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  • Le blog de Delphine Alpin-Ricaud
  • Jour après jour, se découvrir...nous sommes tout petits petits petits...mais nous SOMMES...et ça, c'est grand!!!

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Créer c'est vivre deux fois - Albert Camus

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Dimanche 13 avril 2008 7 13 /04 /Avr /2008 19:00
La première personne à avoir lu cette nouvelle, hier, m'est chère. Elle a vécu une expérience similaire, disons que la sienne a été encore plus loin. 
Et une pensée pour tous ceux ou celles, surtout celles (elles sont majoritaires) qui  reconnaîtront la situation, qui en souffrent ou en ont souffert.

En illustration, ce poême de Moâ, La Violence (Dimanche 13 avril) :
http://akikcekca.over-blog.com/

Bonne lecture à tous !


CE N’EST PAS DE MA FAUTE !



 

            Rien n’est de ma faute !

Je pourrais être coupable pour de vrai et même en rougir, voire regretter, mais je te promets et je te promets encore que rien n’est de ma faute !

Je sais que tu es très fâché : à t’écouter, je t’ai humilié, je t’ai trahi, poignardé, presque assassiné, ta colère est  à la mesure de ta douleur. Ou bien est-ce l’inverse ?

Sache que ma rage est également à la mesure de ma douleur, et vice-versa ; la rage de ne pouvoir me défendre face à toi, la rage d’être condamnée d’avance, quoi que je dise, quoi que je fasse.

J’ai mal, car rien n’est de ma faute ! Mais peut-être ai-je tort, peut-être suis-je vraiment une méchante qui s’ignore, manipulée par son inconscient, par son intérieur machiavélique, par ses pensées honteuses.

Alors voilà : je vais repasser les faits afin d’éclaircir mes idées, ultime élan pour retrouver mon esprit aliéné par tes caprices pervers, au risque de heurter ton orgueil. Oui, je vais le faire !


 

*                                                                           


 
Ce matin, Tique et moi, nous sommes réveillés tous les deux très amoureux. Il m’a serrée bien fort dans ses bras, puis il a recouvert mon visage de ses baisers. Le chat a senti que nous ne dormions plus et il s’est avancé vers nous en miaulant. Rituel du matin.  

Le portable de Tique a sonné. Après avoir raccroché, il a précisé qu’il fallait être à l’heure car le déjeuner était important. La pression monte.

Je n’ai pas eu le temps de penser à ce que j’avais à faire, Tique s’est levé d’un coup, m’abandonnant sauvagement au beau milieu du lit, à présent méprisé.

Allant et venant dans l’appartement, il m’envoyait des regards qui m’accusaient d’être trop lente. De sa méchante voix, il a d’ailleurs fini par me reprocher de le faire exprès, en même temps qu’il jetait une tasse de café sur ma table de nuit. J’ai détesté ce café ! Il m’a brûlée, il m’a blessée. Je n’ai pleuré qu’un peu plus tard, seule, sous la douche, l’eau chaude consolant ma colère.

Me voilà prête en cinq minutes ! Je me déteste. Et je le déteste aussi, car finalement, c’est moi qui dois patienter : il est là, planté devant l’ordinateur, trafiquant je ne sais quoi, un je ne sais quoi de toute évidence inopportun et incongru vu le moment ! J’ai l’air d’une idiote, d’une piètre idiote, ma petite veste sur le dos et mon petit sac à main sur l’épaule, ma petite tête pleine de toutes les choses que je devrais faire au lieu de l’attendre et de le suivre à ce déjeuner ! Une timide voix, bien enfouie au fond de mon être, crie fort qu’elle a envie de le laisser planté là ! Qu’elle ne comprend pas pourquoi il s’encombre de moi ! Qu’il a réussi ce qu’il voulait : me voir au garde à vous, vêtue de mon uniforme dans l’expectative d’un nouvel ordre de sa part !

Placide, Tique me regarde, il s’étonne de mon air exaspéré. Il se lève ensuite tranquillement, se recoiffe,  se parfume, fait le beau devant le miroir.

Je dois éteindre l’ordinateur, détail qui leur a échappé,  à lui et à sa perfection !

Sa veste bien enfilée, il revient dans le couloir, il s’arrête devant moi puis, armé d’un sourire méchamment narquois, me demande pourquoi je fais cette tête.

