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  • dalpinricaud-ecrire
  • : Jour après jour, se découvrir...nous sommes tout petits petits petits...mais nous SOMMES...et ça, c'est grand!!!
Vendredi 30 mai 2008

 La statue se retrouva à nouveau seule, perdue au milieu de ces monts catalans qui cherchaient de leurs sommets à voir la Méditerranée. D'ailleurs, elle n'était pas une statue mais une stèle. Un morceau de pierre taillée et édifiée avec orgueil, ici, au sein du Col de la Vajol.
Lluis Companys aimait y venir pour trouver un peu de repos dans sa vie de mort.
Toute à l'heure, il avait versé quelques larmes de vivant en voyant son peuple rugir au travers des rochers, remonter les pentes abruptes, chanter à en perdre le souffle les couleurs de ce cher drapeau catalan. Comme il avait ri en voyant la tête des pauvres gendarmes français! Comme il aurait bien goûter un peu de leur vin rouge si ces idiots en avaient laissé au moins une goutte! Malheureusement, ils avaient juste balancé la bouteille derrière un caillou avant de faire face au peuple catalan en colère. Pauvres gars! Y étaient-ils vraiment pour quelque chose?

Ce que ne comprendront jamais toutes les administrations du monde entier: on n'achète pas l'âme d'un peuple en dessinant des lignes rouges sur du papier colorié!

Oui! Toute à l'heure, il avait vu ses fils et ses frères se lever et gravir la montagne une dernière fois pour défendre son âme à lui, Lluis Companys, simple pion de l'histoire. Mais quel pion! Et quelle histoire! Ces pauvres gendarmes, ils auraient pu la connaître cette histoire, si seulement ils n'avaient pas dégagé aussi vite devant le drapeau catalan en colère. Lluis aurait bien aimé, en l'échange d'une bonne gorgée de vin, leur confier son secret. Mais comme toujours avec les uniformes, il est impossible de discuter. Surtout lorsqu'on est un fantôme. 
Car cette stèle n'était pas là par hasard. Empreinte républicaine dans ce col de la Vajol, elle signifiait la fuite vers la liberté! C'est par ici que lui, Lluis Companys, président de la Generalitat de Catalunya, et son compagnon de fortune Aguirre, Président du Gouvernement basque, avaient pris leur envol vers la France. C'était la guerre civile. La guerre fratricide. Et le destin avait voulu que Lluis Companys ajoutât son nom à la liste des morts. Un combattant doit-il se sentir coupable d'avoir failli en mourant? Une stèle pouvait-elle consoler la perte d'une bataille et d'une ou plusieurs vies?
Lorsqu'il avait aperçu ces trois gendarmes venus planter le drapeau français sur ce ridicule bout de territoire, Lluis Companys revit aussi les uniformes de Vichy, ces sauvages qui le livrèrent jadis au diable franquiste. Même la mémoire d'un fantôme peut être douloureuse!
Il avait donc dû repasser  la frontière en prisonnier, sans Aguirre, et il mourut face aux fusils de la honte en criant «Visca Catalunya»! Ultime cri qui lui donna le courage de mourir!
Le fossé d'une citadelle reçut alors son cadavre troué de balles salement franquistes, mais le peuple libre préféra gravir les sommets pour graver le souvenir de sa vie.

Lluis et sa stèle. Sur la route de la liberté.

Lluis regardait maintenant la bouteille vide, abandonnée par la gendarmerie française. La nuit des vivants tombait, il n'y avait plus personne ici. Lui revinrent en souvenir quelques moments passés avec Aguirre sur ce chemin du col de la Vajol. Suivis de leur escorte, ils s'arrêtèrent dans cette auberge, là, un peu plus en contre bas. Notre héros catalan partit alors dans un rire qui résonna jusqu'à la mer. Car ce jour-là, avec Aguirre, ils avaient commandé une truita comme repas. Tous les historiens savent cela.
Mais truita en catalan veut aussi bien dire omelette que truite.

Lluis continuait à rire. Un rire de mort n'a jamais de fin!

La guerre civile était finie. Le peuple pleurait encore ses héros, un peu moins chaque fois. Cependant, personne ne savait encore ce que l'aubergiste servit aux deux fuyards: truite ou omelette?
Et voilà un des grands mystères de l'histoire contemporaine! Lluis Companys pensa qu'après tout, malgré les héros, les stèles ou les statues, les couleurs des drapeaux, ce sont ces détails-là de l'Histoire qui nous rappellent toujours que l'Homme n'est qu'un homme.

Alors, truite ou omelette?
Aucun vivant ne le saura jamais, il faudra mourir pour cela!

Et Lluis Companys se transforma en vent. En vent catalan, en vent simplement humain, en souffle libre, en souffle noble, larme de tous les sacrifiés du monde entier.

par Del publié dans : MONDES QUI TOURNENT communauté : BLOGS, en parler ...
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Mardi 27 mai 2008

Une petite histoire que deux excellents amis m'ont racontée, très drôle et très fine, très perspicace dans l'absurde, un jour où nous discutions de la notion de «territoire national».
Rien de très grave au fond, je suis même incapable de vous donner une date et un nom exact, sachez juste que jamais je ne vous mentirai, non jamais, et que cette anecdote est bien réelle.

 

Savez-vous que les Pyrénées sont une frontière naturelle entre la France et l'Espagne? Les Pyrénées sont des montagnes jeunes, qui bougent donc en permanence. En vérité, ce sont juste des montagnes, devenues frontières par la volonté des hommes qui en ont fait une ligne.
Les deux propriétaires de cet heureux et sauvage endroit, afin d'éviter tout litige, rééquilibrent chaque année leur perte ou leur gain de territoire en s'échangeant 8 km2 le long des Pyrénées. Cette surface fut sans aucun doute déterminée par de savants calculs. En tous les cas, tous les ans, d'aimables et utiles fonctionnaires planchent sur ces 8 km2. On étudie les cartes, les mouvements sismiques et l'on dessine avec alacrité sur des cartes géographiques très complexes, en lignes rouges je suppose, où et à qui seront attribués ces bouts de rochers. Puis, chacun envoie des gendarmes pour faire appliquer ces nouvelles limites.
La chose est sérieuse!

