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  • : Jour après jour, se découvrir...nous sommes tout petits petits petits...mais nous SOMMES...et ça, c'est grand!!!
Mercredi 23 juillet 2008

 Dignité humaine si l'on veut...
La dignité humaine ne tombe pas du ciel. Être un Homme, un vrai, est un apprentissage du quotidien, une découverte de soi face au monde, à la société, l'inéluctable.
C'est savoir que le monde des autres humains est grand et qu'il y aura toujours plus riche et plus pauvre que soi, plus bête et plus intelligent, plus heureux et plus malheureux. Alors à quoi bon être envieux ou pleurer sur soi-même? Mieux vaut regarder ceux qui ont plus en se disant que c'est possible, et qu'ils sont une émulation.
Le monde est ce qui arrive.
Être digne c'est être libre.
A quoi bon avoir une maison et deux enfants si l'on n'aime plus sa femme ou son mari ?
A quoi bon faire la fête tous les week-end si l'on est incapable d'être seul ?
Être libre c'est refuser de se soumettre à une dictature, quelle qu'elle soit : celle des bien-pensants, celle de ceux qui se donnent bonne conscience, celle du pouvoir économique, celle de la peur, de la religion, de tous les politiques, d'un groupe, que sais-je encore ? Il y en a tellement ! Être digne et libre, c'est être Un. Agir en s'écoutant à soi-même, peu importe les critiques, les jugements, les avertissements, mais à condition d'avoir appris auparavant à être authentique.
A quoi bon juger ou condamner les autres si l'on ne s'est soi-même jamais remis en cause ?
A quoi bon critiquer le vote de quelqu'un si l'on prétend combattre pour la démocratie ?
A quoi bon se battre pour l'égalité des hommes et des femmes si l'on n'accepte pas leurs différences?
Notre société moderne est devenue une marmite bouillante de communication, mais on y emploie trop souvent les mots à tort et à travers. On parle beaucoup mais on ne pense pas. Gaver un peuple de choses agréables, de confort, de plaisir a les mêmes résultats que les horreurs d'une dictature de la peur : l'Homme ne pense plus.
Finalement, nous mourrons tous, peu importent nos croyances et nos certitudes. Alors pourquoi ne pas chercher un sens à tout cela en vivant dignement? On nous vend le bonheur comme une valeur absolue, notion bien moderne finalement, mais la douleur, la tristesse, le désespoir forment aussi partie de la vie. Tout comme les moments de joie, de rire et sérénité. Accepter les échecs, les erreurs, les imperfections de notre pauvre condition d'humains, c'est également se libérer.
Pourquoi aimerai-je cet homme là plutôt qu'un autre? Parce que j'ai peur d'être seule? Parce que j'ai besoin d'être aimée? Parce qu'il a une bonne position sociale? Ou tout simplement parce que je choisis d'être avec lui pour tout un tas de raisons qui font que mon cœur et mes pensées sont enfin en paix.
Qui suis-je pour critiquer un ami? Au mieux je peux le conseiller, mais jamais penser que je ferais mieux que lui.
Être digne, être libre c'est se regarder dans le miroir en se disant que le peu que l'on réussit à faire sur cette terre est accompli avec tout notre être : selon nos passions, nos besoins primordiaux, nos rêves, nos aspirations les plus profondes.
Si cela me fait du bien d'écrire, pourquoi n'écrirai-je pas?
Si cela me fait du bien d'aimer telle ou telle personne, pourquoi ne l'aimerais-je pas?
Pourquoi est-ce devenu tellement étrange de rencontrer des personnes qui rient de bon cœur? Qui, par leur rire et leur humour vous redonne envie de vivre. Rire de soi et des autres, c'est aussi être digne et libre. Faut-il donc être sérieux pour que l'on dise de vous que vous êtes sérieux et responsable?
La dignité et la liberté existent bel et bien, mais pour cela il faut d'abord apprendre à être sensible comme un véritable être humain dans ce monde de fous.
Et savoir remercier humblement une belle musique, une belle phrase, un geste d'amour, un geste d'amitié,....

par Del publié dans : COUPS DE PLUMES SUR communauté : Les Joyeux Lurons
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Vendredi 11 juillet 2008

J'ai découvert Stig Dagerman à dix-huit ans.
Il était là, posé sur une pile de livres dans la librairie du Louvre. J'ai saisi le fascicule d'une quinzaine de pages, par hasard, juste parce que le titre me plaisait: «Notre besoin de consolation est impossible à rassasier».
C'était un soir. Je me souviens qu'après nous sommes allés manger une salade dans une brasserie du coin, avec l'ami de la prépa qui m'accompagnait. Depuis, ce petit bouquin ne m'a jamais quitté, et son auteur non plus. J'ai fait un mémoire sur ce Stig Dagerman publié très tard en France, je suis partie en Suède sur ses traces, et il me hante encore cet écrivain de l'après-guerre qui prônait l'authenticité comme clé de notre existence d'êtres humains. Il jouait avec la mort pour mieux s'approcher de cette vérité qui nous tient tous au ventre et fait de nous ce que nous sommes.
Je vous fait partager ce texte car il me semble qu'il est important, tout comme l'œuvre de Dagerman d'ailleurs.
A citer: L'île des condamnés, Le Serpent, L'enfant brûlé,...