Je ne lui réponds pas ! Pourquoi lui répondrais-je ? Je le connais : il nierait  les faits. Sa mauvaise foi ne m’est que trop familière, je me contente donc d’exprimer en secret mes pensées. La télépathie a du fonctionner car, dans le bus, Tique est devenu furieux et m’a reproché de bouder. Je boude ? Et oui je boude ! Pourquoi je boude ? J’aimerais tellement qu’il soit capable de le deviner tout seul !

Nous sommes à table, au restaurant, en compagnie du chef de Tique et de deux de ses collègues. Je songe soudain que personne n’a  jugé utile de m’expliquer pourquoi  ils s’étaient tous réunis. Information secret défense, peut-être ?
Les bonnes blagues commencent à fuser entre les quatre mâles. Pour ne pas voler la vedette à mon amoureux, et ne pas me faire trop remarquer, je me contente d’écouter, muette, idiote, soumise. Mais je bous à l’intérieur ! Que fais-je ici ? Ma vie est déjà assez chaotique à mon goût, pour en plus devoir subir de tels moments d’anéantissement ! Tique ne se rend pas compte de tout cela, lui, il me censure et me condamne au silence par simple peur pour lui-même. Le repas n’a pas encore commencé que je me sens déjà seule ! Terriblement seule. Quitte à l’être encore un peu plus, je me réfugie dans le monde intime de mes pensées. Je n’ai aucune envie d’être sympathique et je hais tous ceux qui sont présents dans cette maudite salle.  

Que voulez-vous ? J’aime bien que l’on fasse attention à moi, je déteste ne pas exister, je déteste encore plus exister dans un rôle qui n’est pas le mien.

J’étouffe, l’air me manque. Je n’ai pas envie de plaire aux amis de Tique, ni à ce dernier d’ailleurs ; je préfèrerais plutôt leur vomir dessus, à tous, par accident, puis pouvoir en rire par la suite : rire du ridicule et du non sens de toute cette mise en scène. Je vais exploser ! Pour de vrai en plus ! Mais Tique s’en moque, il préfère se réjouir de mon mal être et se pavaner devant ses amis.
Le serveur arrive enfin ; il nous regarde, puis me demande ce que j’ai choisi, sur un ton très gentil, rempli de compassion. Je m’apprête à lui répondre, lorsque qu’une grosse voix m’interrompt outrageusement : c’est le chef de Tique qui va décider pour tout le monde ! Soit !
Tel un élève nul en récitation, mais plein de bonne volonté, bafouillant et cherchant ses mots, le jeune serveur revient et nous présente en premier plat, une espèce de chausson farci au saucisson. Deux couteaux et deux fourchettes accompagnent chaque assiette.
Tique et ses amis continuent à  ne pas être amusants. Leurs phrases ne parlent que d’eux-mêmes, de leur travail, de leur réussite ; mon ennui et mon isolement sont  à la mesure de leurs ambitions.
Voilà que je viens d’avaler la dernière bouchée de mon chausson au saucisson, lorsque qu’une  serveuse surgit par derrière, retire mon assiette et s’exclame : 
- Mais vous vous êtes trompée de couteau !
Stupéfaite, amusée, je me retourne un court instant vers elle. Le sérieux et l’aplomb de la jeune fille me poussent à m’esclaffer, mais le regard hargneux et sans pitié de Tique, m’immobilise.

Ai-je gaffé ? Ai-je attiré l’attention sur moi ? Pourquoi m’en veut-il ? C’est elle la coupable !  Cette idiote a déclaré, haut et fort, que je me suis trompée de couteau, elle a défié les codes de l’hôtellerie qui protègent le pauvre client de toute humiliation publique,  elle a osé remettre en cause ma capacité de reconnaître l’outil adéquat, elle a voulu me donner un cours d’art de la table, elle a nié ma liberté au nom des règles académiques, elle a perdu pied devant mon choix anarchique, elle a hurlé mon inaptitude !