Vous allez voir à quel point!

L'un des versants espagnols des Pyrénées est catalan. Quelque part dans les hauteurs des sommets, on y croise des isards, des edelweiss, quelques marmottes, des bribes de neiges éternelles, et une statue: celle d'un héros catalan, mort sous le feu des franquistes lors de la dernière guerre civile.

Le décor est dressé.

Imaginez maintenant trois gendarmes français, en uniforme, plantés près de la digne statue. Ils sont là afin de confirmer le déplacement de l'incontrôlable frontière qui, cette année, tombe à cet endroit précis. Pour profiter un peu de cette belle journée ensoleillée et se restaurer de cette dure ascension, ils ont ouvert une bouteille de rouge, puis déballé leurs sandwiches.
- C'est beau quand même! Dans le Nord on n'a pas ça!
- Bof et à Limoges, je te raconte pas!
- Moi, je suis des Alpes. Pas la même chose, quoi! Mais bon, faut se contenter de ce qu'on a. On aurait pu être mutés à Auxerre! Ils sont un peu fous dans le coin, mais les paysages sont agréables!
Nos gendarmes lèvent leurs verres à la majesté des montants pyrénéens et au bonhomme sur la statue.
- C'est qui lui d'ailleurs?
- J'en sais rien, moi, c'est même pas écrit en français! Mais il fait la gueule en tous les cas.
Un aigle passe. Un vrombissement lointain se fait entendre. Nos hommes se demandent si un orage s'annonce. Ils songent d'ailleurs à redescendre: leur mission est accomplie, la bouteille est presque vide, la statue semble de plus en plus sévère. En quelques minutes le murmure lointain a grandit et se rapproche.
Soudain, le gendarme limogeois pointe un doigt vers une petite crête, là, en contre-bas.
- Merde, passe-moi les jumelles là! C'est quoi? Un ours?

Un ours? Pauvre innocent!
Les jumelles ne servirent à rien: en moins d'une minute, mille ours catalans surgissaient de derrière tous les rochers environnants, le drapeau à la main et sous un orage de chants républicains!
Ils voulaient leur statue!
Et la liberté!
Ils envahissaient l'horizon et avaient des fusils. Des fusils, des chants et des drapeaux catalans!
Les trois gendarmes mirent une main sur leurs armes. L'un d'eux saisit une petite serviette à carreaux blancs et la brandit en signe de paix. Un autre dissimula la bouteille de vin en la jetant d'un coup de pied rapide derrière une grosse pierre. Le dernier saisit son talkie-walkie :
- Chef, chef, ici LJ 356, je crois qu'on a un problème là!

Les aimables et utiles fonctionnaires rectifièrent l'erreur et restituèrent la statue à son peuple catalan.
J'ignore si les gendarmes demandèrent leur mutation à Auxerre.

 

 

 

par Del publié dans : MONDES QUI TOURNENT communauté : BLOGS, en parler ...
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Vendredi 23 mai 2008
 Je voudrais aujourd'hui offrir une merveilleuse réflexion sur l'acte créatif. C'est un cadeau pour mes amis poètes, qu'ils soient écrivains, peintres, sculpteurs, tailleurs de pierre, musiciens....,et pour tous ceux qui célèbrent au quotidien l'amour de la création.
C'est un grand maître qui s'exprime.
Et je me tais devant la noblesse et la grandeur de ces lignes.

 

Rainer Maria RILKE
Extrait de Lettres à un jeune poète.

 

«(...) Vous me demandez si vos vers sont bons. Vous me le demandez. Vous l'avez demandé à d'autres déjà. Vous les envoyez à des revues. Vous les comparez à d'autres poèmes et vous vous inquiétez de voir certaines rédactions refuser vos essais. Eh bien (...) je vous en prie, renoncez à tout cela. Vous regardez vers le dehors et c'est là surtout ce que vous devriez éviter de faire pour l'instant. (...) Une seule voie vous est donnée. Descendez en vous-même. Cherchez d'où vous vient ce besoin d'écrire; sentez s'il plonge ses racines au plus profond de votre cœur. Confessez-vous: n'aurais-je plus qu'à mourir si l'on m'interdisait d'écrire? (...) Et si cette réponse sonnait comme un «oui», si vous pouviez accueillir cette grave interrogation d'un «je le dois» dit avec force et simplicité, bâtissez alors votre vie selon cette exigence inéluctable.
(...) Gardez-vous donc des thèmes généraux d'inspiration pour recourir à ceux que votre vie quotidienne vous propose. Évoquez vos tristesses et vos désirs, vos pensées fugaces et votre foi en quelque beauté. Mettez à les décrire toute votre sincérité, humble, paisible et profonde. (...) Si votre existence quotidienne vous semble pauvre, ne vous en prenez point à elle, mais à vous-même. Dites-vous que vous n'êtes pas assez poète pour en faire surgir les richesses, car aux yeux d'un créateur il n'y a pas de pauvreté, pas de lieu pauvre et dénué d'attirance. (...)
Une œuvre d'art est bonne si elle est née d'une nécessité. C'est cette origine même qui en décide: il n'est pas d'autre critère. Et voilà pourquoi, cher monsieur, je ne saurais vous donner d'autre conseil que celui-ci: descendez en vous, scrutez les profondeurs d'où jaillit votre vie. A sa source même, vous trouverez réponse à cette question: Dois-je vraiment créer? Accueillez-la telle qu'elle retentit en vous-même, sans vouloir l'interpréter. Peut-être apparaîtra-t-il que vous êtes appelé à devenir un artiste. Alors chargez-vous de votre destinée et portez-là, faix et grandeur, sans attacher le moindre prix à toute récompense qui pourrait vous venir du dehors. Car celui qui crée doit être pour lui-même un univers, trouver tout en lui-même et dans la nature avec laquelle il a lié commerce.»

par Del publié dans : COUPS DE PLUMES SUR communauté : BLOGS, en parler ...
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Mardi 20 mai 2008
 Lettre sur la beauté humaine.