A lire et à relire absoument!

 

 

Notre besoin de consolation est impossible à rassasier (1952)
de Stig Dagerman (1923-1954)
Traduit du suédois par Philippe Bouquet.
Ed. Actes Sud.

 

«Je suis dépourvu de foi et ne puis donc être heureux, car un homme qui risque de craindre que sa vie soit une errance absurde vers une mort certaine ne peut être heureux. Je n'ai reçu en héritage ni dieu, ni point fixe sur la terre d'où je puisse attirer l'attention d'un dieu : on ne m'a pas non plus légué la fureur bien déguisée du sceptique, les ruses de Sioux du rationaliste ou la candeur ardente de l'athée. Je n'ose donc jeter la pierre ni à celle qui croit en des choses qui ne m'inspirent que le doute, ni à celui qui cultive son doute comme si celui-ci n'était pas, lui aussi, entouré de ténèbres. Cette pierre m'atteindrait moi-même car je suis bien certain d'une chose : le besoin de consolation que connaît l'être humain est impossible à rassasier.

En ce qui me concerne, je traque la consolation comme le chasseur traque le gibier. Partout où je crois l'apercevoir dans la forêt, je tire. Souvent je n'atteins que le vide mais, une fois de temps en temps, une proie tombe à mes pieds. Et, comme je sais que la consolation ne dure que le temps d'un souffle de vent dans la cime d'un arbre, je me dépêche de m'emparer de ma victime.

Qu'ai-je alors entre mes bras?

Puisque je suis solitaire : une femme aimée ou un compagnon de voyage malheureux.
Puisque je suis poète : un arc de mots que je ressens de la joie et de l'effroi à bander.
Puisque je suis prisonnier : un aperçu soudain de la liberté. Puisque je suis menacé par la mort : un animal vivant et bien chaud, un cœur qui bat de façon sarcastique. Puisque je suis menacé par la mer : un récif de granit bien dur.

Mais il y a aussi des consolations qui viennent à moi sans y être conviées et qui remplissent ma chambre de chuchotements odieux : Je suis ton plaisir – aime-les tous ! Je suis ton talent – fais-en aussi mauvais usage que de toi-même ! Je suis ton désir de jouissance – seuls vivent les gourmets ! Je suis ta solitude – méprise les hommes ! Je suis ton aspiration à la mort – alors tranche !

Le fil du rasoir est bien étroit. Je vois ma vie menacée par deux périls : par les bouches avides de la gourmandise, de l'autre par l'amertume de l'avarice qui se nourrit d'elle-même. Mais je tiens à refuser de choisir entre l'orgie et l'ascèse, même si je dois pour cela subir le supplice du gril de mes désirs. Pour moi, il ne suffit pas de savoir que, puisque nous ne sommes pas libres de nos actes, tout est excusable. Ce que je cherche, ce n'est pas une excuse à ma vie mais exactement le contraire d'une excuse : le pardon. L'idée me vient finalement que toute consolation ne prenant pas en compte ma liberté est trompeuse, qu'elle n'est que l'image réfléchie de mon désespoir. En effet, lorsque mon désespoir me dit : Perds confiance, car chaque jour n'est qu'une trêve entre deux nuits, la fausse consolation me crie : Espère, car chaque nuit n'est qu'un trêve entre deux jours.

Mais l'humanité n'a que faire d'une consolation en forme d'esprit : elle a besoin d'une consolation qui illumine. Et celui qui souhaite devenir mauvais, c'est-à-dire devenir un homme qui agisse comme si toutes les actions étaient défendables, doit au moins avoir la bonté de le remarquer lorsqu'il y parvient.

(...)

Je peux remplir toutes mes pages blanches avec les plus belles combinaisons de mots que puisse imaginer mon cerveau. Étant donné que je cherche à m'assurer que ma vie n'est pas absurde et que je ne suis pas seul sur la terre, je rassemble tous ces mots en un livre et je l'offre au monde. En retour, celui-ci me donne la richesse, la gloire et le silence. Mais que puis-je bien faire de cet argent et quel plaisir puis-je prendre à contribuer au progrès de la littérature – je ne désire que ce que je n'aurai pas : confirmation de ce que mes mots ont touché le cœur du monde. Que devient alors mon talent si ce n'est une consolation pour le fait que je suis seul – mais quel épouvantable consolation, qui me fait simplement ressentir ma solitude cinq fois plus fort !

(...)

Je ne possède pas de philosophie dans laquelle je puisse me mouvoir comme le poisson dans l'eau ou l'oiseau dans le ciel. Tout ce que je possède est un duel, et ce duel se livre à chaque minute de ma vie entre les fausses consolations, qui ne font qu'accroître mon impuissance et rendre plus profond mon désespoir, et les vraies, qui me mènent vers une libération temporaire. Je devrais peut-être dire : la vraie car, à la vérité, il n'existe pour moi qu'une seule consolation qui soit réelle, celle qui me dit que je suis un homme libre, un individu inviolable, un être souverain à l'intérieur de ses limites.