Certes, je ne m’esclaffe pas, mais je souris ! Par réflexe. Par réflexe de survie. Par sens de l’humour. Par manque de sérieux.J’ignorais que le petit couteau était spécialement destiné à couper le chausson au saucisson, je n’ai pas voulu être une rebelle, ce n’était pas un acte politique !
Un des collègues de Tique vient à ma rescousse en criant ironiquement au scandale. Les autres l’imitent. - Comment peut-on se tromper ainsi de couteau ?
- Honte au manque de savoir vivre et à l’ignorance !
- Offense inculte à  l’art de la table !
Je leur réponds en riant de bon cœur, ce qui est pour moi un véritable soulagement, une heureuse libération. Suivant le mouvement comme un chien fidèle, Tique se force  à rire avec nous. Je ne dirai rien à la pauvre serveuse, vu qu’elle ne s’est très certainement rendu compte de rien. L’ambiance à table est devenue miraculeusement plus légère et plus détendue, j’ai même songé à faire le pitre, mais je me suis retenue  pour ne pas déranger Tique, ni le mettre mal à l’aise. Il faudra que je songe un jour à combattre ces sursauts d’altruisme : ils me perdront !
 Les choses ne se sont pas arrêtées pas là. Je me sens déjà moins déprimée qu’au début du repas, malgré une certaine autocensure par devoir envers Tique, cependant, l’esprit malin qui m’habite semble avoir pris à nouveau possession de moi : le second plat est arrivé, présenté d’une main tremblante par le jeune serveur du début, qui bafouille à nouveau : 
- Je vous présente le canard, avec ses petits pois et sa purée !
Voilà que d’une toute petite voix basse, presque inaudible, je ne peux m’empêcher de dire bonjour au canard ! Bien sûr et malheureusement pour moi, Tique m’a entendue ! Son chef et ses deux collègues également : joyeusement amusés, ils saluent à leur tour le pauvre canard, tandis que Tique  me donne un coup de coude, en me glissant à l’oreille un méchant :
- Tu te tais oui ? 
J’ai eu envie de pleurer, mais je me suis contrôlée.
Un peu plus tard, tout en dégustant le canard, Tique et moi entamons une conversation avec un des collègues, sur l’œuvre et la vie des grands artistes qui nous ont bouleversés. Je ne me souviens plus comment le sujet a surgi. Au moins, il n’est déjà plus question de leur travail ! Enfin ! Je me réjouis de voir que l’authenticité du véritable art, celui de la passion et du don de soi, peut nous réunir. Je redécouvre un Tique sensible et humain, je l’aime à nouveau !


Mais l’esprit malin est revenu et me possède  à nouveau. Diable !


Fascinée par la conversation, je me suis attaqué avec tout autant de passion à mon plat : ma   fourchette tient un petit bout de canard, vers lequel je pousse délicatement un peu de la purée dressée sur mon couteau. J’arrête soudain le mouvement, car j’ai envie de boire du vin. De chaque côté de l’assiette, je dépose la fourchette accompagnée de son canard et le couteau accompagné de sa purée. Quelques secondes plus tard, après avoir lâché le verre vide, une de mes mains revient vers l’assiette et appuie, sans le vouloir, sur l’extrémité extérieure du couteau, entamant ainsi le jeu de la balançoire avec la purée. Cette dernière ne fait pas le poids et s’envole dans les airs, vers là-bas….derrière !

Tout est ensuite allé très vite !