 

Je suis une grande pessimiste quant au sort de l'être humain et vous ne me consolerez pas avec la liste des bonnes intentions de certains.

Je ne comprendrai jamais pourquoi l'Homme virevolte avec toujours autant d'aisance depuis des millénaires, entre le pire et le meilleur. Quant à moi, je passerai certainement ma vie à chasser de mon inconscient les notions de bien, de mal et de faute, inscrites dans mes gènes par des siècles de religion assassine. Je chercherai jusqu'à la fin mon essence, l'ordre nécessaire qui donnera un sens à ma petite vie.

A mes enfants - je déteste l'idée de ne pas faire d'enfant sous prétexte de fin du monde, je rêve que nos enfants, riches de nos erreurs, puissent me prouver que j'ai tort d'être pessimiste -, je ferai lire cette lettre.
Sur la beauté humaine.

Il faudra qu'ils sachent, mes enfants, qu'il y a dans chaque être qu'ils croiseront une once de beauté, même chez le pire d'entre eux. Malheureusement, cette once est trop souvent enfouie sous des tonnes de peur et de souffrance qui rendent dangereux un nombre incalculable d'individus.

La beauté est dans la vie même, dans cet univers indéchiffrable qui nous a vu naître et nous verra mourir. Nous avons été largué là par un étrange destin et nous n'en trouverons l'issue qu'à notre mort. Ce monde devient effrayant lorsque l'Homme s'entête à craindre ses faiblesses, à nier ses tristesses, à désirer être le maître de tout ce qui ne lui appartient pas, à tuer par simple crainte d'être tuer, à s'inventer des ennemis pour justifier ses propres murailles, à ne pas savoir aimer par fainéantise et résignation.

Le Beau est universel. Comme toutes les perfections et toutes les quêtes, il est rare. Pourtant, il flotte partout, il rampe sous nos pieds, il explose dans nos cœurs. Étrange paradoxe d'une humanité qui aime souffrir.
Notre époque moderne n'est pas belle. Elle est le fruit de la prétention humaine. Qu'y a-t-il de beau à cloner un lapin? Cette époque n'est pas belle, car elle va trop vite : une invention en chasse une autre à chaque seconde, un nouveau contrat commercial en efface un autre à chaque minute. Il n'y a plus de poignées de main en guise de pacte scellé: l'Homme a peur de l'Homme. Or, la beauté est intemporelle. Immuable. Elle ne confond pas outils et raisons de vivre.
Je voudrais que mes enfants sachent combien il est bon de grandir. Bien sûr, leur société voudra leur faire croire le contraire. Elle les enfermera dans de fausses identités et de faux rôles. Ils se sentiront alors angoissés, oppressés, soumis à des tensions inhumaines. Mais j'aimerais leur apprendre que tout cela est faux. La vraie beauté n'est pas dans la réussite sociale. Ni dans leur couleur de peau. Ni dans leur langue maternelle. Ni dans les mensurations de nos vedettes nationales. Ils devront savoir être beaux dans leur société. Aussi méchante soit-elle!

S'ils pouvaient se méfier de la médiocrité, mes enfants! S'ils pouvaient ignorer les supercheries des anciens et nouveaux prêtres! S'ils pouvaient garder leur pureté! S'ils pouvaient s'éloigner assez - pas fuir, mais juste garder une sage distance - de toute la pourriture semée par certains! S'ils pouvaient savoir se laver des souillures des lâches et éviter les crachats des faux dieux! Je ne leur souhaite que cela. Ils sauront survivre. Mieux, ils sauront Vivre.

Elle existe la Beauté humaine, je la connais, je sais la reconnaître.
Elle rythme avec authenticité, amour, humour, rire, tendresse, espoir, création.

Moi aussi je suis capable du pire comme du meilleur. Mais je ne me trouve belle que lorsque je m'éloigne un peu des rives dangereuses, pour rejoindre d'autres rives plus douces, plus libres, moins polluées par l'idiotie et la crétinerie.

Je graverai dans la pierre le rire de mes enfants pour qu'ils se rappellent toujours le premier indice de la beauté humaine.
Je leur apprendrai à lire, pour qu'ils sachent déchiffrer les plus beaux poèmes et les plus beaux textes.
Je leur apprendrai à voir, pour qu'ils puissent s'émouvoir devant les plus belles peintures, les plus belles photos, les plus beaux paysages, les plus beaux regards.
Je leur apprendrai à marcher seuls, pour qu'ils savent trouver de beaux compagnons de route. Et ne se fatiguent jamais de chercher.
Je leur apprendrai à écouter les plus belles musiques et les plus beaux silences, les paroles de sages et le chant des oiseaux.
Je leur apprendrai à toucher la main de l'inconnu. A aimer caresser l'être aimé.
Je leur apprendrai à penser, à rêver à leur propre excellence!

J'espère aussi pouvoir leur apprendre à aimer la vie malgré tout. Et à continuer à jouer avec elle, comme le font tous les enfants, innocemment. Comme moi ils se mettront en colère, détesteront, souffriront, se feront du mal, seront trompés, bafoués, injuriés.
Mais cela n'empêche rien. L'extase existe. L'amour existe. Les poètes existent.
L'humour aussi.

Et la vie est belle!
Mais nous sommes trop souvent trop cons pour nous en apercevoir!

Mes enfants liront cette lettre...peut-être qu'il recevront mon don.

Et que dans quelques années, en lisant dans mes yeux de vieille un peu abrutie par une vie trop intense, ils y reconnaîtront ces lignes.

 

par Del publié dans : COUPS DE PLUMES SUR communauté : Ecrire
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Lundi 19 mai 2008

Le Cafe
envoyé par nicop

Bon lundi à tous et vivement l'apéro!!!!!!
par Del publié dans : DU QUOTIDIEN
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Samedi 17 mai 2008
 «Il y en a qui ont le cœur si vaste qu'ils sont toujours en voyage»
Jacques Brel
(Extrait du film: Un idiot à Paris)

 

Le voyage, le premier des vices, après la lecture et l'écriture, qui m'a capturée très tôt. Un mot noble, une pensée philosophique, que trop réduisent à des cartes postales ou à des billets d'avion.