Mais la liberté commence par l'esclavage et la souveraineté par la dépendance. Le signe le plus certain de ma servitude est ma peur de vivre. Le signe définitif de ma liberté est le fait que ma peur laisse la place à la joie tranquille de l'indépendance. On dirait que j'ai besoin de la dépendance pour pouvoir finalement connaître la consolation d'être un homme libre, et c'est certainement vrai. A la lumière de mes actes, je m'aperçois que toute ma vie semble n'avoir eu pour but que de faire mon propre malheur. Ce qui devrait m'apporter la liberté m'apporte l'esclavage et les pierres en guise de pain.

(...)

Mais, venant d'une direction que je ne soupçonne pas encore, voici que s'approche le miracle de la libération. Cela peut se produire sur le rivage, et la même éternité qui, tout à l'heure, suscitait mon effroi est maintenant le témoin de mon accession à la liberté. En quoi consiste donc ce miracle ? Tout simplement dans la découverte soudaine que personne, aucune puissance, aucun être humain, n'a le droit d'énoncer envers moi des exigences telles que mon désir de vivre vienne à s'étioler. Car si ce désir n'existe pas, qu'est ce qui peut alors exister ?

(...)

Mais tout ce qui m'arrive d'important et tout ce qui donne à ma vie son merveilleux contenu : la rencontre avec un être aimé, une caresse sur la peau, une aide au moment critique, le spectacle du clair de lune, une promenade en mer à la voile, la joie que l'on donne à un enfant, le frisson devant la beauté, tout cela se déroule totalement en dehors du temps. Car peu importe que je rencontre la beauté l'espace d'une seconde ou l'espace de cent ans. Non seulement la félicité se situe en marge du temps mais elle nie toute relation entre celui-ci et la vie.

(...)

Par contre il n'est pas en mon pouvoir de rester perpétuellement tourné vers la mer et de comparer sa liberté avec la mienne. Le moment arrivera où je devrai me retourner vers la terre et faire face aux organisateurs de l'oppression dont je suis victime. Ce que je serai alors contraint de reconnaître, c'est que l'homme a donné à sa vie des formes qui, au moins, en apparence, sont plus fortes que lui. Même avec ma liberté toute récente je ne puis les briser, je ne puis que soupirer sous leur poids. Par contre, parmi les exigences qui pèsent sur l'homme, je peux voir lesquelles sont absurdes et les quelles sont inéluctables. Selon moi, une sorte de liberté est perdue pour toujours ou pour longtemps. C'est la liberté qui vient de la capacité de posséder son propre élément. Le poisson possède le sien, de même que l'oiseau et que l'animal terrestre. Thoreau avait encore la forêt de Walden – mais où est maintenant la forêt où l'être humain puisse prouver qu'il est possible de vivre en liberté en dehors des formes figées de la société?

Je suis obligé de répondre : nulle part. Si je veux vivre libre, il faut pour l'instant que je le fasse à l'intérieur de ces formes. Le monde est donc plus fort que moi. A son pouvoir je n'ai rien à opposer que moi-même – mais, d'un autre côté, c'est considérable. Car, tant que je ne me laisse pas écraser par le nombre, je suis moi aussi une puissance. Et mon pouvoir est redoutable tant que je puis opposer la force de mes mots à celle du monde, car celui qui construit des prisons s'exprime moins bien que celui qui bâtit la liberté. Mais ma puissance ne connaîtra plus de bornes le jour où je n'aurai plus que le silence pour défendre mon inviolabilité, car aucune hache ne peut avoir de prise sur le silence vivant.

Telle est ma seule consolation. Je sais que les rechutes dans le désespoir seront nombreuses et profondes, mais le souvenir du miracle de la libération me porte comme une aile vers un but qui me donne le vertige : une consolation qui soit plus qu'une consolation et plus grande qu'une philosophie, c'est-à-dire une raison de vivre

 

 

 

par Del publié dans : COUPS DE PLUMES SUR communauté : Les Joyeux Lurons
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Mercredi 9 juillet 2008

A tous ceux qui cherchent.....

Idéalité


Je suis amoureux de toi, mais tu n'existes pas.
Je te désire, j'ai envie de toi, et tu n'es pas là.
Tu es ma raison, ma raison de vivre.
Et, même, si tu existes, existes dans les livres.
J'ai comme l'impression, que tu es mon but.
Ainsi je garde espoir, et toujours, je lutte.

Louis Bayard (De l'affliction naît l'espérance)


Découvrez Jacques Brel!
par Del publié dans : COUPS DE PLUMES SUR communauté : Les Joyeux Lurons
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Jeudi 3 juillet 2008
 Il faut avoir des rêves dans la vie. Laissez-la faire, elle se chargera de les réaliser, vous n'aurez rien d'autre à faire que d'être vous-même.

