
Je dois éteindre l’ordinateur, détail qui leur a échappé, à lui et à sa perfection !
Sa veste bien enfilée, il revient dans le couloir, il s’arrête devant moi puis, armé d’un sourire méchamment narquois, me demande pourquoi je fais cette tête.
Je ne lui réponds pas ! Pourquoi lui répondrais-je ? Je le connais : il nierait les faits. Sa mauvaise foi ne m’est que trop familière, je me contente donc d’exprimer en secret mes pensées. La télépathie a du fonctionner car, dans le bus, Tique est devenu furieux et m’a reproché de bouder. Je boude ? Et oui je boude ! Pourquoi je boude ? J’aimerais tellement qu’il soit capable de le deviner tout seul !
Nous sommes à table, au restaurant, en compagnie du chef de Tique et de deux de ses collègues. Je songe soudain que
personne n’a jugé utile de m’expliquer pourquoi ils s’étaient tous réunis. Information secret défense,
peut-être ?
Les bonnes blagues commencent à fuser entre les quatre mâles. Pour ne pas voler la
vedette à mon amoureux, et ne pas me faire trop remarquer, je me contente d’écouter, muette, idiote, soumise. Mais je bous à l’intérieur ! Que fais-je ici ? Ma vie est déjà assez
chaotique à mon goût, pour en plus devoir subir de tels moments d’anéantissement ! Tique ne se rend pas compte de tout cela, lui, il me censure et me condamne au silence par simple peur pour
lui-même. Le repas n’a pas encore commencé que je me sens déjà seule ! Terriblement seule. Quitte à l’être encore un peu plus, je me réfugie dans le monde intime de mes pensées. Je n’ai
aucune envie d’être sympathique et je hais tous ceux qui sont présents dans cette maudite salle.
Que voulez-vous ? J’aime bien que l’on fasse attention à moi, je déteste ne pas exister, je déteste encore plus exister dans un rôle qui n’est pas le mien.
J’étouffe, l’air me manque. Je n’ai pas envie de plaire aux amis de Tique, ni à ce dernier d’ailleurs ; je préfèrerais plutôt
leur vomir dessus, à tous, par accident, puis pouvoir en rire par la suite : rire du ridicule et du non sens de toute cette mise en scène. Je vais exploser ! Pour de vrai en plus !
Mais Tique s’en moque, il préfère se réjouir de mon mal être et se pavaner devant ses amis.
Le serveur arrive
enfin ; il nous regarde, puis me demande ce que j’ai choisi, sur un ton très gentil, rempli de compassion. Je m’apprête à lui répondre, lorsque qu’une grosse voix
m’interrompt outrageusement : c’est le chef de Tique qui va décider pour tout le monde ! Soit !
Tel un
élève nul en récitation, mais plein de bonne volonté, bafouillant et cherchant ses mots, le jeune serveur revient et nous présente en premier plat, une espèce de chausson farci au saucisson. Deux
couteaux et deux fourchettes accompagnent chaque assiette.
Tique et ses amis continuent à ne pas être amusants. Leurs phrases ne parlent que d’eux-mêmes, de leur travail, de leur réussite ; mon ennui et mon isolement sont à la mesure de leurs ambitions.
Voilà que je viens d’avaler la dernière bouchée de mon
chausson au saucisson, lorsque qu’une serveuse surgit par derrière, retire mon assiette et s’exclame :
- Mais vous vous êtes trompée de couteau !
Stupéfaite, amusée, je
me retourne un court instant vers elle. Le sérieux et l’aplomb de la jeune fille me poussent à m’esclaffer, mais le regard hargneux et sans pitié de Tique, m’immobilise.
Ai-je gaffé ? Ai-je attiré l’attention sur moi ? Pourquoi m’en veut-il ? C’est elle la coupable ! Cette idiote a déclaré, haut et fort, que je me suis trompée de couteau, elle a défié les codes de l’hôtellerie qui protègent le pauvre client de toute humiliation publique, elle a osé remettre en cause ma capacité de reconnaître l’outil adéquat, elle a voulu me donner un cours d’art de la table, elle a nié ma liberté au nom des règles académiques, elle a perdu pied devant mon choix anarchique, elle a hurlé mon inaptitude !