C'est à la mode de voyager, dans une société de loisir démocratisée, dans laquelle celui qui n'a jamais pris l'avion passe pour un crétin. C'est à la mode, dans une société stressée, qui a besoin de cocotiers et de plages. C'est à la mode, dans une société prétentieuse, qui a oublié qu'il y a quelques années de cela, ses parents trop pauvres n'y avaient pas droit. L'essence du voyage n'est donc pas actuelle, elle est implicite à l'être humain, elle n'a rien à voir avec le plaisir mais elle est d'abord une nécessité.
Du cœur et de l'esprit.
Nos ancêtres partis émigrer en Amérique sont-ils des voyageurs? Non. Ils ont voyagé parce qu'ils avaient faim. Je suis allée vivre en Amérique, et on me dit «voyageuse». Ce qui fait de moi une privilégiée, qui émigre pour d'autres questions que la faim. Et cela ne veut pas dire que, demain, j'émigre à nouveau et cette fois-ci pour ma propre survie. Mais c'est un autre sujet.

C'est vrai, j'ai souvent pris l'avion et j'ai toujours eu soif d'aller voir ailleurs. Plus jeune, je préférais que mes parents, quand ils le pouvaient, me payent un billet d'avion, plutôt que des vêtements chers ou autres caprices matériels.
Soif d'aller voir ailleurs...tout est là! Parce que je ne me suis jamais contentée de mon petit monde, parce que les limites de celui-ci m'étouffent, parce que je ne me suffis pas à moi-même, parce que je suis une boulimique du différent, de l'inconnu, de l'autre, de ce qui va me bouleverser, me révolutionner, me remettre en cause, et me faire découvrir finalement, qui je suis vraiment.
Qui je suis vraiment....tout est là!
Il est  vrai que je suis allée très loin, très jeune, sans que personne ne m'y pousse: instinct.
Je ne ferai pas de liste exhaustive des pays que j'ai visités, cela n'est valable que dans les salons parisiens ennuyeux. Je connais aussi la France. Chez moi, tout est prétexte au voyage! Je ne demande que ça. Même si la destination n'est qu'à une heure ou deux de mon chez moi actuel. C'est cela qui a l'odeur de la liberté dans le voyage: l'infini, la sensation que tout est possible, que tout existe. Mais pour ce faire, pas besoin de farfouiller un catalogue. Il suffit d'être humain, d'écouter son cœur, d'ouvrir les yeux de son âme, de fermer les yeux pervers et castrateurs du quotidien.

Lecture, écriture, voyage: voyage et art sont liés. Les véritables artistes sont les premiers des grands voyageurs. L'imagination est le plus formidable des voyages. Preuve absolue: le déracinement. Lorsqu'on part, on s'exile. Plus on part longtemps, plus on s'exile. Lorsqu'on écrit, on peint, on fait de la musique, on s'exile. Plus on crée longtemps, plus on s'exile, plus le retour à la réalité est difficile. Logique absolue.
Les retours sont durs, car ils sont nostalgie d'un monde et d'un moments perdus.

On voyage en aimant un autre.
On voyage en faisant l'amour.
On voyage en parlant avec l'autre, inconnu.
On voyage par empathie, par absorption du différent.
On voyage quand le Moi devient plus grand, plus riche.
On voyage véritablement grâce à l'intelligence du cœur.

Voyagez! Perdez un peu de vous-même! Recevez de l'autre. Sans peur...On ne perd que ce que l'on ne possède pas au fond! Voilà le secret. Ce que vous y gagnerez? De la sagesse, de la grandeur d'âme, de la générosité, de l'amour, de la souplesse dans ce monde dur et sans pitié. La meilleure des adaptations : s'évader pour être plus fort en revenant. Les retours sont douloureux, mais une fois la digestion faite, nous sommes un peu plus forts.

C'est vrai, je ne suis pas assez dans la réalité. Mais que voulez-vous? Je suis une voyageuse qui a les pieds sur Terre, c'est pour cela que je voyage, d'ailleurs!  Inchallach.....

par Del publié dans : COUPS DE PLUMES SUR communauté : Communauté des Passionné(e)s
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Vendredi 16 mai 2008

Pour vous faire voyager, j'ai cette exclusivité! Merci Bernard pour ce bijou! C'est à toi, tout à toi,
même Pagnol t'écoute....



LE PARLER MARSEILLAIS

 

 



                       
Ici à Marseille, on ne parle pas comme tout le monde. Nous avons des expressions que seul un Marseillais de Marseille peut comprendre. Je m'explique : moi-même étant marseillais pure laine, quand je monte dans le nord, c'est à dire juste aprés Avignon, je commence à ne plus comprendre les gens...
Voici donc quelques phrases, ou mots, expliquant le "parler marseillais":


- Vas-y Gaston, on t'esgourde*! (Ca commence fort : cinq mots et déjà, il faut que j'explique : donc,  esgourde ce sont les oreilles)
- Je me promenais au Parc Borely quand, tout à coup, je vois deux cagoles* (Cagole : une fille. Par contre, il y a les cagoles des quatiers sud et les cagoles des quartiers nord. La différence? Aucune sinon que l'une est bourgeoise et l'autre non. A retenir : la cagole s' habille très court, parle très fort et se fait remarquer, bien sûr!).
E
n passant près d'elles, je leur dis : 
- Ohhhhhhhhhh...les galinettes* (petite poule), vous faites quoi la ?
Et elles me répondent:  
- Qu'est ce que tu barjaques* (dis), toi t'as pas d'amis que tu me parles?
Moi:
- Ohhhhhhhh radasse* (clocharde), parle bien de la bouche! 

Je crois que le ton est donné là, et je commence à peine! Mais bon, je m'y colle bien volontier, car j'adore notre parler et  encore je suis poli: nous avons aussi nos insultes, bien sûr!
Je ne vais pas faire un roman, mais il fallait bien que je donne un ton à mes explications.
Maintenant, je vais vous donner des mots et vous essayerez de faire des phases avec.