          Plus qu'une semaine, il ne manquait plus qu'une semaine! Nerveuse, Yoli retouchait légèrement son maquillage. Elle avait rendez-vous chez la manucure et déjà, pressentait qu'elle arriverait en retard. Cela faisait une année qu'elle vivait dans une permanente anxiété: Ruben l'avait demandée en mariage le soir même de la victoire du Barcelona sur le Real Madrid. Certes il était ivre ce soir-là, mais il était aussi son petit ami depuis dix ans maintenant, et Yoli n'avait jamais douté un seul instant qu'il serait le père de ses enfants. Malgré le dur labeur de l'organisation des noces, Yoli savait que son petit nuage la transportait droit vers le bonheur....La liste des invités, la robe, ne pas grossir, les fleurs, le restaurant,....elle avait tout organisé avec la conscience d'une perfectionniste. A présent, seuls quelques malheureux jours la séparaientt du plus beau jour de sa vie!
Elle prit le taxi qui la conduirait chez la manucure. Son téléphone sonna. Elle décrocha. Une voix inconnue, angoissée et féminine lui répondit.
- Yoli?
- Oui...
- Je suis Itsaso, je sors avec ton fiancé depuis sept mois maintenant. Je voulais juste que tu saches qu'il te trompe et que c'est un vrai salop!
- Impossible! Pauvre hystérique!
- Si tu me crois pas...viens demain soir au Restaurant de la Plage, nous avons rendez-vous pour dîner.....
Yoli laissa tomber l'appareil. Les larmes couvrirent ses yeux, une sombre colère envahit son cœur, une sourde angoisse la fit trembler des pieds à la tête. Elle ne pouvait croire une chose pareille et préféra détester Itsaso plutôt que de se voir un seul instant cocue à six jours de son mariage, trahie par l'homme qu'elle aimait.
Elle ne dormit pas de la nuit. Ses beaux ongles bien taillés la faisait enrager. Ruben rentra tard, elle sentit sa présence mais fit semblant de dormir.

        Itsaso attendait l'heure du dîner, plongée dans un maelström d'impatience et de crainte. Pourvu que cette Yoli vienne! Cette troisième personne présente depuis des mois, ce fantôme innocent qui faisait qu'elle n'était que la seconde. Elle avait découvert il y a seulement deux mois que Ruben allait se marier, une de ses amies avait enquêté et le lui avait affirmé. Lorsqu'elle avait demandé des explications au fiancé, celui-ci lui avait juré son amour le plus profond. Il ne se marierait pas! Il était fou amoureux d'elle! Mais les semaines avaient passé et la date du mariage continuait à exister. Elle mit sa belle robe rouge, celle qui plaisait tant à Ruben. Elle lissa ses cheveux. Se maquilla, pour une fois avec soin. Elle n'avait pas fermé l'œil de la nuit. Cela avait été difficile d'appeler Yoli, que faire d'autre? Comment allait réagir Ruben?
Yoli poussa la porte du restaurant. Elle se cacha d'abord derrière l'énorme plante verte qui dissimulait le porte-parapluie, puis chercha Ruben du regard dans toute la salle. Ce fut Itsaso qu'elle aperçut d'abord, l'autre était de dos. Il portait la chemise de soie de de leur neuvième anniversaire, la rouge, celle qui valait cent cinquante  euros !
Yoli bondit vers l'homme de sa vie. Sur son passage, elle renversa un serveur, deux plateaux de fruits de mer, un vase en porcelaine, semant la stupeur et le désarroi chez les clients et les employés du restaurant.
Itsaso la vit et son cœur battit fort. Elle but un peu de vin, juste à temps pour savourer le cri de rage de Yoli:
- Espèce de salop! C'est qui elle?
Tous les regards, même celui du pékinois de la dame assise à la table vingt-sept, se tournèrent vers la chemise rouge.
- Je ne la connais pas celle-là!, affirma Ruben avec beaucoup d'aplomb.

         Voilà donc comment Ruben devint eunuque, voyagea longtemps et finit par trouver du travail chez un prince d'Arabie Saoudite, au milieu d'un merveilleux harem foisonnant de princesses aux chaires généreuses.
Il réalisa ainsi son rêve de toujours.

La vie est juste!
Croyez-moi. Soyez-vous même.

 

 

par Del publié dans : COUPS DE PLUMES SUR communauté : L'écriture dans tous ses états
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Vendredi 27 juin 2008

Je me souviens d'un mot, parmi tous ceux que j'ai eu à chercher dans le dictionnaire - Larousse, Ed. 1972, je l'utilise encore! - au cours de mes lectures, un mot qui a attiré mon attention, un soir, et que je n'ai jamais oublié. 
A  quelle occasion ai-je donc rencontré le mot alacrité ? J'étais jeune, très jeune, et je lisais beaucoup. Quels étaient  donc l'auteur et le roman?
Toujours est-il qu' Alacrité et moi ne nous sommes jamais quittés! De la fin de l'école primaire jusqu'à maintenant, j'ai toujours pris plaisir à le glisser dans mes écrits: rédactions, dissertations, romans, nouvelles, je l'ai toujours fait apparaître tel un porte bonheur, un grigri fidèle et magique.
Est-il possible d'avoir une relation affective avec un mot ? Est-il possible de le faire sien, de le garder en soi pour toujours, de ne jamais l'abandonner dans les greniers poussiéreux de la mémoire, de lui redonner donner vie à chaque écrit, de croire qu'il nous fera du bien simplement en apparaissant ?
Voilà, vous connaissez mon mot fétiche et c'est un secret intime que je livre là ! Croyez-moi je ne parle pas d' alacrité avec tout le monde, il faut le mériter....

Alacrité : du latin alacritas (ardeur). Nom féminin. Signifie allégresse, enjouement, entrain, vivacité entraînante.
Antonyme: acrimonie.