Certes, je ne m’esclaffe pas, mais je souris ! Par réflexe. Par réflexe de survie. Par sens de l’humour. Par manque de
sérieux.J’ignorais que le petit couteau était spécialement destiné à couper le chausson au saucisson, je n’ai pas voulu être
une rebelle, ce n’était pas un acte politique !
Un des collègues de Tique vient à ma rescousse en criant ironiquement
au scandale. Les autres l’imitent. - Comment peut-on se tromper ainsi de couteau ?
- Honte au manque de savoir vivre et à l’ignorance !
- Offense inculte
à l’art de la table !
Je leur réponds en riant de bon cœur, ce qui est pour
moi un véritable soulagement, une heureuse libération. Suivant le mouvement comme un chien fidèle, Tique se force à rire avec nous.
Je ne dirai rien à la pauvre serveuse, vu qu’elle ne s’est très certainement rendu compte de rien. L’ambiance à table est devenue
miraculeusement plus légère et plus détendue, j’ai même songé à faire le pitre, mais je me suis retenue pour ne pas déranger Tique, ni le mettre mal
à l’aise. Il faudra que je songe un jour à combattre ces sursauts d’altruisme : ils me perdront !
Les choses ne se sont pas arrêtées pas là. Je me sens déjà moins déprimée qu’au début du repas, malgré une certaine
autocensure par devoir envers Tique, cependant, l’esprit malin qui m’habite semble avoir pris à nouveau possession de moi : le second plat est arrivé, présenté d’une main tremblante par le
jeune serveur du début, qui bafouille à nouveau :
- Je vous présente le canard, avec ses petits pois
et sa purée !
Voilà que d’une toute petite voix basse, presque inaudible, je ne peux m’empêcher de dire bonjour au
canard ! Bien sûr et malheureusement pour moi, Tique m’a entendue ! Son chef et ses deux collègues également : joyeusement amusés, ils saluent à leur tour le pauvre canard, tandis
que Tique me donne un coup de coude, en me glissant à l’oreille un méchant :
- Tu te tais oui ?
J’ai eu envie de pleurer, mais je me suis
contrôlée.
Un peu plus tard, tout en dégustant le canard, Tique et moi entamons une conversation avec un des collègues, sur
l’œuvre et la vie des grands artistes qui nous ont bouleversés. Je ne me souviens plus comment le sujet a surgi. Au moins, il n’est déjà plus question de leur travail ! Enfin ! Je me
réjouis de voir que l’authenticité du véritable art, celui de la passion et du don de soi, peut nous réunir. Je redécouvre un Tique sensible et humain, je l’aime à nouveau !
Mais l’esprit malin est revenu et me possède à nouveau. Diable !
Fascinée par la conversation, je me suis attaqué avec tout autant de passion à mon plat : ma fourchette tient un petit bout de canard,
vers lequel je pousse délicatement un peu de la purée dressée sur mon couteau. J’arrête soudain le mouvement, car j’ai envie de boire du vin. De chaque côté de l’assiette, je dépose la fourchette
accompagnée de son canard et le couteau accompagné de sa purée. Quelques secondes plus tard, après avoir lâché le verre vide, une de mes mains revient vers l’assiette et appuie, sans le vouloir,
sur l’extrémité extérieure du couteau, entamant ainsi le jeu de la balançoire avec la purée. Cette dernière ne fait pas le poids et s’envole dans les airs, vers
là-bas….derrière !
Tout est ensuite allé très vite !
Dans un mouvement parfaitement synchronisé, notre tablée s’est retournée. Nous avons vu le nuage de purée atterrir sur la jupe d’une vieille dame, justement la même vieille dame qui, à notre
arrivée, nous avait toisés de son regard de vipère ! La purée n’aurait pu mieux choisir !