 

LEXIQUE

 

Extrait de : http://site.voila.fr/planetemassalia/lexique/lettrea.html 
pour vous y référer!

"Agachon
(être à l’ ) : nom masculin. Déclinaison du provençal agachoun, cabane de chasseur.
Etre à l'agachon, c'est être à l’affût, surveiller, épier, être sur ses gardes.
<< Depuis qu'il a reçu une lettre anonyme lui disant qu'il est cocu, il est à l'agachon, faut voir ça ! >>
Aganter (se faire): verbe francisé tiré du verbe provençal aganta, attraper.
Synonyme marseillais : se faire choper, se faire prendre.
<< Cette andouille, y s'est fait aganter par les condés*. >>... *
police

Alibòfis : Nom masculin pluriel désignant les testicules en terme grossier.
An pèbre : locution provençale formée des mots an (année) et poivre.
S'emploie pour désigner une localisation chronologique incertaine:
Soit dans le passé :
<< Ou il est Antoine !... maaaa foi... j’ai plus vu sa figure de poulpe depuis l'an pèbre…>>

Aouf : Néologisme marseillais, issu de l’arabe.
Considéré comme un adjectif qualifiant ce qui est gratuit :
<< Par les temps qui courent, y a plus que l’air qu’on respire qui est aouf >>

Arapède : Nom féminin d'origine provençale qui désigne un mollusque comestible
particulièrement difficile à arracher de la paroi rocheuse où il est accroché.
Traiter quelqu'un d'arapède, c'est tout simplement lui reprocher de coller d'un peu trop près, au propre comme au figuré.
<< Je l'ai laissé tomber, il commençait à faire un peu trop l’arapède. >>
Ou bien : << Oh l’arapède, file un peu de là, tu me gonfles… >>
Arranger
(s’ ) : N’a rien à voir avec le français arrangement .
En langage marseillais s’arranger signifie ajuster ses vêtements.
<< Oh Marius, arrange-toi un peu, on dirait un boumian* (ou une estrasse)… >> *
gitan
Ou bien que l’apparence d’une personne s’est améliorée : << T’as vu la fille de Toinou,
qu’est ce qu’elle s’est arrangée… c’est devenue une vrai bombasse…
>>

Bacala : Nom masculin formé à partir d'une déformation du provençal bacalaù, merluche, morue.
On l'utilise volontiers pour signaler la maigreur d'un individu, homme, femme, ou enfant.
<< Depuis qu'elle a été malade, c'est un vrai bacala... >>
Bada
: Nom masculin provençal désignant le petit surplus que les commerçants
rajoutaient dans la banaste (panier) de leurs meilleures clientes.
" Tenez, je vous fais le bada, c’est de bon cœur... >>
Aujourd’hui, il désigne plutôt le rab à table :<< Tiens, prends un peu de bada... >>

Ballon : Dans toutes les autres villes de France, on va au stade pour voir un match de foot de son équipe, mais à Marseille, on va au ballon pour voir l’Ohème, et plus rien ne compte...!
Bàti-bàti : cette expression marseillaise indique elle-même son sens, et rappelle, tant par sa sonorité que par sa répétition, le cœur, les battements du cœur,surtout quand il s’engatse (bat la chamade)...
<< quand l’Ohème mène que d’un but, j’ai le bàti-bàti >>
Bazarette (basarette): Nom féminin issu du verbe provençal basaruta, jacasser, parler d'abondance.
S'applique surtout aux femmes dont le bavardage incessant se trouve être souvent malveillant.
De ce fait, on peut traduire par commère. << Celle-là, comme bazarette, elle se pose un peu là… >>
: ( note: ne se prononce jamais bé, comme on l’entend à la télévision, mais ) bien, bon...
Interjection s’utilisant à toutes les sauces.
L’étonnement :
<< ! ils ont pris trois buts ?... >> (Hè dans le sens de Ha bon).
L’hésitation (en maintenant un peu la voyelle) :
<< èè, je sais pas si je joue cœur ou trèfle… >>
La déception :
<< , qu’est ce qu’on a pris ce soir, avec ce tromblon … >> (Hè dans le sens de Hé bien).
La lassitude :
<< Puisque tu triches de longue, je me casse… >>
Beau
(mon) : Aimable, cher. Se dit au masculin, comme au féminin. Très amical, et familier :
<< - Comme tu vas, mon beau ? – très bien, ma belle, et toi ?... >>
Bi : diminutif de bisou. S’emploie le plus souvent par un grand-père envers un enfant :
<< Eh mon gàrri, viens me faire un bi, que ça fait longtemps que je t’ai pas vu… >>
Bìcou
: S’emploie dans le sens de petit objet.
<< Passe-moi le bìcou du stylo, que je le referme… >>
Se dit aussi très souvent pour aborder un jeune avec qui on est très familier.
<< Oh bìcou, qu’est-ce que tu me racontes ?... >>
On trouve aussi bicouli (sans l’accentuation sur le
I
), pour un enfant plus jeune.
Pour l’anecdote, Bìcou, était le surnom d’Emmanuel Vitria, premier marseillais à reçevoir une greffe du coeur, fervent supporteur de l’Ohème, sportif émérite, et qui vécu encore longtemps, puisqu'il resta le doyen mondial des greffés du coeur pendant 19 ans.
Bisquer
: Verbe marseillais issu du provençal biscaïre, qui éprouve du dépit.
Le terme francisé à gardé son sens premier, il signifie râler, être mécontent.
<< Tè, on va le faire bisquer, ça lui apprendra !... >>
Ou bien << Arrête de bisquer de longue, tu me gonfles… >>
Bonne-Mère
(la) : Désigne bien sûr Notre-Dame de la Garde, et ne s'écrit qu'avec majuscules.
Et la Bonne-Mère, on la met à toutes les sauces. Elle intervient pour tout et pour tous,
quelle que soit la religion, la race, ou l’opinion politique du marseillais qui s’adresse à Elle.
Dans la joie, pour avoir fait gagner l’Ohème, dans la déception, lorsque l’on n’a pas touché le loto, ou dans la peine et le malheur, pour se faire consoler.
S’utilise même dans un juron bien senti, mais toujours affectueux :
<< Putain de la Bonne-Mère ! je me suis estramassé* le doigt avec le marteau… >> *
écrasé