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Mardi 3 juin 2008

 L'une des questions souvent posée est: «Si vous deviez partir pour toujours sur une île déserte et que vous aviez le droit à emporter un seul livre, lequel choisiriez-vous?».

Je n'ai jamais pu répondre à cette question. D'abord, parce que je sais pertinemment que la situation ne se produira jamais, et ensuite parce que je suis incapable de choisir entre tous mes ouvrages préférés. Je n'ai pas de bible que je me vois lire et relire jusqu'à la fin de mes jours, à l'ombre d'un cocotier, entre deux poissons grillés, un apéritif à la noix de coco, et mes bavardages avec les animaux de l'île, devenus mes seuls amis.

Ce genre de questions est stupide. Tout comme lorsqu'on demande aux petits enfants sur un ton mielleux et abruti:
- Alors, c'est qui que tu préfères? Ton papa ou ta maman?

Bien sûr, il y a deux ou trois auteurs auquel je pense: Stig Dagerman, à la recherche de qui je suis partie en Suède et dont je suis tombée amoureuse, est l'un d'entre eux. Ou bien, je choisirais l'ouvrage d'un philosophe bien compliqué, que je déchiffrerai très lentement, jour après jour. J'ai toujours beaucoup aimé Hegel.
En dernier recours, j'essaierais de négocier une variante: pas de livre, mais de quoi écrire jusqu'à la fin de ma vie. Si la négociation échoue, je me consolerais alors en me disant qu'une fois sur mon île, je graverai les écorces des arbres avec les mots d'un roman interminable. Ce roman deviendra un best-seller, un second Robinson Crusoé, que l'on découvrira à côté de mon squelette brûlé par le soleil. Car, bien sûr, les secouristes et les éditeurs ne me découvriront qu'après ma mort.
Tiens, un livre sur l'humour, ce ne serait pas mal aussi....Un Desproges. Oui, Desproges pour compagnie, voilà qui me ravirait. Au moins, je n'oublierai pas de rire avec lui! Car il m'en faudra de l'humour, toute seule, là-bas sur cette île du malheur.
Quelle question horrible, angoissante, perfide, désolante, inhumaine. Je tremble simplement en y songeant.

Heureusement que l'humour nous sauve des îles désertes.

Si j'ai appris une chose dans ma vie, c'est bien que les gens qui n'ont pas d'humour sont dangereux.
Ils sont à fuir comme la peste. Malgré tout, parfois, la fuite est impossible! Pensez à un chef de service, un policier, un client, un huissier, un banquier, un professeur, une belle-mère, qui sais-je....
Je vous propose alors un petite prière pour oublier l'horreur de la situation:

 

«Oh! Humour, dernier recours des saints d'esprits,
J'implore ton aide, moi, pauvre être humain démuni,
Depuis toujours condamné à rire
Pour moins souffrir.
Aide-moi! Car j'ai devant moi un méchant bonhomme
Qui se prend pour un Surhomme                                         
Et qui voudrait me faire croire que son sérieux
Est ce qui se fait de mieux, qu'il est un Dieu!
Oh ! Humour, dernier recours des sains esprits,
Aide-moi à rire de lui, à rire de moi.
Je suis ton humble serviteur pour la vie,
Alors arrête de rire et sors moi de là!»

 

«Les enchaînés voient s'ouvrir devant eux...un monde imaginaire mais souverain: l'humour»
Hermann Hesse, Le loups des steppes

 

 

 

par Del publié dans : COUPS DE PLUMES SUR communauté : LA PLUME D'ECRIVAINS
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Dimanche 1 juin 2008

      Il pleut tellement dehors...il pleut depuis trop de jours, moi qui rêve depuis si longtemps de soleil! Il fait froid aussi, enfin frais. Donc pour me réchauffer un peu, j'ai décidé d'écrire sur l'amitié. Un simple mot de la vie quotidienne, derrière lequel se cachent surtout quelques personnes, lesquelles je remercie  de m'avoir inspiré ces lignes.

