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  • dalpinricaud-ecrire
  • : Jour après jour, se découvrir...nous sommes tout petits petits petits...mais nous SOMMES...et ça, c'est grand!!!
Mercredi 14 mai 2008

A Guillaume.

       Tout allait bien.

       Retrouvailles du Frère et de la Sœur. Cela fait trop de mois qu'ils ne se sont pas vus, trop de mois passés en solitude, l'un dans sa nouvelle vie heureuse, l'une dans son tourbillon angoissant, trop de mois à attendre ce moment! Libération! Osmose fraternelle enfin célébrée! Leurs deux cœurs sont au bord de l'explosion. Ils se connaissent, ils se comprennent, ils s'aiment avec un grand A.




       Joli jour férié, ensoleillé et printanier. Fête nationale. Du haut de la fenêtre, le Frère et la Sœur observent en pyjama le village d'Yzeron qui célèbre ses héros : défilé des pompiers, hommes et enfants; la fanfare et ses tambours; le drapeau fièrement tenu par un vieux monsieur aux joues bien rouges, le seul qui lève le regard vers eux en souriant. Il en aurait des choses à raconter celui-là! Le monument aux morts est un peu plus bas, à quelques mètres.
Puis, la journée continue. C'est une journée gentille, chaleureuse, de vacances. Concours de Boule lyonnaise, match de football local, tour du lac, pêche et sieste au soleil en bikini. Ici, dans le petit village d'Yzeron perché sur les Monts Lyonnais, les gens de la ville viennent montrer combien ils sont heureux: ils font beaucoup d'enfants, ils mangent bio, ils pédalent à n'en plus finir, ils chérissent la nature, ils n'ont pas d'accent, ce sont des gens très bien. Le Frère et la Sœur, aussi, sont des gens biens, mais dans un genre différent, c'est tout! Et vous allez voir bientôt combien ces derniers mots ont un sens. Qu'est-ce que la normalité après tout? Une invention sociale qui permet au Pouvoir d'abêtir ses sujets en leur promettant le bonheur par le nivellement mental. Le mot normalité n'existe pas! Il devrait être banni du dictionnaire pour le salut de l'humanité!
Le soleil devient plus frais, moins généreux, la pêche n'a rien donné. Le Frère offre donc la visite du village à sa Sœur, laquelle contemple la vue sur Lyon, les collines, les vieux porches et fait des photos; les amis de la Boule lyonnaise les saluent depuis le bar du village, l'heure de l'apéritif s'annonce et nos deux amis rentrent, bienheureux, à l'appartement. Le jeune chat virevolte dans tous les sens, ses sauts sont devenus un bruit de fond amusant. Le Frère et la Sœur trinquent devant les courts-métrages d'Animaboule, discutent, s'enivrent de musique et d'eux-mêmes jusqu'à ce que la faim les tiraille et les oblige à descendre au petit restaurant d'en bas. Il est tard. Deux crêpes et un peu de vin de la maison pour les retardataires!

Tout allait bien.

Le patron du restaurant, une fois tous les autres clients partis, leur permet de fumer à l'intérieur. Il ne veut pas croire qu'ils soient frère et sœur, l'accent espagnol de la Sœur le dérange, ils ne se ressemblent pas assez, même les documents d'identité ne suffisent pas pour le convaincre. Ah, et aussi! Le petit vieux sympathique qui tenait le drapeau ce matin est un vieil alcoolique!

Tout allait bien, jusqu'au moment où les deux verres de gnôle locale, cadeau de la maison, sont arrivés sur la table. La gnôle! Breuvage empoisonné qui va libérer le démon de l'inconscience. Pour bien connaître un région, et pouvoir ensuite en parler dignement, toujours goûter la liqueur locale. Les gens d'ici tournent à la gnôle! Soit. Tant pis pour eux, cela deviendra une théorie comportementale.
Pour consoler le patron et sa femme qui confient, dans les cuisines, que malgré leurs trente-cinq années de présence, les gens du village les détestent toujours autant, le Frère leur offre une bouteille d'Armagnac. Solidaires dans le malheur, toujours! Échange culturel.

Armagnac au sommet! Gnôle sur les Monts!