Note : Un marseillais ne dira jamais :
<< Je vais monter à Bonne-Mère... >>, ou << De mon balcon, je vois Bonne-Mère... >>,
mais << Je vais monter à la Bonne-Mère... >>, et << De mon balcon, je vois la Bonne-Mère... >>.
Sauf dans l’exception qui confirme la règle : << Oh Bonne-Mère !... j’ai oublié le lait sur le feu... >>
Boucan
: Tout le monde sait que le sens populaire de boucan désigne un gros bruit, un tapage.
Mais à Marseille, il désigne aussi le boulet, celui qui ne sait rien faire, l’emmerdeur de première :
<<
Qué boucan celui-là, ça fait deux plombes qu’y fait l’arapède*, je peux pas boire mon canon tranquille… >> *
qu’il me colle
Bouche : il s’agit bien de l’organe qui sert à manger, et à Marseille (peut-être plus qu’ailleurs) à parler.
Progressivement, les marseillais ont utilisé ce terme pour désigner les beaux parleurs, les prétentieux, les fanfarons : << Qué bouche, ce Jeannot… >>.
Mais si le Jeannot ne sait faire que ça (fanfaronner), alors ça devient : << Que de la bouche, ce Jeannot… "
Par extension faire une bouche à une fille (ou à un garçon ), tout le monde comprend ce qu’ils se font…
Boudìou
: Interjection issue des mots provençaux boun, bon, et Dìou, Dieu.
( note : ne se prononce jamais boudiou, comme on l’entend à la télévision,
ou au-dessus de la Loire, mais bien boudìou, en accentuant le I ).
S'emploie pratiquement dans toutes les situations :
La satisfaction :
<< Boudìou, qu’il était beau ce film !... >>
La surprise :
<< Boudìou, mais t’es pas encore parti ?... >>
La déception :
<< Boudìou, qu’y fait froid aujourd’hui… >>
Par contraction, se dit aussi Boudìe, en traînant sur le I, et sans prononçer le E…

Boufigue : Nom féminin issu du provençal boufègo, ampoule, bulle.
S'emploie pour parler d'une enflure sur le corps.
<< Je sors de chez le dentiste, ça me fait une de ces boufigue sur la joue… >>
Bougnette
: Nom féminin issu du provençal bougnèto, beignet. Par extension, tâche d'huile.
Désigne les tâches de n'importe quelle nature, en particulier sur les vêtements :
<< Arrête de manger comme un chapacan*, ta chemise est pleine de bougnettes >>
Brave : Rien avoir avec le sens français courageux.
Peut signifier gentil, pas trés dégourdi :
<< Dis, t’es bien brave, mais va un peu jouer ailleurs, je vois pas le match… >>
Ou désigner quelqu’un de cœur, mais un peu niais :
<< Vouèï, il est brave, mais à force, y me gonfle… >>
Ou encore devenir un adjectif d’amplification :
<<
Oh Bonne-Mère, y a un brave Mistral aujourd’hui !... >>
"

                  
Voila je ferai les autres lettres , à votre demande,  si, bien sûr, vous avez aimé entendre un peu les cigales à travers ce petit lexique !!!!!!

BERNARD

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Jeudi 15 mai 2008
 Tournoi de poker, Aix en Provence.

 

Le mot d'ordre était:
- Ici, tu ne déconnes pas : tu ne causes à personne! Ils vont te prendre pour une folle. Je te guetterai depuis ma table de jeu.
J'ai juste un peu parlé, un tout petit peu, les autres ont fait le reste et j'ai suivi le courant...Et toi aussi mon frère!


Petits clins d'œil pour remercier nos hôtes de leur accueil et de leur sympathie:

- Mais putain ! Si je te dis que Bernadette Soubiroux elle est de Nevers!
- Mais c'est pas possible, mon frère! Tu bluff ou tu bluff là?
- Peuchère, bien sûr qu'elle est de Nevers! Tu crois que je vais me noyer dans la rivière là? Enculé va...
- Mais elle est de Lourdes, Bernadette!
- T'en fais un, toi, de miracle! Une quinte flush royale à toi tout seul, frère!
- Elle est dans l'Église, là, en entier. A part un masque sur le visage...Je l'ai vue moi!
- Pfff, moi je me couche...C'est un chattard celui-là! Il est capable de bat-beatter sur ce coup...Il me rend fada peuchère!

Ou encore:

- Mais vous causez de quoi vous, les nanas, quand vous êtes ensemble? Frère, chez elles, c'est cent fois plus fort qu'un As-Roi chez les gars! Je te jure...Elles nous sous-pression comme jamais tu vas l'imaginer!
- De shampoing, de couleurs de mèches, de fringues, d'existentialisme, de crise économique, de politique, puis de taille, de performance et de durée, bien sûr...
- Exist....quoi? C'est quoi ce mot! A moi tu me causes pas en -alisme, hein?
- Ha ha! Bonne mère ! Tu es en tilt, là...elle t'a eu!
-Oh toi, t'es un brave ! Alors tu vas voir comme je relance moi! Et on augmente la blind en plus!


Pour la traduction :  http://www.pokerstars.fr/poker/terms/wordlist/
Le reste est en marseillais mes chers amis français !


 
Une pensée particulière pour Bernard qui sait causer existentialisme et ne pas se prendre au sérieux.

 

 

 

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Mercredi 14 mai 2008

A Guillaume.

       Tout allait bien.

       Retrouvailles du Frère et de la Sœur. Cela fait trop de mois qu'ils ne se sont pas vus, trop de mois passés en solitude, l'un dans sa nouvelle vie heureuse, l'une dans son tourbillon angoissant, trop de mois à attendre ce moment! Libération! Osmose fraternelle enfin célébrée! Leurs deux cœurs sont au bord de l'explosion. Ils se connaissent, ils se comprennent, ils s'aiment avec un grand A.