     Je pourrais chanter Brassens pour tout résumer, ou bien citer des extraits de grands textes écrits par de grands auteurs. Cependant, sans aucune prétention, ni même l'espoir de faire aussi bien qu'eux, je vais essayer de me dépatouiller avec mes propres mots.
Il y a concentrés dans l'amitié tous les mystères de l'amour. Par modestie, elle n 'en porte pas le nom mais elle ne saurait dissimuler sa véritable nature amoureuse. Comme les femmes qui ont un vrai charme, une vraie beauté, et qui s'amusent à simplement la laisser deviner. L'amitié est une femme, une mère, une sœur. L'amitié n'exige pas de contrat de mariage, la société n'a pas besoin de l'emprisonner, elle naît et s'éteint d'elle-même, ou ne s'éteint jamais d'ailleurs...comme le véritable amour.
Dès l'enfance, elle m'a ouvert les portes du monde. Dès l'enfance, j'ai toujours au moins croisé un ami. Dès l'enfance, j'ai appris à aimer au moins un étranger et à l'inviter dans ma vie comme s'il était de ma famille. L'hospitalité est l'une des conditions de l'amitié. Mon chez moi a souvent été en désordre mais mes amis ne m'en ont jamais tenu rigueur; contrairement aux amoureux, ils n'ont jamais exigé la perfection mais juste les flammes de ce feu de cheminée béni, auprès duquel, si souvent, ils sont venus se réchauffer. Parfois, lorsque j'ai manqué de bois et de force pour rallumer le feu, transie de froid, je suis allée frapper à leurs portes. Et ils m'ont accueillie. Chaque fois! Je dis bien chaque fois!
En grandissant nous devenons compliqués, et nos histoires d'amitié en pâtissent un peu. La vie d'adulte laisse peu de temps pour l'insouciance, elle nous angoisse, nous poursuit, nous accable, nous contraint à devoir résoudre des problèmes toujours plus nombreux, toujours plus complexes. Mais quel bonheur d'avoir alors ces quelques personnes à qui penser et qui n'attendent qu'une seule chose: nous apporter leur aide! Juste par amitié, juste par amour.
Ils sont juste deux ou trois ceux qui me sont véritablement intimes, nous nous voyons peu, nous nous parlons une fois de temps en temps mais je ne doute jamais de leur présence.
Et puis il y a tous les autres.....ceux qui ont trahi, ceux qui ont fait mal, ceux qui n'ont pas su aimé pour de vrai, ceux qui ne voulaient que les avantages, ceux qui sont trop égoïstes, ceux à qui j'ai failli. Il y a aussi ceux qui ont disparu dans le temps et qui demeurent dans le cœur. Puis, ceux qui n'ont été que de rapides et courts voyages, mais dont on se souvient avec tendresse.

       Les vraies amitiés sont magiquement éternelles. 

Chacun de mes amis reflètent une petite partie de moi. Pourvu surtout qu'ils ne soient pas comme moi! Si un jour je les réunissais tous dans une grande maison, je suis certaine qu'ils ne s'entendraient même pas entre eux! Mais qu'importe! Moi je les aime tous! Ils sont tous un peu moi, et je suis un peu eux aussi.
Jeu de miroir...entre ceux qui savent aimer.

       La véritable amitié est aussi rare que le véritable amour. Elle n'est pas un dû mais un don. Un mystérieux trésor de l'âme humaine.
La pluie peut bien tomber maintenant.....
Merci à mes amis! Et à mon frère aussi, à qui j'ai toujours pu parler comme un ami, le meilleur sans doute.
Merci à mes futurs amis!
Vous ignorez certainement tout ce que vous êtes capables de me donner.

NB : Le
cadeau précieux d'un ami au réveil.

 

 

 

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Vendredi 23 mai 2008
 Je voudrais aujourd'hui offrir une merveilleuse réflexion sur l'acte créatif. C'est un cadeau pour mes amis poètes, qu'ils soient écrivains, peintres, sculpteurs, tailleurs de pierre, musiciens....,et pour tous ceux qui célèbrent au quotidien l'amour de la création.
C'est un grand maître qui s'exprime.
Et je me tais devant la noblesse et la grandeur de ces lignes.

 

Rainer Maria RILKE
Extrait de Lettres à un jeune poète.

 

«(...) Vous me demandez si vos vers sont bons. Vous me le demandez. Vous l'avez demandé à d'autres déjà. Vous les envoyez à des revues. Vous les comparez à d'autres poèmes et vous vous inquiétez de voir certaines rédactions refuser vos essais. Eh bien (...) je vous en prie, renoncez à tout cela. Vous regardez vers le dehors et c'est là surtout ce que vous devriez éviter de faire pour l'instant. (...) Une seule voie vous est donnée. Descendez en vous-même. Cherchez d'où vous vient ce besoin d'écrire; sentez s'il plonge ses racines au plus profond de votre cœur. Confessez-vous: n'aurais-je plus qu'à mourir si l'on m'interdisait d'écrire? (...) Et si cette réponse sonnait comme un «oui», si vous pouviez accueillir cette grave interrogation d'un «je le dois» dit avec force et simplicité, bâtissez alors votre vie selon cette exigence inéluctable.
(...) Gardez-vous donc des thèmes généraux d'inspiration pour recourir à ceux que votre vie quotidienne vous propose. Évoquez vos tristesses et vos désirs, vos pensées fugaces et votre foi en quelque beauté. Mettez à les décrire toute votre sincérité, humble, paisible et profonde. (...) Si votre existence quotidienne vous semble pauvre, ne vous en prenez point à elle, mais à vous-même. Dites-vous que vous n'êtes pas assez poète pour en faire surgir les richesses, car aux yeux d'un créateur il n'y a pas de pauvreté, pas de lieu pauvre et dénué d'attirance. (...)
Une œuvre d'art est bonne si elle est née d'une nécessité. C'est cette origine même qui en décide: il n'est pas d'autre critère. Et voilà pourquoi, cher monsieur, je ne saurais vous donner d'autre conseil que celui-ci: descendez en vous, scrutez les profondeurs d'où jaillit votre vie. A sa source même, vous trouverez réponse à cette question: Dois-je vraiment créer? Accueillez-la telle qu'elle retentit en vous-même, sans vouloir l'interpréter. Peut-être apparaîtra-t-il que vous êtes appelé à devenir un artiste. Alors chargez-vous de votre destinée et portez-là, faix et grandeur, sans attacher le moindre prix à toute récompense qui pourrait vous venir du dehors. Car celui qui crée doit être pour lui-même un univers, trouver tout en lui-même et dans la nature avec laquelle il a lié commerce.»

