Partager l'article ! COUPABLE D'AVOIR ETE VIOLEE ET ASSASSINEE: Voici la traduction d'un article écrit par Isabel Alba, paru dans le journal Rebelion. Certes, le ...
Delphine Alpin - Ricaud
Voici la traduction d'un article écrit par Isabel Alba, paru dans le journal Rebelion.
Certes, les faits ont eu lieu à Pampelune, mais ce n'est pas là le point le plus important.
Il s'agit de violence, de haine, de codes faux et enragés qui visent depuis trop longtemps déjà la Femme. Le mot "pute" n'a pas d'équivalent au masculin.
Il n'y a aucune excuse au viol et encore moins au meurtre qu'il en suit.
C'est triste, mais l'histoire de la Femme, comme être reconnu et valorisé par le reste de l'humanité - c'est à dire les hommes - , commence à peine. Qui niera qu'une femme, encore aujourd'hui,
reste un simple objet: celui du désir sexuel de l'homme. Pour cela elle devrait se faire moche, rester vierge jusqu'à l'élu (qui la choisira à elle, et non pas l'inverse), ne pas profiter du sexe
comme le font les hommes? Quelle blague!
Les femmes sont souvent leurs pires ennemis: cessons de nous sentir coupables et craindre ! Nos juges masculins ont bien plus de crimes sur la conscience que nous.
Et les hommes qui ne jugent pas et n'agissent pas selon les critères machistessont les seuls capables d'aimer....
UN JURY POUPULAIRE DECLARE NAGORE LAFFAGE COUPABLE DE VIOLENCE MACHISTE
Vient d’être jugée et condamnée par le tribunal de Pampelune, Nagore Laffage, jeune étudiante infirmière, de vingt ans. Le délit qu’elle a commis et pour lequel elle a été considérée coupable par un jury, composé de six femmes et trois hommes, est celui d’avoir exercer son droit à vivre en liberté, à être respectée en tant que femme, et à dire non aux hommes, sans peur.
Nagore n’a pas pu se défendre des charges dont on l’accusait parce que sa victime, Jose Diego Yllanes, un psychiatre de 27 ans qui officiait à l’Hôpital de Navarre où Nagore effectuait ses stages, aveuglé par l’attitude belliqueuse de Nagore à l’heure d’exercer son droit de vivre dans une société égalitaire et juste, s’est senti menacé et poussé à la battre sauvagement, puis à l’étrangler d’une seule main.
Pour tous ces faits délictueux, le jury a assis Nagore sur le banc des accusés et a fait retomber sur elle la responsabilité de sa mort, parce que, sans aucun doute, Nagore serait toujours vivante si elle n’était pas partie avec Jose Diego Yllanes, qu’elle connaissait simplement de vue dans l’hôpital, espérant profiter de sa compagnie une nuit de San Fermines, avec la passion et la joie de vivre de son âge ; parce que, sans aucun doute, Nagore serait en vie si elle n’avait pas embrassé Jose Diego Yllanes, espérant qu’un homme d’à peu près son âge, qui avait eu dans la vie toutes les opportunités pour être une personne décente, un médecin de l’hôpital dans lequel elle travaillait, allait prendre ses baisers pour ce qu’ils étaient, des envies de s’amuser ensemble, jeunes et égaux, et non pas les interpréter comme le désir d’une « relation passionnée» qui consistait en « lui enlever ses habits de manière brutale, déchirant la jambe du pantalon, une bretelle du soutien-gorge et la culotte en trois endroits ; parce que, sans aucun doute, Nagore serait vivante si à cause de cela elle ne s‘était pas sentie agressée sexuellement, vexée par l’attitude violente de Jose Diego Yllanes, et si elle avait respecté docilement les désirs de cet homme au lieu de résister et exercer son droit a dire non ; parce que, sans aucun doute, Nagore serait en vie si elle n’avait pas espéré ingénument que Jose Diego Yllanes, un homme jeune, médecin, doté d’un éducation privilégié, respecterait sa décision au lieu de se sentir menacé car, elle, Nagore « pourrait détruire sa carrière et le dénoncer » ; parce que, sans aucun doute, Nagore serait vivante si Jose Diego Yllanes ne s’était pas vu poussé à réagir « en lui couvrant la bouche pour éviter qu’elle ne crie et à la frapper de façon délibérée et à plusieurs reprises dans diverses parties du corps » ; parce que sans aucun doute, Nagore serait vivante si elle s’était laissée frapper en silence et n’avait pas eu le toupet de se défendre et de griffer Jose Diego Yllanes ; parce que, sans aucun doute, Nagore serait en vie si elle ne s’était pas rebellée contre une situation de toute évidence injuste et sa révolte n’aurait pas aveuglé Jose Diego Yllanes jusqu’au point de « faire pression avec sa main sur le cou de Nagore, lui provoquant asphyxie et mort », et ensuite de tâcher de découper son cadavre, lui couper un doigt, introduire son cadavre dans des sacs, laver le sol, prendre la voiture de son père et jeter le corps de Nagore dans les parages de Pampelune.
Pour avoir
commis tous ces délits, Nagore vient d’être jugée et condamnée par un jury qui, méprisant les preuves présentées par la police foral et les médecins
légistes et les déclarations des témoins, a donné crédit uniquement à la version de Jose Diego Yllanes, et a considéré que la mort de Nagore n’était pas un assassinat mais un homicide avec
circonstances atténuantes. Nagore est morte une seconde fois quand, pour une seconde fois, on lui a refusé, à présent par sentence légale, son droit, celui de toutes les femmes, à
vivre libres et égales aux hommes, à être respectée et à pouvoir dire oui ou non sans peur.
Avec Nagore, ils nous assoient toutes sur le banc des accusés. Beaucoup d’habitués, et également d’habituées, l’ont prouvé à la télévision et à la radio ces jours-ci : « La mort de Nagore doit servir pour enseigner aux femmes à être plus prudentes ». La responsabilité, retombe, une fois encore, sur nous, les femmes. Nous, les femmes, nous devons vivre avec la peur et éduquer dans la peur nos filles afin qu’on ne les tue pas, parce que si on les tue ce sera leur faute et la nôtre, à cause de leur attitude et de la nôtre, à cause de leur attitude et de la nôtre, à cause de son aspect et de son comportement et leur mort ne sera pas un assassinat, seulement un « fait tragique », comme a défini celle de Nagore l’avocat de Jose Diego Yllanes, illustre spécialiste du droit pénal de l’université de Navarra.
Parce que si pour de vrai, nous, les femmes, pouvons apprendre quelque chose de la mort de Nagore ainsi que de ce lamentable et injuste procès, c’est que nous avons la responsabilité d’être prudentes au point d’enseigner à nos filles à ne pas vivre terrorisées mais à lutter pour leurs droits à être libres et égales aux hommes, et pouvoir profiter du sexe et de l’amour sans peur, à lutter pour ne pas avoir à mourir pour cela, comme Nagore.
Isabel Alba
Selon vous...