       Joli jour férié, ensoleillé et printanier. Fête nationale. Du haut de la fenêtre, le Frère et la Sœur observent en pyjama le village d'Yzeron qui célèbre ses héros : défilé des pompiers, hommes et enfants; la fanfare et ses tambours; le drapeau fièrement tenu par un vieux monsieur aux joues bien rouges, le seul qui lève le regard vers eux en souriant. Il en aurait des choses à raconter celui-là! Le monument aux morts est un peu plus bas, à quelques mètres.
Puis, la journée continue. C'est une journée gentille, chaleureuse, de vacances. Concours de Boule lyonnaise, match de football local, tour du lac, pêche et sieste au soleil en bikini. Ici, dans le petit village d'Yzeron perché sur les Monts Lyonnais, les gens de la ville viennent montrer combien ils sont heureux: ils font beaucoup d'enfants, ils mangent bio, ils pédalent à n'en plus finir, ils chérissent la nature, ils n'ont pas d'accent, ce sont des gens très bien. Le Frère et la Sœur, aussi, sont des gens biens, mais dans un genre différent, c'est tout! Et vous allez voir bientôt combien ces derniers mots ont un sens. Qu'est-ce que la normalité après tout? Une invention sociale qui permet au Pouvoir d'abêtir ses sujets en leur promettant le bonheur par le nivellement mental. Le mot normalité n'existe pas! Il devrait être banni du dictionnaire pour le salut de l'humanité!
Le soleil devient plus frais, moins généreux, la pêche n'a rien donné. Le Frère offre donc la visite du village à sa Sœur, laquelle contemple la vue sur Lyon, les collines, les vieux porches et fait des photos; les amis de la Boule lyonnaise les saluent depuis le bar du village, l'heure de l'apéritif s'annonce et nos deux amis rentrent, bienheureux, à l'appartement. Le jeune chat virevolte dans tous les sens, ses sauts sont devenus un bruit de fond amusant. Le Frère et la Sœur trinquent devant les courts-métrages d'Animaboule, discutent, s'enivrent de musique et d'eux-mêmes jusqu'à ce que la faim les tiraille et les oblige à descendre au petit restaurant d'en bas. Il est tard. Deux crêpes et un peu de vin de la maison pour les retardataires!

Tout allait bien.

Le patron du restaurant, une fois tous les autres clients partis, leur permet de fumer à l'intérieur. Il ne veut pas croire qu'ils soient frère et sœur, l'accent espagnol de la Sœur le dérange, ils ne se ressemblent pas assez, même les documents d'identité ne suffisent pas pour le convaincre. Ah, et aussi! Le petit vieux sympathique qui tenait le drapeau ce matin est un vieil alcoolique!

Tout allait bien, jusqu'au moment où les deux verres de gnôle locale, cadeau de la maison, sont arrivés sur la table. La gnôle! Breuvage empoisonné qui va libérer le démon de l'inconscience. Pour bien connaître un région, et pouvoir ensuite en parler dignement, toujours goûter la liqueur locale. Les gens d'ici tournent à la gnôle! Soit. Tant pis pour eux, cela deviendra une théorie comportementale.
Pour consoler le patron et sa femme qui confient, dans les cuisines, que malgré leurs trente-cinq années de présence, les gens du village les détestent toujours autant, le Frère leur offre une bouteille d'Armagnac. Solidaires dans le malheur, toujours! Échange culturel.

Armagnac au sommet! Gnôle sur les Monts!

Il est plus de minuit, et voilà nos deux amis dehors, prêts pour une gentille visite by night du Col Machin. Sur la route principale du village, à quelques mètres de la voiture, deux jeunes chantent «On est en finale! On est finale!». La Sœur, encouragée par la gnôle, laisse aller sa normalité à elle: parler aux inconnus. En finale de quoi? De la coupe Machin! Chouette! Nous, on est rugby! Mais nous sommes contents pour vous!
Et les voilà dans le bar en train de fêter la victoire du club d'Yzeron avec ces trois inconnus sympathiques. Et encore un verre de gnôle! Finalement, ils fêtent leurs retrouvailles, mais ils acceptent aussi de partager la joie de ces footeux. Les voyages c'est cela: connaître des indigènes locaux, partager leurs us et coutumes, apprendre un peu leur langue, les écouter parler de leur coin à eux, étudier légèrement leur sociologie. L'empathie du voyageur : cette noble qualité!

Ils peuvent encore monter jusqu'au Col machin, ils ont encore une chance de se sauver et d'arrêter l'engrenage. Mais non! Grisés par l'aventure gnôlistique, ils suivent les gentils footeux jusqu'au garage d'une lointaine maison. Que de jeunes là aussi, et plutôt antipathiques cette fois-ci. Le frère n'a plus ses chaussures!
Les footeux s'en vont et les abandonnent à leur sort. Le Frère et la Soeur se retrouvent un peu plus tard à manger l'omelette chez un adulte, le seul civilisé et sympathique de la bande. La Sœur l'aide à préparer l'omelette, l'adulte sort du champagne et bien sûr de la gnôle. Puis après, tout s'enchaîne; enfin, disons pour résumer que le Frère et la Sœur éclairent ces indigènes post pubères et hostiles sur l'existence du monde extérieur: l'illettrisme chez les terroristes du Pays Basque, par exemple ; ou encore, l'existence d'habitants dans les Pyrénées ; ou bien de vagues dans l'Océan Atlantique. Mais les locaux s'en moquent! Ils ne connaissent que la gnôle et c'est très bien comme ça ! La sœur de la boulangère est la pire de toutes : ses yeux fusillent les deux étrangers dans un tir de mépris et suffisance mentale honteuse! Avec son complice le rouquin, elle lance un:
- Et pourquoi vous parlez avec cet accent là?
C'est le paroxysme de la soirée! Les hostilités sont lancées...La sœur de la boulangère est la cible. C'est une méchante sorcière, niaise, imbibée de gnôle depuis le berceau, qui finit par accuser nos deux étrangers d'êtres ivres. Ivres? Mais c'est la faute à la gnôle!