Le serveur est passé à
ce moment précis. Son bras supporte, tant bien que mal, le plateau déjà terriblement alourdi par les assiettes remplies des restes d’une des tables voisines. Inquiet pour le bien être de
l’acariâtre vieille dame, le jeune homme s’incline vers elle en bégayant quelques mots. Il ne s’aperçoit pas qu’un peu de sauce s’est échappé de l’une des assiettes. Ni qu’un os de poulet vient
de rejoindre la sauce, sur la jupe de la dame. Cette dernière pousse un petit cri d’effroi. Le pauvre serveur redresse alors le plateau, juste à
temps pour éviter le pire, puis il s’enfuit vers les cuisines en promettant de revenir. Le mari de la victime, bouleversé, se précipite vers elle pour l’aider et la
consoler.
Mais peu importe : mon voisin de gauche vient de renverser malencontreusement son verre de vin, à la fois sur
la table et sur lui-même ! Et le chef de Tique, qui n’a cessé de sourire et de commenter les événements de sa grosse voix, a sauvagement attaqué sa chemise avec un bout de canard imbibé de
sauce !
Le serveur et la serveuse réapparaissent. Les mains chargées de petites serviettes nettoyantes, ils courent
dans tous les sens afin d’éponger les méchantes tâches ! Au fond de la salle, un monsieur très maladroit a attrapé la
nappe dans ses pieds, en essayant d’empêcher que le délicat flacon d’huile ne s’écroule au sol. Mais le flacon s’est envolé quand même ! Suivi par la nappe, par à peu près tous les objets
encore sereinement posés dessus quelque secondes auparavant, et par le malheureux monsieur qui s’étale en toute splendeur avec le reste !
Entre temps, une bataille de lancer de purée a commencé à faire fureur dans les airs. Ma victime, l’acariâtre vieille dame, à peine remise de sa
surprise et de sa stupeur, a choisi de se venger. Elle charge une cuillère à soupe de purée, la dirige vers nous et tire. Cependant, elle rate sa cible ! Le boulet de purée finit par
atteindre l’épaule gauche d’une femme très élégamment vêtue, assise à une table voisine. Furieuse, la cible du boulet se retourne. Elle aperçoit la cuillère dans la main de l’acariâtre, elle se
dresse alors sur ses talons aiguilles, réajuste la jupe de son tailleur, saisit ensuite le petit récipient en porcelaine débordant de vinaigrette, et le jette avec beaucoup de dédain sur la
coupable. La vinaigrette vole droit vers la poitrine de la vieille dame. Quant au saucier, il se brise en milles morceaux à ses
pieds. Les deux femmes commencent à se bagarrer, s’attaquant telles des furies, à force de mots qui semblent un peu moins grossiers grâce au vouvoiement.
A notre table, tout le monde s’esclaffe devant le chaos général. Deux d’entre nous se sont même levés pour participer à la bataille, un autre
prend des photos.
Tique ne bouge pas. Il me regarde très sérieusement. Mon sourire s’efface, mon euphorie aussi, le
désenchantement m’envahit, l’angoisse revient à l’assaut, je suis exclue de la fête.
Nous sommes partis avant tout le monde.
Dehors, il pleut, le gris
du ciel m’étouffe. Nous marchons jusqu’à l’arrêt des taxis ; Tique est furieux, la colère s’échappe de lui au travers du moindre pore de sa peau
et moi, je l’absorbe toute entière. J’ai froid. Je refuse de parler, il s’acharne à me dire que j’ai tout gâché, à vouloir savoir pourquoi j’ai fait cela, à me répéter que je ne le respecte pas et que je me moque de lui.
Pour ma défense : mon bout de purée est parti tout seul!
Nous nous sommes assis dans le taxi. Je porte une jupe aujourd’hui –ce matin, j’ai pensé me faire belle pour Tique, mais cela ne semble pas l’avoir beaucoup ému ! Ce taxi est un monde silencieux et angoissant. Après avoir jeté, par hasard, un regard sur mes jambes, j’aperçois un bout de papier toilette coincé dans la transparence du collant noir, au niveau de la cuisse. Que fait-il là celui-ci ? L’esprit malin, encore ! D’un coup de coude, je signale sa présence à Tique, cherchant un complice dans ce dernier déboire, mais il ne réagit pas : il semble plutôt me détester encore un peu plus, maintenant !
Quelle impuissance ! Tique a oublié de rire.