Dans un mouvement parfaitement synchronisé, notre tablée s’est retournée. Nous avons vu le nuage de purée atterrir sur la jupe d’une vieille dame, justement la même vieille dame qui, à notre arrivée, nous avait toisés de son regard de vipère ! La purée n’aurait pu mieux choisir !
Le serveur est passé à ce moment précis. Son bras supporte, tant bien que mal, le plateau déjà terriblement alourdi par les assiettes remplies des restes d’une des tables voisines. Inquiet pour le bien être de l’acariâtre vieille dame, le jeune homme s’incline vers elle en bégayant quelques mots. Il ne s’aperçoit pas qu’un peu de sauce s’est échappé de l’une des assiettes. Ni qu’un os de poulet vient de rejoindre la sauce, sur la jupe de la dame.  Cette dernière pousse un petit cri d’effroi. Le pauvre serveur redresse alors le plateau, juste à temps pour éviter le pire, puis il s’enfuit vers les cuisines en promettant de revenir. Le mari de la victime, bouleversé, se précipite vers elle pour l’aider et la consoler.
Mais peu importe : mon voisin de gauche vient de renverser malencontreusement son verre de vin, à la fois sur la table et sur lui-même ! Et le chef de Tique, qui n’a cessé de sourire et de commenter les événements de sa grosse voix, a sauvagement attaqué sa chemise avec un bout de canard imbibé de sauce !
Le serveur et la serveuse réapparaissent. Les mains chargées de petites serviettes nettoyantes, ils courent dans tous les sens afin d’éponger les méchantes tâches ! Au fond de la salle, un monsieur très maladroit a attrapé la nappe dans ses pieds, en essayant d’empêcher que le délicat flacon d’huile ne s’écroule au sol. Mais le flacon s’est envolé quand même ! Suivi par la nappe, par à peu près tous les objets encore sereinement posés dessus quelque secondes auparavant, et par le malheureux monsieur qui s’étale en toute splendeur avec le reste !
Entre temps, une bataille de lancer de purée a commencé à faire fureur dans les airs. Ma victime, l’acariâtre vieille dame, à peine remise de sa surprise et de sa stupeur, a choisi de se venger. Elle charge une cuillère à soupe de purée, la dirige vers nous et tire. Cependant, elle rate sa cible ! Le boulet de purée finit par atteindre l’épaule gauche d’une femme très élégamment vêtue, assise à une table voisine. Furieuse, la cible du boulet se retourne. Elle aperçoit la cuillère dans la main de l’acariâtre, elle se dresse alors sur ses talons aiguilles, réajuste la jupe de son tailleur, saisit ensuite le petit récipient en porcelaine débordant de vinaigrette, et le jette avec beaucoup de dédain sur la coupable. La vinaigrette vole droit vers la poitrine de la vieille dame. Quant au saucier, il se brise en milles morceaux à ses pieds. Les deux femmes commencent à se bagarrer, s’attaquant telles des furies, à force de mots qui semblent un peu moins grossiers grâce au vouvoiement.
A notre table, tout le monde s’esclaffe devant le chaos général. Deux d’entre nous se sont même levés pour participer à la bataille, un autre prend des photos.
Tique ne bouge pas. Il me regarde très sérieusement. Mon sourire s’efface, mon euphorie aussi, le désenchantement m’envahit, l’angoisse revient à l’assaut, je suis exclue de la fête.


Nous sommes partis avant tout le monde.  
Dehors, il pleut, le gris du ciel m’étouffe. Nous marchons jusqu’à l’arrêt des taxis ; Tique est furieux,  la colère s’échappe de lui au travers du moindre pore de sa peau et moi, je l’absorbe toute entière. J’ai froid. Je refuse de parler, il s’acharne à me dire que j’ai tout gâché, à vouloir savoir pourquoi j’ai fait cela, à  me répéter que je ne le respecte pas et que je me moque de lui.

 Pour ma défense : mon bout de purée est parti tout seul!

 Nous nous sommes assis dans le taxi. Je porte une jupe aujourd’hui –ce matin, j’ai pensé me faire belle pour Tique, mais cela ne semble pas l’avoir beaucoup ému ! Ce taxi est un monde silencieux et angoissant. Après avoir jeté, par hasard, un regard sur mes jambes, j’aperçois un bout de papier toilette coincé dans la transparence du collant noir, au niveau de la cuisse. Que fait-il là celui-ci ? L’esprit malin, encore ! D’un coup de coude, je signale sa présence à Tique, cherchant un complice dans ce dernier déboire, mais il ne réagit pas : il semble plutôt me détester encore un peu plus, maintenant !  


Quelle impuissance ! Tique a oublié de rire.