Voilà, le jour est levé. Les poubelles viennent de passer. Le Frère et la Sœur décident de penser demain aux conséquences de leurs actes. Il est temps d'aller dormir, tout cela n'est plus de leur âge! Ils sont adultes.

Le lendemain...et bien, le lendemain ils fuient simplement à Lyon pour visiter la ville, en prenant garde à leur estomac. Le Frère a peut-être perdu la considération des jeunes et ne s'intègrera pas, mais les petits vieux du village l'adorent! Il disent que c''est un gentil garçon. Toute la journée, ils parcourent la belle ville de Lyon.
Tout est de la faute de la sœur de la boulangère. Le racisme est une mauvaise chose. Ces petits joueurs ignorent le sens de l'hospitalité, ce sont des villageois ignares, la seule guerre qu'ils connaissent, c'est celle des clochers. Plus tard, ils feront partie de ce peuple amer et imbu de lui-même.
Le Frère et la Sœur s'en fichent. Ils sont heureux d'être ensemble. Finalement, ce genre d'événement est leur normalité à eux! A un moment donné de l'année, il faut bien taper un peu sur les cons, cela fait du bien quand même....
Ils ont dîné chez Mounier, qui lui, a de l'humour; demain ils partent à Aix en Provence. Il y aura des Marseillais, avec ceux-là, au moins on peut causer! Et surtout, il n'y aura pas de gnôle.

C'est une autre histoire....

                           

par Del publié dans : DU QUOTIDIEN communauté : L'écriture dans tous ses états
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Lundi 5 mai 2008

Le liquide ambré coule dans mon verre.  Un peu de ses senteurs s'évaporent et soulèvent mon âme, sa couleur obscure me rassure, des chants montagnards se font entendre depuis les sommets.
C'est l'été, les neiges éternelles reflètent la lune, et le grondement des torrents me fait dresser les yeux vers les étoiles. Une brise légère oxygène mes pensées, puis me berce  tendrement depuis le ciel. Me voilà à nouveau libre!
Ici pas de coupe ni d'usage règlementaires pour boire l'Armagnac, laissons les bonnes manières aux amateurs de Cognac. Mes lèvres s'humectent du généreux breuvage. A la première gorgée, mon corps frissonne, puis, très vite, une vague de chaleur envahit mes membres engourdis par les soucis. Les ombres inquiétantes, majestueuses,  insolentes des sapins me rappellent au bon souvenir de leur présence. L'odeur de ces nobles conifères chatouille mes narines. Elle remplit mes poumons d'une sérénité enfin retrouvée.
Les voilà enfin les montagnes de mon enfance! Celles de la Vallée d'Aure, aux portes de L'Aragon espagnol, celles qui offrent leurs eaux glacées à la Neste et aux lacs, celles dont le souffle puissant s'amuse avec les nuages, celles qui narguent le Pic du Midi de Bigorre de loin, en lui mettant sous le nez, avec arrogance, les deux seigneurs d'ici : l'Arbizon et le Néouvielle.  L'Armagnac coule dans mes veines. Mon sang redevient pur.
Les cloches des vaches en liberté battent le rythme de mon coeur et lui rappellent que cet endroit est le mien.  Mon berceau.
Je suis une voyageuse, toujours en exil, sauf quand je reviens ici me nicher dans les bras de mes chères montagnes. Je me les remémorais avec fierté et nostalgie lorsque j'étudiais à Grenoble, chez leurs cousines les Alpes ; en Amérique, j'avais mille photos d'elles, que je regardais dans les moments durs; à Toulouse, je les retrouvais avec joie sur l'autoroute qui me menait jusqu' à elles ; ici, au Pays Basque espagnol, elles sont aussi présentes, et dans mon chez moi, et collées sur ma voiture.
Mon berceau. Mes premières années. Mon père. Ma mère. Mon frère. Mon innocence. Ma nounou et sa famille. Tous les autres.
Ma pureté. Le bonheur qui coule en moi malgré tout. Je suis heureuse ce soir, avec l'Armagnac et les sommets, car je ne peux mentir à toute cette noblesse qui m'a vu grandir et m'a choyée comme un princesse. Tout le reste n'est que futilité. Qu'on remette le poisson à l'eau! Qu'on me rende à mes montagnes!
Je trinque à la vallée du Rioumajou, la plus belle de France selon mon père, à celle du Moudang, à celle de Loudenvielle, au Pla d'Adet, au village des chalets, à Bourisp, aux dizaines de chapelles, de granges, de champs, à la Méharie, à notre maison aux volets rouges, à l'izard, aux moutons, aux vaches libres, à moi!
Je trinque à mon père, à Pompom le chien des Pyrénées, à Jean, à ma mère, à mon frère, à Robert, aux Labarthes, aux Castets, et à tous ceux qui ont peuplé mon enfance....et à mes amis d'ailleurs qui sont loin, à ceux qui sont prêts. Au futur homme de ma vie! A mes futurs enfants!
Et quoi d'autre? Rien. Ah si!
On n'est jamais seul lorsqu'on boit de l'Armagnac face aux sommets de son enfance. Allez expliquer cela aux gens guindés et très civilisés!
Je suis ivre de cette liqueur du bonheur, je suis ivre de mes sommets, de cette paix ancestrale; je pense à toutes ces belles âmes que l'on a enterré dans ces terres chéries.
C'est une extase, un diamant que l'on ne me volera jamais. Le monde peut bien tourner à sa guise autour de moi!
La vie peut faire de moi ce qu'elle veut, tant que j'appartiendrais aux neiges Pyrénéennes, je serai invincible!
Ces montagnes-là possèdent mon âme.
Je trinque à l'authenticité de l'Armagnac et à la santé de tous ceux qui savent être heureux, parfois, dans des moments comme celui-ci....








Que nous sommes petits....
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INTRO....

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