A peine rentrés à la maison, il m’a menacée et a crié que tout est fini entre nous, car il ne supporte pas que l’on joue avec lui. Une nouvelle fois, j’ai gardé le silence, abasourdie par ce
que j’ai entendu, pétrifiée par ces attaques que je ne comprends pas, honteuse de ne pouvoir réagir. Tout est de ma faute, bien sûr ! Au fond, Tique voudrait que j’aie honte d’être aussi
mauvaise, et moi, je me sens impuissante face à sa colère, parce que je n’arrive pas à le faire rire. C’est dommage !
Je cours jusqu’à la salle de bain pour enlever le bout de papier, ainsi que les collants et la jupe. Tout cela n’a plus aucun sens ! Je me
sens misérable, refusant de me voir dans le miroir ; imprégnée de la rage de Tique, je déchire ensuite les collants, je jette les serviettes de bains au sol, puis je finis par me cogner le
coude contre le lavabo, dans un mouvement maladroit, brusque, et violent. Cette dernière agression est de trop ! J’ai mal. J’ai mal. J’ai mal ! En pleurs, je m’assoie alors sur la
cuvette des toilettes. Je voudrais tout détruire autour de moi ! Mais, finalement, je préfère attendre de me calmer, soulager mon visage avec de l’eau froide, me glisser dans un vieux
pantalon, et sortir quelques instants plus tard pour rejoindre le salon.
Tique est à nouveau devant l’ordinateur. Il lève
les yeux vers moi, dédaigneux, puis me demande :
- Ca va ?
Je murmure un oui qui n’en est pas un.
- Tiens ! Tu as enlevé ta
jupe ! Bien sûr…tu te fais belle pour n’importe quel abruti mais pas pour moi ! C’est du beau…
Je ne le comprends
pas ! Non, je ne le comprends pas ! Peut-être a-t-il raison : sans m’en rendre compte, je préfère plaire aux autres mâles, je les cherche, les provoque, essaie de les attirer. Je
ne sais plus trop qui je suis, de toutes les façons. C’est Tique qui décide depuis longtemps !
- Sale pute ! , me
lance-t-il.
Ces mots, ces terribles mots, associés à son regard haineux, me lapident. J’ai envie de fuir ! Prendre la voiture et me réfugier dans les bras de ma famille ou d’un ami, d’une amie. Je fais donc demi-tour, attrapant ma veste et les clés de la voiture au passage.
- Où tu vas ? ,
me crie-t-il.
Puis, il se lève, se précipite sur moi en me saisissant par les bras. Je l’ai à présent en face, tellement
proche, tellement menaçant, tellement féroce. « Sale pute ! Sale pute ! Sale pute ! ». Je ne peux penser à autre chose
!
- Tu es complètement hystérique ma pauvre fille!
Je me débats. J’aperçois soudain sa main droite, qui s’élève dans les airs et prend de l’élan. C’est vrai, après tout, une claque de sa part
serait dans la logique des choses ! Avec beaucoup de calme et de froideur, je lui dis simplement que je n’ai jamais reçu de
gifle.En guise de réponse, il range sa main, lâche mon bras, recule de quelques pas, puis donne un coup de poing au mur. Il
finit par s’asseoir, la tête enfouie entre ses mains. Le voilà qui pleurniche à la manière d’un enfant, en hoquetant légèrement.
- Je suis désolé. C’est dur au travail en ce moment, je perds complètement le contrôle tu sais…
« Sale pute », voilà ce qu’il m’a dit ! Il m’a presque frappée aussi…
- Et puis, tu ne penses qu’à toi ! Moi aussi j’ai besoin d’affection. Tu ne te rends compte de rien…., ajoute-t-il, les yeux remplis de
larmes.
Le chat est arrivé en miaulant, puis est venu se frotter contre mes jambes.
A présent, moi je ne pleure plus ; je le regarde d’en haut, hébétée, assommée. J’ai de la peine pour
lui, mais j’ai peur pour moi. Comment ai-je pu ignorer si longtemps ce danger ? Alors que je viens le rejoindre dans le sofa pour le prendre dans mes bras, je repasse les faits de la
journée : rien n’est de ma faute mais la culpabilité ne me quitte pas, elle me rabaisse, elle me dévore, elle m’emprisonne.
Tique me demande pardon, je fais semblant de le pardonner, cependant je ne pleure
pas.
