...................

  • dalpinricaud-ecrire
  • : Jour après jour, se découvrir...nous sommes tout petits petits petits...mais nous SOMMES...et ça, c'est grand!!!
Samedi 22 mars 2008

(…)

Il y a deux jours à peine, ma fille est venue me voir.

Elle pleurait de je ne sais quelle misère. Je l’écoutais. Un peu. Distraitement. Je ne comprenais pas le sens de ses larmes, mais je l’ai saisie contre ma poitrine. Ses larmes, je les ai toujours fait miennes. Sa douleur et ses joies également.

Et les tiennes aussi.

Cela me flatte tellement qu’elle vienne encore aujourd’hui s’écrouler sur mes vieux seins, écouter les battements de mon vieux cœur et y chercher quelque réconfort. J’y vois là une empreinte de l’immuable. Trop souvent, on fuit les vieux et les malades car ils reflètent une vérité terrifiante pour les jeunes et les bien-portants. Trop souvent, ces derniers les évitent ou apparaissent à eux en repentis, en infirmiers, en gentils héritiers d’une histoire qu’ils ignorent ou qu’ils recherchent, en leur jetant de détestables regards de pitié et d’angoisse.

Je suis heureuse que ma fille continue à ne pas me fuir. Qu’elle ne se charge  d’aucune mission à mes côtés, si ce n’est celle d’être là. Je suis heureuse et je suis fière aussi.

 

                J’ai appris la valeur des larmes. Combien de fois me suis-je sentie bien pauvre de ne pouvoir pleurer ? Lorsqu’une espèce de dureté, que je cultivais et confondais avec de la force, envahissait mon pouvoir de sentiment, celui de mes pensées et séchait mes larmes. Lorsque je retenais celles-ci devant un autre regard, par honte ou par pudeur. Lorsque ces gouttes d’eau de mon âme gelaient au contact de mes idées froides et vides. Ou basses.  J’ai donc appris à les respecter, ces larmes, les miennes et celles d’autrui. J’aime aujourd’hui pleurer, sans raison ou pour toutes les raisons du monde.

Je peux fort bien ne pas comprendre les sanglots de ma fille, mais je les aime. Les trouve beaux. Voilà, il y a deux jours, je lui ai offert ma poitrine en honneur aux larmes qu’elle a eu le courage de ne pas me cacher.

 

 

 

 

                                                                                                  

 

 

 

 

 

                Ils sont de grands magiciens ceux qui – de parfaits étrangers – parviennent au travers d’un poème, d’un écrit, de quelques notes et quelques images, à faire pleurer. Ils possèdent la clé de tous les mystères pour atteindre ainsi des eaux si profondes. Ils offrent leur poitrine et leur réconfort sans interrogatoire. Ils plongent en toi, guidés, énigmatiquement intuitifs et visionnaires.

                Tu dois croire à chacun de mes mots et chacune de mes lignes. Sais-tu ? Je ne peux mentir en te contant cela. Mes douleurs sont sincères, mes joies également, justifiées aussi. Et mes peurs, et mes doutes. Ma vie entière transpire la sincérité. Aujourd’hui, je le vois bien. Grâce à cela, je mesure mon enchantement et ma sérénité quotidiens. Non pas grâce à mon âge, gros monstre tissé de références numériques. Non : mais à ma vie, qui n’aura pas été un mensonge.

Tu dois donc me croire.

 

                Ces derniers temps, ces dernières années, je suis un peu plus seule qu’avant. Tu es parti, toi. Comme beaucoup de compagnons et compagnes. Seule : je veux dire moins accompagnée, moins entourée. Etrangement, je me sens bien. Car ma vie n’est pas un mensonge : je suis seule sans être seule. Et je ne souffre pas. Mes os sont mes tortionnaires actuels. Mon cher corps est faible. Mais je ne souffre pas. D’ailleurs, je t’écris. J’aimerais saisir ta main, la sentir, la serrer très fort….jusqu’à la rompre : comme auparavant, lorsque tu te trouvais là. Cela n’est pas possible, alors je t’écris et t’écrire me rend tellement forte !

Que j’en verse des larmes.

Encore une empreinte de l’immuable !

                Les paysages ont changé depuis ton départ. Parfois, mon entendement souffre pour suivre et s’adapter. Imagine le cœur du monde enfermé dans une caisse de verre. Imagine de mauvais génies qui auraient pris possession de la caisse et l’auraient verrouillée. Pour ouvrir, il faut un code, me semble-t-il. Mais ces méchants gnomes le modifient constamment et s’ingénient à le rendre chaque fois un peu plus différent et un peu plus inaccessible. Le verre de la boîte apparaît comme incassable et opaque, nous empêchant ainsi de contempler et saisir le cœur du monde. Te rends-tu compte ? Cela demande tant d’effort ! Deviner les codes d’accès et vaincre  l’opacité du verre.