Il est plus de minuit, et voilà nos deux amis dehors, prêts pour une gentille visite by night du Col Machin. Sur la route principale du village, à quelques mètres de la voiture, deux jeunes chantent «On est en finale! On est finale!». La Sœur, encouragée par la gnôle, laisse aller sa normalité à elle: parler aux inconnus. En finale de quoi? De la coupe Machin! Chouette! Nous, on est rugby! Mais nous sommes contents pour vous!
Et les voilà dans le bar en train de fêter la victoire du club d'Yzeron avec ces trois inconnus sympathiques. Et encore un verre de gnôle! Finalement, ils fêtent leurs retrouvailles, mais ils acceptent aussi de partager la joie de ces footeux. Les voyages c'est cela: connaître des indigènes locaux, partager leurs us et coutumes, apprendre un peu leur langue, les écouter parler de leur coin à eux, étudier légèrement leur sociologie. L'empathie du voyageur : cette noble qualité!

Ils peuvent encore monter jusqu'au Col machin, ils ont encore une chance de se sauver et d'arrêter l'engrenage. Mais non! Grisés par l'aventure gnôlistique, ils suivent les gentils footeux jusqu'au garage d'une lointaine maison. Que de jeunes là aussi, et plutôt antipathiques cette fois-ci. Le frère n'a plus ses chaussures!
Les footeux s'en vont et les abandonnent à leur sort. Le Frère et la Soeur se retrouvent un peu plus tard à manger l'omelette chez un adulte, le seul civilisé et sympathique de la bande. La Sœur l'aide à préparer l'omelette, l'adulte sort du champagne et bien sûr de la gnôle. Puis après, tout s'enchaîne; enfin, disons pour résumer que le Frère et la Sœur éclairent ces indigènes post pubères et hostiles sur l'existence du monde extérieur: l'illettrisme chez les terroristes du Pays Basque, par exemple ; ou encore, l'existence d'habitants dans les Pyrénées ; ou bien de vagues dans l'Océan Atlantique. Mais les locaux s'en moquent! Ils ne connaissent que la gnôle et c'est très bien comme ça ! La sœur de la boulangère est la pire de toutes : ses yeux fusillent les deux étrangers dans un tir de mépris et suffisance mentale honteuse! Avec son complice le rouquin, elle lance un:
- Et pourquoi vous parlez avec cet accent là?
C'est le paroxysme de la soirée! Les hostilités sont lancées...La sœur de la boulangère est la cible. C'est une méchante sorcière, niaise, imbibée de gnôle depuis le berceau, qui finit par accuser nos deux étrangers d'êtres ivres. Ivres? Mais c'est la faute à la gnôle!

Voilà, le jour est levé. Les poubelles viennent de passer. Le Frère et la Sœur décident de penser demain aux conséquences de leurs actes. Il est temps d'aller dormir, tout cela n'est plus de leur âge! Ils sont adultes.

Le lendemain...et bien, le lendemain ils fuient simplement à Lyon pour visiter la ville, en prenant garde à leur estomac. Le Frère a peut-être perdu la considération des jeunes et ne s'intègrera pas, mais les petits vieux du village l'adorent! Il disent que c''est un gentil garçon. Toute la journée, ils parcourent la belle ville de Lyon.
Tout est de la faute de la sœur de la boulangère. Le racisme est une mauvaise chose. Ces petits joueurs ignorent le sens de l'hospitalité, ce sont des villageois ignares, la seule guerre qu'ils connaissent, c'est celle des clochers. Plus tard, ils feront partie de ce peuple amer et imbu de lui-même.
Le Frère et la Sœur s'en fichent. Ils sont heureux d'être ensemble. Finalement, ce genre d'événement est leur normalité à eux! A un moment donné de l'année, il faut bien taper un peu sur les cons, cela fait du bien quand même....
Ils ont dîné chez Mounier, qui lui, a de l'humour; demain ils partent à Aix en Provence. Il y aura des Marseillais, avec ceux-là, au moins on peut causer! Et surtout, il n'y aura pas de gnôle.

C'est une autre histoire....

                           

par Del publié dans : DU QUOTIDIEN communauté : L'écriture dans tous ses états
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