« Sale pute ! ». Et la presque gifle…Le moment d’être lucide n’est-il pas arrivé ? Où est l’amour dans toute cette tornade de mots assassins, haineux, et dans
son presque geste ?
J’ai honte de me sentir aussi faible ! Je viens à peine de comprendre que ce tourbillon est infernal, peut-être ce moment de lucidité est-il le premier pas vers une issue heureuse pour moi…
Car j’ai soudain envie de recommencer à vivre et à rire de bon cœur !
Rien n’est de ma faute mais, tu n’es pas tombé sur moi par hasard….
Delphine Alpin-Ricaud
...c'est dimanche, perdons un peu de temps...
"La sérénité ne peut être atteinte que par un esprit désespéré, et pour être désespéré, il faut avoir beaucoup aimé et aimer encore le
monde"
Blaise Cendars
Un dragon, lorsqu'il éternue, fait «craaaaaaaaaaaaaaaaaaaache..pouille!». C'est bien connu!
Mais - et vous l'ignorez peut-être - lorsqu'un dragon éternue, cela signifie que les choses vont aller de mal en pis pour le monde des humains! Croyez-moi, j'en sais quelque chose : je suis
dragon de feu chez les Chinois! Mais finalement, je n'y vis pas chez les Chinois! Je vis dans la société européenne, source de la culture occidentale, berceau du catholicisme, voire du
protestantisme. J'ai toujours eu la maladive curiosité d'aller voir ailleurs : par exemple,en fréquentant, une fois, un groupe taoïste à Buenos Aires. Ils étaient gentils, pacifiques, doux, mais
ils avaient des règles : pas de viande, pas d'alcool, donc pas de saucisson, pas de vin rouge. Il y avait des moines, et des temples, même s'ils se réclamaient d'une philosophie plus que d'une
religion. Je n'ai pu abandonner ni le saucisson, ni le vin!
Une autre fois, toujours à Buenos Aires, pour rire, avec une amie nous avions décidé d'assister à une réunion d' Haricrishna. Je précise bien : pour rire! Nous avions d'ailleurs envisagé de vivre
cette expérience après un petit spinello (réf., vos dictionnaires d'italien). Malheureusement, nous n'avons jamais pu pénétrer autre chose que le hall
d'entrée : un moine vêtu de sa toile orange, nous a gentiment invitées à nous déchausser. Découvrant que je portais une chaussette verte et une chaussette bleue, un esprit
spinellique s'est emparé de moi : il me fût impossible de ne pas rire aux éclats.
- Non, non,non! Je ne peux
pas rentrer ! Rendez-moi mes chaussures !
- Mais non! Tout va bien se passer, vous allez voir madame!, me répliquait le gentil moine.
Tu parles ! Tout va bien se passer ! Moi, hilare, spinellique, dans une salle comble, remplie de moines et
d'adeptes, avec mes chaussettes de chaque couleur...Non ! Rien ne se serait bien passé!
Voilà comment j'ai échappé aux Haricrishna.
J'étais jeune! Rebelle, idéaliste, souvent inconsciente. Quelques années plus tard, me voilà donc un peu moins jeune, un peu moins rebelle, un peu moins idéaliste, un peu moins
inconsciente....
Quoique....
Quand les dragons crachent-pouille cela veut dire :
- Attention humains! Vous êtes en danger!
J'appartiens donc à la société occidentale. Cela ne sert à rien de fuir! Je ne me suis jamais sentie aussi heureuse que lorsque je n'ai pas fui. Mon
héritage est grandiose : la mort de Jésus, l'image du roi paternaliste et protecteur, la conquête de l'Amérique, celles de Napoléon...Ne riez pas! Lorsque j'étais en Amérique du Sud, les fils
d'immigrants européens m'accusaient d'avoir conquis l'Amérique et d'appartenir à un peuple d'impérialistes-capitalistes. Maintenant que je suis en Espagne, plus exactement au Pays Basque, on me
reproche les caprices napoléoniens !
J'aurais également aimé naître bouddhiste, et ne pas être obligée de payer la mort de Jésus dans chacun de mes gestes....
Mais, et je suis dans une société de «mais», je crois vraiment que le dragon a éternué très fort, cette fois-ci! Crache-pouille pour tout le monde ! Tournée générale !
J'en reviens à la caverne de Platon, car nous y sommes en plein dedans ! Trempés jusqu'au cou, comme dirait l'autre!
Le bonheur est une notion moderne. Nous le cherchons, car, et Vialatte a raison, si nous l'avions trouvé, nous ne le chercherions pas ! En tous les cas, le bonheur n'est pas dans le pouvoir
d'achat ! Ni dans le droit de vote! Ni dans les voitures, les I-Pod, les fringues chères, le curriculum-vitæ, le mariage, le divorce, etc..........Je ne sais pas vous, mais moi, je me sens
heureuse lorsque je sens qu'être moi-même, n'est plus une entrave pour exister dans ce monde. Pas dans ce monde, dans cette société! Car cette société qui veut m'imposer ses codes et ses valeurs,
n'est ni le monde ni la vie. Cela dit, elle n'est pas pire qu'une autre!
Je parlerai de la France, c'est mon pays, bien que mon sang soit mélangé et mes racines aussi. Bizarrement, j'ai toujours souhaité m'en aller de France! Je suis un cas psychotique, qui se sent
fière d'être française, loin de chez soi. La France vit sur ses lauriers : ses philosophes, ses intellectuels d'après-guerre, ses chanteurs d'après-guerre, etc...La France a oublié de penser par
elle-même!
Aujourd'hui, il faut être : contre la guerre, contre le racisme, pour les retraites, pour les fonctionnaires, contre les patrons, contre la pollution, contre la mort...Ce n'est même pas de
l'humanisme ! C'est du commercial ! Votez pour moi! Je suis pacifiste, écologiste, pour le maintien de nos acquis, contre l'argent, pour l'immortalité! Les seuls
immortels sont ceux de l'académie Française...
Alors, oui! Je deviens adulte, mais je demeure toujours un peu idéaliste, rebelle, inconsciente : je me bats pour mon esprit, ma dernière liberté! Le droit de
penser librement, sans que l'on me demande si je suis de droite ou de gauche, sans que l'on me catégorise ni que l'on me catalogue!
L'argent est nécessaire. Nous sommes dans une société qui est faite ainsi. Je n'ai pas honte à dire que j'en voudrais plus, car je suis une bonne
vivante!
Je ne crois pas en ma retraite et je n'irai pas manifester dans la rue pour la sauver! Mes parents la mérite, tant mieux pour eux.
Je crois en Dieu, parce que je suis une créatrive, mais je n'aime pas les règles de la religion.
Je vote parfois, mais je ne me sens en sécurité que chez les vrais écrivains, les vrais artistes, et les montagnards qui savent trouver leur âme dans les
sommets...(Je suis née dans les Pyrénées!)
Je n'aime ni Zazie ni Obispo (mais je n'ai rien contre ceux qui les aiment)...non pas parce que je les envie, ma chère Aurélie, mais juste parce qu'ils
n'atteignent pas mon âme.....Ils m'emmerdent!
Les gens à message m'ennuient, je préfère ceux qui n'ont l'air de rien, les ratés, les fous qui prennent des risques, en bref....les authentiques...
Attention au crache-pouille du dragon !
J'aime les grandeurs, j'aime la pureté, j'aime l'intelligence, la générosité, les défis et les conquêtes, les faibles, les vrais forts (pas les puissants),
l'amour, les gens, l'originalité, la différence...
«Notre besoin de consolation est impossible à rassasier», disait Stig Dagerman.
Bref, je suis une existentialiste qui vit sa vie comme un expérience, comme une recherche initiatique.
Je n'écris pas pour passer à la TV, Aurélie, j'écris parce que cela m'est nécessaire. Parce que je ne suis pas une personne équilibrée, parce que je ne suis pas
normale ! Et bien sûr que je cherche à être reconnue, Aurélie ! Je ne suis pas couillonne...
Parce que j'ai un problème.
C'est une question de foi.
Encore une fois, on en revient à Dieu, à la mort, au sens de notre vie.
NB : Merci au p'tit troll de Marc, qui m'a présenté le dragon! Grazie mile Ben !
Selon vous...