Mon esprit est moins vif, cependant ces mystères et ces intrigues ne m’effraient pas. Peut-être parce que ma vie n’est pas un mensonge, je parviens à dominer les mauvais génies et à t’écrire. Pour toi et contre eux. Ils sont les seuls capables de nous séparer : cela, je ne le veux pas. Car je serais désormais incapable de pleurer, souffrirais de ma solitude, ma main toute ridée ne tremblerait plus, n’ayant rien à écrire.

                Au diable les mauvais génies, les codes d’accès, les verres opaques ! Pourvu que la maladie de ces vilains gnomes ne nous contamine jamais !

 

par Delphine Alpin-Ricaud publié dans : ECRITS : ROMANS
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Samedi 22 mars 2008

Extrait de la Préface par Michèle PALISSES :

 

                Se mettre dans la peau d’une vieille dame au seuil de la mort, s’ausculter dans toutes les dimensions de son intériorité, comme le fait l’auteur du récit en forme d’oratorio, voilà qui peut sembler une gageure. D’autant plus que c’est une très jeune femme qui tente ici l’exploration.

                Une jeune femme vorace de mots, avide de leur confrontation d’où jaillira la lumière. Et qui se laisse emporter par un malstrom de sensations, d’émotions, d’impressions fugitives, de vérités confusément entrevues, d’intuitions fulgurantes. Ses rares certitudes sont douloureuses, arrachées qu’elles sont au noir terreau de nos humaines contradictions.

                Rien de plus subjectif, donc, que cette « règle de trois » annoncée par le titre.

Rien, en fait, de moins cartésien. Car elle évoque une trinité des origines, celle où s’appréhendent des relations fragiles mais tenaces, d’une complexité à la mesure de miroirs qui les reflètent et les multiplient : relations d’un couple dont les liens se sont distendus, d’une mère avec sa fille, double opaque et pourtant fusionnel.

                Nous sommes invités à partager le besoin d’élucidation d’une conscience, laquelle, pour s’affirmer dans la certitude de son oscillante existence, affronte ses propres démons – la peur, l’angoisse, l’oubli – et retrouve en elle, miraculeusement intacte, l’enfant qu’elle fut et qui ne l’a jamais quittée.

                Possession, obsession, besoin de fusion, frayeur de la séparation, c’est à quoi s’évertue ou s’efforce à remédier ici l’écriture, tant par sa pratique que par sa vocation essentielle qui l’exorcisme, l’élucidation exigeante, l’ouverture à l’autre à travers l’exploration de soi, la communication avec l’être aimé, le ressassement de ce qui a fait jusqu’ici ses secrètes raisons de vivre.

(…)

C’est pourquoi, ne cherchant rien à prouver, sinon à nous faire partager le secret de ses émotions, cette conscience de mère et d’amante essaie de nous restituer dans son tourbillon affectif la richesse et la complexité de sa propre vie intérieure.

                « D’autres ont écrit des lettres, parfois même plus longues que la mienne, si  longue qu’elles sont devenues des livres que les gens normaux achètent avec plus de solennité que du lait », nous confie l’épistolière. 

                Nous sommes là au cœur de sa relation inquiète avec l’homme de sa vie soudain retrouvé à l’autre bout du monde, du double fusionnel qu’elle forme avec sa fille, ce miroir parfait et pourtant mystérieux redevenu le seul reflet d’elle-même.

(…)

William Blake opposait tout en les complétant « chants de l’innocence » et « chants de l’expérience ». A contre-courant du désenchantement actuel et d’une littérature contemporaine souvent désabusée, détachée qu’elle est des forces vives de la nature et du cosmos, Delphine s’abandonne avec délectation, avec ivresse même, au flux vital, à la source onirique qui unifie les contraires. Avec elle nous contemplons l’éternelle jeunesse du monde. Un monde où le tigre de Blake, dans sa férocité ingénue, semble faire partie d’un éden intact comme les fauves du Douanier Rousseau.

 

                                                                                                                                             Michèle PALISSES

 

par Delphine Alpin-Ricaud publié dans : ECRITS : ROMANS
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Samedi 22 mars 2008

CHAPITRE 1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elle s’appelait … Elle s’appelait. J’ai déjà oublié son nom.

Je me souviens qu’un jour Elle m’a pris par la main, dans la rue. Je me souviens que je n’ai pas résisté, ni même pensé. Dès lors, sa main ne m’a plus jamais lâché.

Ce jour-là Elle puait et Elle était mal vêtue. Elle était maigre aussi ce jour là.

Mais Elle souriait d’une façon qui fait, qu’aujourd’hui encore, je me souviens de son sourire. Elle m’a conduit jusqu’à une boulangerie et du doigt m’a montré un de ces immenses sandwichs de pain, de beurre, de jambon et de fromage. Elle n’a pas parlé. Si ce n’est du regard.

Ses yeux. Ses yeux. Mon Dieu ! Ses yeux.

 

Ils hurlaient à la faim.