A peine rentrés à la maison, il m’a menacée et a crié que tout est fini entre nous, car il ne supporte pas que l’on joue avec lui. Une nouvelle fois, j’ai gardé le silence, abasourdie par ce que j’ai entendu, pétrifiée par ces attaques que je ne comprends pas, honteuse de ne pouvoir réagir. Tout est de ma faute, bien sûr ! Au fond, Tique voudrait que j’aie honte d’être aussi mauvaise, et moi, je me sens impuissante face à sa colère, parce que je n’arrive pas à le faire rire. C’est dommage !
Je cours jusqu’à la salle de bain pour enlever le bout de papier, ainsi que les collants et la jupe. Tout cela n’a plus aucun sens ! Je me sens misérable, refusant de me voir dans le miroir ; imprégnée de la rage de Tique, je déchire ensuite les collants, je jette les serviettes de bains au sol, puis je finis par me cogner le coude contre le lavabo, dans un mouvement maladroit, brusque, et violent. Cette dernière agression est de trop ! J’ai mal. J’ai mal. J’ai mal ! En pleurs, je m’assoie alors sur la cuvette des toilettes. Je voudrais tout détruire autour de moi ! Mais, finalement, je préfère attendre de me calmer, soulager mon visage avec de l’eau froide, me glisser dans un vieux pantalon, et sortir quelques instants plus tard pour rejoindre le salon.
Tique est à nouveau devant l’ordinateur. Il lève les yeux vers moi, dédaigneux, puis me demande :
- Ca va ?
Je murmure un oui qui n’en est pas un.
- Tiens ! Tu as enlevé ta jupe ! Bien sûr…tu te fais belle pour n’importe quel abruti mais pas pour moi ! C’est du beau…
Je ne le comprends pas ! Non, je ne le comprends pas ! Peut-être a-t-il raison : sans m’en rendre compte, je préfère plaire aux autres mâles, je les cherche, les provoque, essaie de les attirer. Je ne sais plus trop qui je suis, de toutes les façons. C’est Tique qui décide depuis longtemps !
- Sale pute ! , me lance-t-il.

Ces mots, ces terribles mots, associés à son regard haineux, me lapident. J’ai envie de fuir ! Prendre la voiture et me réfugier dans les bras de ma famille ou d’un ami, d’une amie. Je fais donc  demi-tour, attrapant ma veste et les clés de la voiture au passage.
- Où tu vas ? , me crie-t-il.
Puis, il se lève, se précipite sur moi en me saisissant par les bras. Je l’ai à présent en face, tellement proche, tellement menaçant, tellement féroce. « Sale pute ! Sale pute ! Sale pute ! ».   Je ne peux penser à autre chose !
- Tu es complètement hystérique ma pauvre fille!
Je me débats. J’aperçois soudain sa main droite, qui s’élève dans les airs et prend de l’élan. C’est vrai, après tout, une claque de sa part serait dans la logique des choses ! Avec beaucoup de calme et de froideur,  je lui dis simplement que je n’ai jamais reçu de gifle.En guise de réponse, il range sa main, lâche mon bras, recule de quelques pas, puis donne un coup de poing au mur. Il finit par s’asseoir, la tête enfouie entre ses mains. Le voilà qui pleurniche à la manière d’un enfant, en hoquetant légèrement.
- Je suis désolé. C’est dur au travail en ce moment, je perds complètement le contrôle tu sais…
« Sale pute », voilà ce qu’il m’a dit ! Il m’a presque frappée aussi…
- Et puis, tu ne penses qu’à toi ! Moi aussi j’ai besoin d’affection. Tu ne te rends compte de rien…., ajoute-t-il, les yeux remplis de larmes.
Le chat est arrivé en miaulant, puis est venu se frotter contre mes jambes.

A présent, moi je ne pleure plus ; je le regarde d’en haut, hébétée, assommée. J’ai de la peine pour lui, mais j’ai peur pour moi. Comment ai-je pu ignorer si longtemps ce danger ? Alors que je viens le rejoindre dans le sofa pour le prendre dans mes bras, je repasse les faits de la journée : rien n’est de ma faute mais la culpabilité ne me quitte pas, elle me rabaisse, elle me dévore, elle m’emprisonne.  
Tique me demande pardon, je fais semblant de le pardonner, cependant je ne pleure pas.


« Sale pute ! ». Et la presque gifle…Le moment d’être lucide n’est-il pas arrivé ? Où est l’amour dans toute cette tornade de mots assassins, haineux, et dans son presque geste ?

J’ai honte de me sentir aussi faible ! Je viens à peine de comprendre que ce tourbillon est infernal, peut-être ce moment de lucidité est-il le premier pas vers une issue heureuse pour moi…


Car j’ai soudain envie de recommencer à vivre et à rire de bon cœur !

Rien n’est de ma faute mais, tu n’es pas tombé sur moi par hasard….


 

Delphine Alpin-Ricaud

Par Del - Publié dans : ECRITS : NOUVELLES - Communauté : Nouvelles d'ici et d'ailleurs
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