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Mardi 20 mai 2008
 Lettre sur la beauté humaine.

 

Je suis une grande pessimiste quant au sort de l'être humain et vous ne me consolerez pas avec la liste des bonnes intentions de certains.

Je ne comprendrai jamais pourquoi l'Homme virevolte avec toujours autant d'aisance depuis des millénaires, entre le pire et le meilleur. Quant à moi, je passerai certainement ma vie à chasser de mon inconscient les notions de bien, de mal et de faute, inscrites dans mes gènes par des siècles de religion assassine. Je chercherai jusqu'à la fin mon essence, l'ordre nécessaire qui donnera un sens à ma petite vie.

A mes enfants - je déteste l'idée de ne pas faire d'enfant sous prétexte de fin du monde, je rêve que nos enfants, riches de nos erreurs, puissent me prouver que j'ai tort d'être pessimiste -, je ferai lire cette lettre.
Sur la beauté humaine.

Il faudra qu'ils sachent, mes enfants, qu'il y a dans chaque être qu'ils croiseront une once de beauté, même chez le pire d'entre eux. Malheureusement, cette once est trop souvent enfouie sous des tonnes de peur et de souffrance qui rendent dangereux un nombre incalculable d'individus.

La beauté est dans la vie même, dans cet univers indéchiffrable qui nous a vu naître et nous verra mourir. Nous avons été largué là par un étrange destin et nous n'en trouverons l'issue qu'à notre mort. Ce monde devient effrayant lorsque l'Homme s'entête à craindre ses faiblesses, à nier ses tristesses, à désirer être le maître de tout ce qui ne lui appartient pas, à tuer par simple crainte d'être tuer, à s'inventer des ennemis pour justifier ses propres murailles, à ne pas savoir aimer par fainéantise et résignation.

Le Beau est universel. Comme toutes les perfections et toutes les quêtes, il est rare. Pourtant, il flotte partout, il rampe sous nos pieds, il explose dans nos cœurs. Étrange paradoxe d'une humanité qui aime souffrir.
Notre époque moderne n'est pas belle. Elle est le fruit de la prétention humaine. Qu'y a-t-il de beau à cloner un lapin? Cette époque n'est pas belle, car elle va trop vite : une invention en chasse une autre à chaque seconde, un nouveau contrat commercial en efface un autre à chaque minute. Il n'y a plus de poignées de main en guise de pacte scellé: l'Homme a peur de l'Homme. Or, la beauté est intemporelle. Immuable. Elle ne confond pas outils et raisons de vivre.
Je voudrais que mes enfants sachent combien il est bon de grandir. Bien sûr, leur société voudra leur faire croire le contraire. Elle les enfermera dans de fausses identités et de faux rôles. Ils se sentiront alors angoissés, oppressés, soumis à des tensions inhumaines. Mais j'aimerais leur apprendre que tout cela est faux. La vraie beauté n'est pas dans la réussite sociale. Ni dans leur couleur de peau. Ni dans leur langue maternelle. Ni dans les mensurations de nos vedettes nationales. Ils devront savoir être beaux dans leur société. Aussi méchante soit-elle!

S'ils pouvaient se méfier de la médiocrité, mes enfants! S'ils pouvaient ignorer les supercheries des anciens et nouveaux prêtres! S'ils pouvaient garder leur pureté! S'ils pouvaient s'éloigner assez - pas fuir, mais juste garder une sage distance - de toute la pourriture semée par certains! S'ils pouvaient savoir se laver des souillures des lâches et éviter les crachats des faux dieux! Je ne leur souhaite que cela. Ils sauront survivre. Mieux, ils sauront Vivre.

Elle existe la Beauté humaine, je la connais, je sais la reconnaître.
Elle rythme avec authenticité, amour, humour, rire, tendresse, espoir, création.

Moi aussi je suis capable du pire comme du meilleur. Mais je ne me trouve belle que lorsque je m'éloigne un peu des rives dangereuses, pour rejoindre d'autres rives plus douces, plus libres, moins polluées par l'idiotie et la crétinerie.

Je graverai dans la pierre le rire de mes enfants pour qu'ils se rappellent toujours le premier indice de la beauté humaine.
Je leur apprendrai à lire, pour qu'ils sachent déchiffrer les plus beaux poèmes et les plus beaux textes.
Je leur apprendrai à voir, pour qu'ils puissent s'émouvoir devant les plus belles peintures, les plus belles photos, les plus beaux paysages, les plus beaux regards.
Je leur apprendrai à marcher seuls, pour qu'ils savent trouver de beaux compagnons de route. Et ne se fatiguent jamais de chercher.
Je leur apprendrai à écouter les plus belles musiques et les plus beaux silences, les paroles de sages et le chant des oiseaux.
Je leur apprendrai à toucher la main de l'inconnu. A aimer caresser l'être aimé.
Je leur apprendrai à penser, à rêver à leur propre excellence!

J'espère aussi pouvoir leur apprendre à aimer la vie malgré tout. Et à continuer à jouer avec elle, comme le font tous les enfants, innocemment. Comme moi ils se mettront en colère, détesteront, souffriront, se feront du mal, seront trompés, bafoués, injuriés.
Mais cela n'empêche rien. L'extase existe. L'amour existe. Les poètes existent.
L'humour aussi.

Et la vie est belle!
Mais nous sommes trop souvent trop cons pour nous en apercevoir!

Mes enfants liront cette lettre...peut-être qu'il recevront mon don.

Et que dans quelques années, en lisant dans mes yeux de vieille un peu abrutie par une vie trop intense, ils y reconnaîtront ces lignes.

 

par Del publié dans : COUPS DE PLUMES SUR communauté : Ecrire
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Samedi 17 mai 2008
 «Il y en a qui ont le cœur si vaste qu'ils sont toujours en voyage»
Jacques Brel
(Extrait du film: Un idiot à Paris)

 

Le voyage, le premier des vices, après la lecture et l'écriture, qui m'a capturée très tôt. Un mot noble, une pensée philosophique, que trop réduisent à des cartes postales ou à des billets d'avion.

C'est à la mode de voyager, dans une société de loisir démocratisée, dans laquelle celui qui n'a jamais pris l'avion passe pour un crétin. C'est à la mode, dans une société stressée, qui a besoin de cocotiers et de plages. C'est à la mode, dans une société prétentieuse, qui a oublié qu'il y a quelques années de cela, ses parents trop pauvres n'y avaient pas droit. L'essence du voyage n'est donc pas actuelle, elle est implicite à l'être humain, elle n'a rien à voir avec le plaisir mais elle est d'abord une nécessité.
Du cœur et de l'esprit.
Nos ancêtres partis émigrer en Amérique sont-ils des voyageurs? Non. Ils ont voyagé parce qu'ils avaient faim. Je suis allée vivre en Amérique, et on me dit «voyageuse». Ce qui fait de moi une privilégiée, qui émigre pour d'autres questions que la faim. Et cela ne veut pas dire que, demain, j'émigre à nouveau et cette fois-ci pour ma propre survie. Mais c'est un autre sujet.

C'est vrai, j'ai souvent pris l'avion et j'ai toujours eu soif d'aller voir ailleurs. Plus jeune, je préférais que mes parents, quand ils le pouvaient, me payent un billet d'avion, plutôt que des vêtements chers ou autres caprices matériels.
Soif d'aller voir ailleurs...tout est là! Parce que je ne me suis jamais contentée de mon petit monde, parce que les limites de celui-ci m'étouffent, parce que je ne me suffis pas à moi-même, parce que je suis une boulimique du différent, de l'inconnu, de l'autre, de ce qui va me bouleverser, me révolutionner, me remettre en cause, et me faire découvrir finalement, qui je suis vraiment.
Qui je suis vraiment....tout est là!
Il est  vrai que je suis allée très loin, très jeune, sans que personne ne m'y pousse: instinct.
Je ne ferai pas de liste exhaustive des pays que j'ai visités, cela n'est valable que dans les salons parisiens ennuyeux. Je connais aussi la France. Chez moi, tout est prétexte au voyage! Je ne demande que ça. Même si la destination n'est qu'à une heure ou deux de mon chez moi actuel. C'est cela qui a l'odeur de la liberté dans le voyage: l'infini, la sensation que tout est possible, que tout existe. Mais pour ce faire, pas besoin de farfouiller un catalogue. Il suffit d'être humain, d'écouter son cœur, d'ouvrir les yeux de son âme, de fermer les yeux pervers et castrateurs du quotidien.

Lecture, écriture, voyage: voyage et art sont liés. Les véritables artistes sont les premiers des grands voyageurs. L'imagination est le plus formidable des voyages. Preuve absolue: le déracinement. Lorsqu'on part, on s'exile. Plus on part longtemps, plus on s'exile. Lorsqu'on écrit, on peint, on fait de la musique, on s'exile. Plus on crée longtemps, plus on s'exile, plus le retour à la réalité est difficile. Logique absolue.
Les retours sont durs, car ils sont nostalgie d'un monde et d'un moments perdus.

On voyage en aimant un autre.
On voyage en faisant l'amour.
On voyage en parlant avec l'autre, inconnu.
On voyage par empathie, par absorption du différent.
On voyage quand le Moi devient plus grand, plus riche.
On voyage véritablement grâce à l'intelligence du cœur.

Voyagez! Perdez un peu de vous-même! Recevez de l'autre. Sans peur...On ne perd que ce que l'on ne possède pas au fond! Voilà le secret. Ce que vous y gagnerez? De la sagesse, de la grandeur d'âme, de la générosité, de l'amour, de la souplesse dans ce monde dur et sans pitié. La meilleure des adaptations : s'évader pour être plus fort en revenant. Les retours sont douloureux, mais une fois la digestion faite, nous sommes un peu plus forts.

C'est vrai, je ne suis pas assez dans la réalité. Mais que voulez-vous? Je suis une voyageuse qui a les pieds sur Terre, c'est pour cela que je voyage, d'ailleurs!  Inchallach.....

par Del publié dans : COUPS DE PLUMES SUR communauté : Communauté des Passionné(e)s
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