 

J’ignore encore pourquoi Elle a pris MA main. Il y avait tant de mains qui déambulaient dans la rue, ce matin-là. Beaucoup de mains crispées, parce qu’il était tôt.

Crispées de froid. Crispées de peur. Quelques unes se cachaient derrière la laine des gants, d’autres se dissimulaient dans le fond des manteaux. D’autres osaient affronter l’air froid. Mais toutes demeuraient crispées. Crispées de peur.

 

La sienne était gelée, glacée. Mais elle n’avait pas peur.

Et je t’ai dit déjà qu’elle ne m’a jamais lâché, et j’en sens encore la chaleur. Ce flot de chaleur qui m’inonde en entier, ce soir encore.

Si tu pouvais t’imaginer combien je l’ai aimée dès lors. Combien je l’ai aimée et combien je l’aime. A cet instant du matin, j’ai perdu la mémoire. Et je n’ai jamais plus su qui j’étais. Mais jamais plus je n’ai eu peur.

Crois-moi. Vois ma main. Elle tremble, elle tremble d’amour. Et de joie. Et d’émotion.

Elle transpire, elle transpire, elle transpire d’amour et de tenir sa main à Elle.

 

Nous sommes entrés dans la boulangerie et j’ai demandé le gros sandwich de pain, de beurre, de jambon et de fromage.

Une fois dehors, Elle a jeté le papier d’emballage et a croqué. Ses yeux me remerciaient. Elle a continué à croquer, très lentement. Je ne pouvais plus la laisser. Bien qu’Elle ne m’ait rien demandé, j’ai accepté de lui tenir compagnie… nous étions au petit matin. J’avais un peu froid, pour Elle. Je crois aussi avoir eu envie d’un café, au chaud. Mais j’ai eu peur, pour Elle. J’ai eu peur de la cruauté des gens. Et puis alors qu’Elle entamait la seconde moitié du sandwich, j’ai réalisé qu’en réalité j’avais peur pour moi. Peur qu’Elle prenne ce que je lui offrais pour le reflet de ma compassion. Sauf que je ne ressentais aucune compassion…même si, sur le moment, j’ignorais de quoi il s’agissait exactement…

Ce que je sentais, ce qui m’avait forcé à lui donner la main et à la suivre, à demeurer auprès d’Elle alors qu’Elle dévorait ce gros sandwich jambon-beurre, ce que…je le comprends juste ce soir. Ses yeux, ses mains.

Tout était, tout est dans ses yeux et dans ses mains.

Je ne désirais pas l’aider. Elle devait m’aider.

Et elle m’aida. Elle m’aide.

 

Nous sommes entrés dans un café, un vieux café de la ville. Nous nous tenions par la main.

Je cherchais ses yeux, je cherchais son regard. Mais Elle ne se tourna pas vers moi. Je sentis tout juste une petite pression de sa main.

 

C’était un vieux café tout chaud. Du bois et quelques photos : peu de monde.

Deux vieux.

Un bavard au bar. Qui avala rapidement son croissant.

Nous nous asseyons. Elle est en face de moi et me regarde. Attendant.

Je lui dis que dans moins d’une heure je dois aller au travail. Ce qui est vrai

Elle ne répond pas.

 

Le bavard s’est tu.

Les deux vieux sont déjà morts.

Le bois a disparu.

Il n’y a plus qu’Elle.

Elle et ses yeux.

Sa main.

Qu’elle a rangé sur ses genoux.

 (...)

par Delphine Alpin-Ricaud publié dans : ECRITS : ROMANS
ajouter un commentaire commentaires (2)    recommander
Samedi 22 mars 2008

A perfect day de Lou Reed….Un jour parfait…

Un roman de l’imaginaire et de la magie tout en musique, en couleurs, rempli de saveurs, de sensations, de pas de danse.

Une rencontre entre deux êtres, deux mondes opposés qui se pénètrent juste pour un jour et à la fois pour toujours. Amour, poésie, voyage initiatique.

Juste une journée pour apercevoir la vie telle qu’elle est loin des tracasseries quotidiennes et pour pouvoir aimer le plus purement et le plus librement possible. Pas d’amour romantique mais un amour qui libère.

Juste une journée pour vaincre ses peurs et la mort, la douleur et la souffrance. Retrouver la foi.

Voler juste un peu…comme seul peut le faire un ange.

 

« Et Elle ? Aucune question, je l'ai promis et puis...je suis bien certain d'une chose : Elle est enfouie en moi...Elle est profondément moi.

Je suis son Musicien, Elle danse pour moi et ensemble nous écoutons le rire des enfants.

 

Ce matin-là, je n'ai pas peur. J'ai vécu, entièrement vécu. Je ne suis pas si seul. Je suis aimé. J'aime. »

 

Delphine Alpin-Ricaud

par Delphine Alpin-Ricaud publié dans : ECRITS : ROMANS
ajouter un commentaire commentaires (3)    recommander

INTRO....

Somewhere in the world...

Selon vous...

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog
 
Blog : Humour sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus